Tous les articles par Valérie JEAN

écrivain biographe, je vous accompagne dans le récit de votre vie. quel que soit votre niveau d'écriture, nous bâtissons ensemble, le livre de votre biographie.

Bus en coulisses

Le livre « Bus en coulisses » avec Jamel Kabli

Livre bus en coulisses-valerie Jean biographe

J’ai accompagné Jamel à la réécriture et la structuration de son récit, à la réalisation de la maquette de son livre et à son impression. Une belle collaboration sur un texte qui était déjà assez bien écrit et surtout intéressant, montrant les facettes du  métier de conducteur-receveur et du système des sociétés de transport à grande échelle.

Extrait du livre « bus en coulisses »

 Les conditions de travail et la liberté d’expression du salarié au sein de l’entreprise

 

Aujourd’hui, les conditions de travail deviennent de plus en plus difficiles pour les conducteurs qui tentent alors le passage en force pour se faire entendre, d’autant qu’on leur demande de moins en moins leur avis pour l’amélioration des conditions de travail.

Pour un conducteur, la liberté d’expression est absente, c’est ce qui fait « verrou », qui bloque le dialogue dans l’entreprise et qui pose problème.

Une éventuelle grève permettrait de se manifester mais seuls les élus syndicaux décident pour les salariés et malheureusement ils sont de mèche avec la Direction.

Pour la mascarade que représentent les négociations annuelles obligatoires (NAO), l’employeur oublie le mot négociation. Ainsi, lors des réunions du comité d’entreprise, il est impossible de parler des réels problèmes pour les salariés pendant que la minorité agissante (élus du comité) s’exprime pour les autres. C’est un peu comme une secte où les idées doivent être respectées sans discuter.

Et si l’on s’oppose à ces idées et donc à ce réseau, constitué du syndicat et de la Direction marchant ensemble, les sanctions peuvent alors tomber.

J’ai été, comme beaucoup d’autres, sanctionné pour avoir décelé le manège perfide de ce groupe d’individu.

Avec un groupe de collègue, on s’est exprimé concernant la manipulation de ce réseau et sans surprise les sanctions sont tombées très rapidement.

On m’a interdit de m’exprimer et intimé de rester discret. J’ai également écopé de plusieurs jours de mise à pied avec à la clé une baisse de salaire. C’est la meilleure manière pour un employeur de faire taire un salarié trop bavard.

Pour résumer, un groupe restreint de personnes parlent au nom des autres (syndicats, employés de bureau…) et elles font pression sur le conducteur afin qu’il se soumette. Ainsi, par cette loi du silence, le règlement intérieur est respecté.

Pour conclure, il n’y a pas d’autre choix que transgresser les règles du dialogue traditionnel de l’entreprise. Si je l’avais respecté, je ne me serais pas exprimé lors des réunions face à ces réseaux où rien n’est dit. J’ai fait le choix de mettre le doigt là où cela fait mal en m’opposant par des raisonnements argumentés avec des preuves à l’appui.

 

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Fils de Chahid

Le livre « Fils de Chahid » avec Mokhtar Ouzebiha

Fils de chahid 15x24

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Accompagnement pour l’édition du livre  de 250 pages : correction, chapitrage par titre, équilibre structure du récit,  travaux scan photo et PAO pour couverture, écriture quatrième de couverture.

EXTRAITS du livre « fils de Chahid »

Réhabiliter la mémoire des martyrs oubliés de la guerre d’Indépendance de l’Algérie

Notamment celle de mes deux oncles aujourd’hui totalement  effacés de la mémoire collective,et dont le sacrifice de leur vie est ignoré.

De 2012 à 2017, j’ai passé mon temps à déposer de la paperasse dans tous les bureaux, sans compter les personnes que j’ai dérangées pour m’apporter leurs témoignages. Tout ça pour un résultat nul. Comme je l’ai déjà dit l’administration algérienne, elle fait et défait sans se demander ce que pense le citoyen. On est vraiment traité comme des sous-citoyens.

Pendant que je courais entre l’APC, l’ONM, la Kasma, le tribunal, la gendarmerie et la direction des Moudjahidine pour rétablir la vérité, c’est-à-dire les droits de mes deux oncles qui auraient dû être acquis d’avance, l’APC a remplacé la plaque à l’entrée de l’école…

Avant c’était l’école DES FRÈRES OUZEBIHA c’est devenu école du CHAHID OUZEBIHA M’hamed…C’est comme si mes deux oncles, son frère et son cousin sont ressuscités, ils ne sont plus martyrs !

Cela prêterait à rire si ce n’était pas une affaire sérieuse. Si l’administration algérienne et ces Messieurs qui s’occupaient des affaires de ses martyrs, en l’occurrence si l’ONM et la Kasma tenaient compte des soucis des familles des martyrs… Car avant de remplacer l’écriteau, on doit avertir la famille de ses chahid (martyrs) pour leur expliquer la raison du changement. Mais rien ! Je dirais même mieux, si quelqu’un demande pourquoi ils font cela, ils dédaigneront la question.

Voilà pour l’école des frères Ouzebiha qui est devenue école du chahid Ouzebiha M’hamed.

12-École chahid Ouzebiha M'Hemed

En ce qui concerne les deux dossiers pour lesquels j’ai couru pendant cinq ans, rien n’a abouti. En Algérie c’est la loi de l’anarchie qui est reine, je suis désolé de le dire. Le dossier de mon oncle Ouzebiha Khelaf est toujours en attente à l’ONM, sans savoir si un jour il sera envoyé au Ministère des Moudjahidine. Mais plus probablement, il ne bougera jamais de là. Car maintenant je sais que le responsable de ce bureau Monsieur Ikhlef Mustapha, ne fait pas son travail comme il devrait le faire. Ou plutôt il fait ce qu’on lui dit de faire et c’est tout. À mon avis, il ne sait même pas ce qui se passe en dehors de son bureau. Il se contente des nouvelles qu’on lui donne un point c’est tout.

Tout le monde sait que le ministre des Moudjahidine avait décidé de clore définitivement les dossiers de reconnaissance en 1998, suite au scandale des faux moudjahidine. Mais encore une fois, cette mesure ne concernait pas les martyrs à qui l’on doit le devoir de mémoire. Pour moi c’est un crime commis par l’État algérien de ne pas le respecter.

Malheureusement ceux qui ont souffert, subirent ces souffrances pour rien et beaucoup parmi eux sont morts et oubliés. Ce sont les omis de la libération.

Quant à ceux pour qui l’on a construit des monuments aux morts… Il n’y a qu’à passer voir dans quel état de délabrement ils se trouvent. Ce qui est normal quand on voit la qualité médiocre des matériaux de construction que l’on a utilisés pour ces édifices. Certains de ces monuments, élevés aux endroits où sont tombés les martyres, ne vont pas tarder à disparaître. Pour d’autres monuments, on dépose des poubelles juste à côté et cela n’indigne personne… Une partie des citoyens qui ne connaissent pas leur histoire, viennent s’asseoir sur ces monuments, qui deviennent des aires de repos.

Et personne ne se soucie de ça, aussi bien les autorités que les citoyens.

Par contre les agents de l’état quand il s’agit de faire leur publicité autour des hommages rendus aux combattants, pour faire voir que l’on s’occupe des martyrs, ils savent faire… ou plutôt se laver avec le sang de ses chouhada de tous les pêchés commis et à commettre et se glorifier eux-mêmes, ils viennent alors faire un tour, sous les caméras et les flashs puis ils s’en vont.

Je le dis, ce n’est pas un mensonge, le devoir de mémoire n’existe pas en Algérie et c’est bien dommage.

Pourquoi le devoir de mémoire n’existe pas en Algérie ? Parce que les anciens maquisards de la première heure et authentiques ont tous été écartés du pouvoir. Les gens comme moi qui ont vécu cette guerre de près, n’ont pas les moyens de faire exister ce devoir de mémoire.

Alors ce que je fais à mon niveau, après avoir constaté que le devoir de mémoire est bafoué, c’est simplement d’apporter un témoignage aux enfants des martyrs, à leurs petits enfants et à toutes les Algériennes et tous les Algériens, fils de martyr ou pas.

J’ai appris aussi une autre information. En haut lieu, on a décidé d’enlever le gel concernant l’arrêt définitif de l’opération de reconnaissance des moudjahidine vivants. Cette décision serait motivée par le souci de permettre à toute une frange d’anciens moudjahidine qui n’ont pas eu l’opportunité de faire valoir leurs droits, de le faire. Pour diverses raisons. Est-ce que Monsieur Ikhlef Mustapha, responsable de l’ONM de la ville Bgayet (Béjaïa), le sait ça aussi. Je ne suis pas sûr. Ou alors s’il sait tout ça et qu’il ne fait rien… Pour en terminer avec lui, je le prie de bien vouloir nous dire ce qu’il fait à la place qu’il occupe ? Il ferait mieux de démissionner de ses fonctions.

Ceci dit malgré les difficultés auxquelles je me suis heurté face à l’administration de notre pays, je ne suis pas près de baisser les bras. Cette fois, je vais écrire directement au ministre des Moudjahidine. Cette lettre sera la clôture du chapitre des martyrs oubliés, car elle s’adresse également aux citoyennes et aux citoyens de notre pays. Réponse ou pas réponse de la part du ministre des Moudjahidine, mes compatriotes sauront ce qui se passe chez nous. Ils doivent savoir que le devoir de mémoire est sacré et que celui ou celle qui se disent citoyens doivent le respecter. Nous sommes tous concernés.

Je l’ai déjà dit maintes fois et je le répète, oublier les martyrs c’est comme si on les tuait une deuxième fois. Je pense sincèrement qu’aucune Algérienne, aucun Algérien ne peut accepter cette injustice que subissent nos martyrs. Parmi eux, il y a des femmes et des hommes. Le cas de mes deux oncles est loin d’être un cas isolé, et il y en a beaucoup plus que ce que l’on imagine.

Cette citation d’Albert Camus, un écrivain célèbre correspond bien au cas de nos martyrs oubliés.

« Les martyrs doivent choisir d’être oubliés, raillés ou utilisés quant à être compris jamais. »

Nos martyrs sont largement utilisés, oubliés certainement et parfois même raillés par certains, mais jamais compris.

Et j’ajoute, on entend sans cesse Allah yerham chouhada en particulier de la part de ceux qui nous gouvernent, tout en sachant qu’un bon nombre de ses martyrs sont oubliés.

À plusieurs reprises j’ai dit que l’État algérien ne se préoccupe pas vraiment ni des martyrs ni de l’histoire concernant la guerre de la libération. À part quand il s’agit de faire sa publicité aux yeux des citoyens ou plutôt des sous-citoyens que nous sommes. Pour une simple et unique raison, la victoire arrachée par les vrais moudjahidine authentiques de la première heure a été confisquée par une minorité de soi-disant anciens combattants qui n’ont vu la guerre que de loin. Et aujourd’hui, ils se croient les gardiens du temple. À entendre parler certains, l’Algérie est leur propriété. Et malheureusement, nous ne savons pas combien de temps cela va encore durer. Tout le monde sait que la guerre de la libération la plupart du temps s’est déroulée dans les montagnes et ses villages. Après la guerre, les villages et leurs habitants ont été complètement oubliés par le gouvernement algérien. De quoi ont-ils bénéficié ces montagnards plus de cinquante ans après la guerre de la libération ? De rien. La plupart de ces villages à moitié détruits, ou complètement détruits sont restés dans le même état que le jour où l’armée française les a laissés.

Quant aux infrastructures de ces villages (Tuddars) qui devaient être réalisés pour que les villageois puissent y rester, on n’en parle même pas. En voici quelques exemples.

Tala Ouriane, c’est mon petit village de vingt familles. Pendant la guerre de la libération, ses habitants se sont engagés avec ardeur en aidant les maquisards jusqu’à la fin de la guerre et ont donné pas moins de onze martyrs à la révolution. Qu’est-ce qu’on a fait pour ce village ? Rien, pas même une petite plaque commémorative pour honorer la mémoire de ses martyrs.

Iâidounene, qui n’est pas loin de Tala Ouriane avec ses vingt-cinq familles. Les habitants eux aussi ont soutenu les maquisards jusqu’au jour où leur village a été incendié par l’armée française. Il ne reste plus rien de ce village qui à lui seul a donné dix-huit martyrs. Deux moudjahidine natifs de ce village sont encore vivants, je leur souhaite longue vie. Rien n’a été fait pour honorer la mémoire de ce village martyr. Ni monument aux morts, pas même une plaque indiquant qu’ici même un village entier a été rasé.

Adrar Oufarnou avec une quinzaine de familles qui a donné lui aussi plusieurs martyrs. Le village a été incendié et même bombardé au Napalm par l’armée française, c’est-à-dire qu’il a été rayé de la carte. Et ceux qui ont pris le pouvoir depuis 1962 en ne faisant rien, l’ont effacé de l’histoire. Je ne vois pas comment on va faire aimer leur pays aux citoyens, si l’on ne leur apprend pas leur histoire et si l’on ne fait rien pour leur rappeler ce qui s’est passé pendant la guerre de la libération. La plupart de nos jeunes n’en connaissent rien.

Les dix-neuf villages d’Iâmranene qui ont donné cent trente martyrs. À ce jour, ce Âarch est resté enclavé dans le même état laissé par la France. Aucune infrastructure, aucun monument historique digne de ce nom n’a été érigé. Quelle scandale pour la mémoire de ces villageois dont j’ai déjà parlé, et dont je sais combien ils ont souffert pendant la guerre, car beaucoup d’entre eux sont venus se réfugier à Tala Ouriane jusqu’à la fin de la guerre parce qu’ils n’avaient plus rien.

Imezayen, dans sa globalité, cette région a donné plus de quatre cents martyrs. Le jour où les habitants de cette région ont voulu construire un monument aux morts, symbole du devoir de mémoire rendu à tous ses martyrs, il a fallu que les habitants organisent une collecte eux-mêmes. Cela a été insuffisant, mais avec un engagement conséquent de l’état, on aurait pu construire un monument aux morts digne de ce nom, qui pouvait durer des siècles, car l’histoire est faite pour durer des siècles.

Mais non… il a été construit avec un matériau de très mauvaise qualité et aujourd’hui ce monument aux morts, qui n’est pas entretenu ni par l’état ni par les citoyens, est complètement délabré, destiné à disparaître et personne ne lève le petit doigt. Ce monument aux morts se trouve à l’embranchement de la commune de Bgayet (Béjaïa) , sur la route nationale 24 qui va à Boulimat et qui continue jusqu’à Alger. Je donne cette précision pour ceux qui ne connaissent pas la région d’Imezayen.

16-Mémorial d'Imezayen

Dans une dizaine d’années tout au plus, ce monument aux morts, sera perdu et ce que l’on appelle la mémoire collective disparaîtra avec, et je sais que ce n’est pas ce que nous voulons tous. Mais malheureusement, c’est ce qui va arriver. À moins qu’un sursaut advienne et c’est ce que j’espère. Et je dirais soyons reconnaissant envers ceux qui ont tout donné, y compris leurs vies pour notre liberté.

Lettre au Ministre des Moudjahidin

Monsieur le Ministre, oublier les martyrs de la guerre de la libération c’est comme si on les tuait une deuxième fois.

Monsieur le Ministre en tant que fils de chahid, je me trouve dans l’obligation de vous adresser ce courrier, pour vous faire connaître la réalité de ce qui se passe dans notre pays. Je pense aussi que vous êtes assez informé de cette réalité pour ne pas ignorer cette problématique qui concerne aussi bien les femmes que les hommes martyrs qui ont donné leurs vies pour que beaucoup de femmes et d’hommes algériens puissent vivre aujourd’hui libres et indépendants et être respectés en Algérie.

Dans ce courrier, je vais vous parler de mon cas particulier.

En effet, parmi tous ces martyrs se trouvent les membres de ma famille : Mon père Ouzebiha M’hamed, reconnu martyr de la guerre de la liberation. Mes oncles Ouzebiha Khelaf et Ouzebiha Smaïl qui par contre ne sont pas reconnus officiellement par l’État algérien alors qu’ils le sont par l’ONM (L’Organisation Nationale de Moudjahidine)

Je voudrais attirer votre attention sur cette affaire que je trouve incompréhensible et paradoxale. À vrai dire, cela fait un moment que je cherche quelqu’un pour me donner une explication sérieuse, mais en vain. Je ne peux pas comprendre comment on peut oublier des femmes et des hommes qui ont sacrifié leurs vies pour nous et se contenter de les appeler les OMIS de la guerre de libération. Pour moi c’est invraisemblable. En ce qui concerne ma famille, mon père et mes deux oncles que je viens de citer, étaient tous les trois reconnus comme martyrs (des chouhada) depuis l’indépendance. On a attribué leurs noms à une école et pendant des années, ce fut l’école des frères Ouzebiha. Puis un jour, on a enlevé la plaque rendant hommage à ces martyrs qui était sur le mur, à l’entrée de cette école du quartier L’hamerihe (l’ancien quartier Fort Clauzel à Bgayet Béjaïa). Après travaux, l’école a simplement été débaptisée !!! À présent, on peut lire sur la nouvelle plaque, ÉCOLE du CHAHID OUZEBIHA M’HAMED. C’est comme si mes oncles, OUZEBIHA Smaïl et Khelaf n’étaient plus des chahid. Pourtant tous les trois sont bel et bien tombés au champ d’honneur les armes à la main. J’ajoute qu’aujourd’hui, d’anciens Moudjahidine vivants les connaissent et sont prêts à témoigner que Monsieur Ouzebiha Smaïl et Ouzebiha Khelaf sont bel et bien tombés au champ d’honneur les armes à la main. La seule réponse que l’on m’a donnée à l’ONM c’est qu’il y a des martyrs que l’on appelle les OMIS de la guerre de la libération.

Je répète que cette réponse me semble une fois encore incompréhensible et paradoxale. Pour la simple raison, l’ONM, la KASMA, l’APC, la DAÏRA et l’ONEC du moins c’est ce que m’ont expliqué tous les responsables de ces organisations, que d’anciens Moudjahidine se sont réunis et ont reconnu de façon formelle que les frères Ouzebiha étaient des anciens combattants morts au champ d’honneur les armes à la main. Autrement dit qu’ils étaient incontestablement des soldats de l’ALN.

L’école à laquelle on a attribué le nom des frères Ouzebiha est située dans l’ancien quartier Fort Clauzel (L’hamerihe) à Bgayet (Béjaïa), à côté d’une autre école qui porte le nom de Bhaïri Slimane, bien entendu, lui aussi est martyr de la guerre de libération. Il est indubitable que mes deux oncles eux aussi sont des martyrs de la guerre de la libération.

À ce jour ni l’ONM, ni la Kasma qui se chargent directement de ses affaires, ni personne ne m’a donné de réponse réellement acceptable. Alors je m’adresse à vous, Monsieur le Ministre, espérant que vous me donnerez une réponse satisfaisante et que vous accepterez de remédier à cette injustice. Mon père et mes deux oncles sont morts et à ce jour notre famille n’a toujours pas fait son deuil.

Après l’indépendance on a attendu pendant deux ans dans l’espoir de voir le retour de l’un d’entre eux. Malheureusement pour nous, comme pour beaucoup d’autres familles, l’attente est restée vaine. Voilà la triste réalité que nous avons vécu ma famille et moi. Monsieur le Ministre je me permets d’insister sur le fait qu’oublier les martyrs qui ont donné leurs vies pour que l’Algérie soit libre et indépendante est indigne. Plus de cinquante ans après, on se contente d’appeler ceux qui ont sacrifié leurs vies pour la nation « les omis de la guerre de la libération ». Pour moi c’est une insulte à leur mémoire c’est comme si on les tuait une deuxième fois et cela est profondément injuste.

Quand mon père et ses deux frères ont pris le maquis, moi je n’avais que sept ans. Mon père était à peine plus âgé que son frère et son cousin, mes deux oncles Ouzebiha Smaïl et mon oncle Ouzebiha Khelaf. Eux, étaient célibataires et ont donné leurs vies alors qu’ils étaient à la fleur de l’âge.

Pour ce qui est de la guerre d’Algérie, elle a fait de moi un orphelin et l’indépendance a fait de moi un grand déçu.

J’espère, Monsieur le Ministre, ne pas connaître de déception venant de vous. Je souhaite sincèrement que vous apportiez une réponse favorable à ma requête. Quand je vois toutes les dates anniversaires durant lesquelles on célèbre ces évènements en grande pompe, journées auxquelles j’assiste moi-même, je constate avec douleur que des martyrs tombés au champ d’honneur pour libérer leur pays de l’ennemi, ne sont pas vraiment reconnus et que ces fêtes ne sont que de la poudre aux yeux. Je me permets de le dire, car cela me dépasse et m’est insupportable. Je sais aussi que ce n’est pas le cas de tout le monde de ne pas se soucier des familles des chouhada.

Néanmoins, il me semble qu’il y a certains responsables qui devraient faire le travail lié à leur attribution.

On entend tout le monde se gargariser des mots ALLAH YERHAM CHOUHADA. Il semble plutôt que cela soit davantage pour se glorifier soi-même. Il me semble en effet que ce n’est pas pour rendre un hommage mérité à ces Zaâimes qui ont donné leurs vies afin que l’Algérie soit libre et indépendante. Cela me chagrine beaucoup et je trouve ça bien dommage.

Quand je vois l’État algérien rendre hommage aux anciens combattants morts pour libérer la France du nazisme, je trouve que c’est une bonne chose en soi, car il faut reconnaître la bravoure des femmes et des hommes courageux qui se sont sacrifiés pour de bonnes causes. Mais dans ce cas, il faut reconnaître toutes les bonnes causes et n’oublier personne de ceux qui ont donné leurs vies pour leur mère patrie, comme mes deux oncles l’ont fait. Comment voulez-vous que je ne sois pas révolté de cette injustice ?

Moi fils de chahid touché dans ma chair, comment voulez-vous que je puisse croire au sérieux de ces hommages rendus aux martyr(e)s algériennes et algériens ?

La vérité c’est qu’ils sont oubliés et que ceux qui président ces cérémonies du souvenir pensent davantage à leur notoriété personnelle. Monsieur le ministre, moi fils de chahid, je n’ai jamais rien demandé à l’État algérien et je ne lui demanderais jamais rien.

Si je vous adresse ce courrier, c’est uniquement pour accomplir ce devoir que l’on appelle le devoir de mémoire. Toutes les Algériennes et tous les Algériens qui se respectent et dignes de ce nom devraient accomplir cette tâche.

Il est même de notre devoir à tous de ne pas laisser tomber dans l’oubli ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie pour nous. Afin que nous puissions tous vivre en tant que peuple libre indépendant et respecté. Mais si l’on oublie ceux qui ont perdu leur vie pour nous, de quoi pourrions-nous être fiers ?

Personne ne peut comprendre cette injustice et ceux qui sont morts ne seront jamais reconnus dans leur courage, leur dignité et leur honneur. Toutes les qualités dont ils ont fait preuve seront à jamais emportées avec eux. Il y va de notre fierté et de notre devoir de reconnaissance, car cette injustice nous rattrapera inévitablement un jour ou l’autre. Monsieur le ministre ce courrier ne s’adresse pas uniquement à vous et vos services, il s’adresse aussi à toutes les Algériennes et à tous les Algériens qui veulent que leurs martyrs ne soient pas oubliés.

Je pense que vous aussi Monsieur le Ministre vous faite partie de ses Algériennes et ses Algériens qui comme moi, n’accepte pas que leurs martyrs soient oubliés.

En ce qui me concerne Monsieur le Ministre, je pense que si vous acceptiez de me répondre, nous aurions tous deux effectué notre devoir de mémoire. Autrement dit, je n’ai rien à vous reprocher en tant que citoyen de notre pays. Par ailleurs, je sais qu’aujourd’hui vous êtes ministre des Moudjahidine, vous pouvez demain redevenir un simple citoyen comme moi. Et nous devons nous rappeler que tout citoyen responsable de ce pays et digne de ce nom doit satisfaire au devoir de mémoire, s’il veut mériter le nom de citoyen.

Un pays sans mémoire c’est un pays sans histoire, voué à l’échec en permanence.

En attendant une réponse favorable de votre part, je vous prie, Monsieur le Ministre, de recevoir l’expression de mon plus profond respect.

Épilogue

QUE DIEU BÉNISSE LES MARTYRS ET QU’ILS REPOSENT EN PAIX.

Ce que je raconte dans ce livre, c’est ce que j’ai vécu avant la guerre, pendant la guerre et après la guerre de la libération, avec ma famille et tous les gens qui m’entourent. Les remarques que j’ai faites ou certaines choses que j’ai dites ou que je reproche à certains, je les ai toujours faites avec respect et objectivité. Je n’ai pas du tout l’intention de juger les gens, seul Dieu en est capable sans se tromper. Ce n’est pas du tout dans mes habitudes de faire des procès d’intention aux personnes. Dans la vie, tout n’est pas noir et tout n’est pas blanc. Il faut de tout pour faire un monde.

Ce que j’ai vécu, je sais que beaucoup d’autres gens l’ont vécu aussi, en particulier ce qui s’est passé pendant la guerre de la libération. Je sais aussi que la majorité de mes concitoyennes et de mes concitoyens aiment leur pays comme moi. Beaucoup ont tout donné y compris leur vie.

Moi j’ai eu la chance de me sortir indemne de cette guerre, même si je porte toujours les séquelles psychologiques et physiques en moi. Mais ce que je peux dire avec une certitude absolue, c’est que ceux qui ont traversé cette guerre, ils ont été marqués au fer rouge et à vie.

Un jour, un des anciens moudjahidine m’a dit « ceux qui sont morts ne sont pas morts pour rien » et j’ajoute, ceux qui ont souffert pendant cette guerre, femmes, hommes et enfants ne l’ont pas fait pour rien, malgré le résultat nul de mes démarches et le détestable comportement de certaines personnes que nous voyons tous les jours. Je suis d’accord avec lui. Et moi en tant que fils de chahid, je dis que nous devons continuer à faire tout ce que nous pouvons pour que l’injustice que nous subissons ne devienne pas une règle, et nous devons faire en sorte qu’elle disparaisse pour ne pas perdurer et nous ronger de l’intérieur.

Je pense sincèrement que la majorité de nos concitoyennes et concitoyens, fils de chahid ou pas, moudjahid ou pas, y compris certains de ceux qui travaillent dans des postes où ils sont obligés de suivre le système actuel, ont la volonté de construire leur pays. Quant à ceux qui soutiennent et profitent du système en place, qui ne pensent qu’à leurs intérêts personnels, ils n’ont pas leur place et le peuple les rejette bien évidemment.

Il ne faut pas céder aussi à une certaine minorité de personnes qui croient que le pays est leur propriété et qu’ils n’ont de compte à rendre à personne.

Un des grands savants de notre pays, Mohamed Âarkoun, mondialement connu a dit ceci win yevghane ad isservah tamurt as inin verra — celui qui veut enrichir le pays on lui dira dehors.

J’espère que cette citation ne sera qu’un nuage de passage au-dessus de notre tête à tous. Et que le jour viendra où tout le monde se mettra au travail dans l’intérêt des uns et des autres et de celui de toute la nation algérienne bien évidemment.

D’autres extraits du récit « fils de Chaid »

 

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Ma vie en 360

Le livre  « Ma vie en 360 « 

livre autobiographiqueMarcel Boutreau nous raconte avec une énergie sobre son parcours professionnel au moment des trente glorieuses et des immenses chantiers des années 1970 en passant par le récit de ses anecdotes pendant la première guerre mondiale alors qu’il n’était qu’un adolescent.

Je me suis beaucoup amusé à corriger et structurer le texte de Francis qui nous apporte de la légèreté à chacune de ses pages.

Pourquoi 360 ?

Et bien la couverture l’explique en partie mais pas que!

Il se trouve que Francis a beaucoup voyagé sur des Airbus 360…

EXTRAITS du livre

Le début d’une vie tranquille

Depuis mon plus jeune âge, on m’appelait le petit Marcel.

À 6 ans, comme tous les enfants, je suis entré en 6e, à la grande école comme on l’appelait à cette époque. Ce fut alors l’apprentissage de la lecture, du calcul, de la morale, de la géographie, de la science, de la récitation et de la terrible dictée où il fallait éviter de faire des fautes.

Tous les soirs de la semaine, je rentrais vers 16h30 pour goûter puis je faisais devoirs et leçons sauf les jeudis et samedis après-midi où je n’avais pas classe.

Le jeudi matin était réservé au catéchisme et à la messe dans une paroisse distante de plus d’un kilomètre de la maison. En fin de matinée, ma journée se poursuivait à faire de l’herbe pour la cinquantaine de lapins qui étaient à l’abri dans une annexe mitoyenne de notre maison, en compagnie des poules. L’après-midi, je rejoignais le patronage dont s’occupaient les abbés pour jouer au football. Je devais également participer à l’arrosage de notre jardin potager qui s’étalait sur 500 m2, et ce depuis notre réservoir.

Mon père travaillait dans une société qui possédait de nombreuses succursales. Son rôle consistait à compter les résultats des feuilles d’inventaires. Il était capable d’additionner deux colonnes de chiffres simultanément.

Je me rappelle qu’en 1936, des grèves éclatèrent. Cela entraîna des conflits entre patrons et syndicats qui défendaient les droits des salariés : le pouvoir d’achat et l’obtention des fameux congés payés. À la débauche le soir, il y avait des émeutes entre les grévistes qui voulaient faire aboutir les revendications et les autres qui craignaient de perdre leur emploi. Cela dura plus de trois semaines et enfin ils obtinrent une augmentation de salaire et quinze jours de congés payés.

Je me souviens bien de ces évènements, car notre maison se trouvait entre les entrepôts de ces deux sociétés, et je voyais qu’il y avait de la bagarre à la sortie des bureaux midi et soir.

En 1937, mon père m’avait emmené à l’exposition internationale des arts et des techniques qui se tenait à Paris. J’ai encore la vision du premier poste de télévision installé sur une grande table avec derrière des tas de lampes branchées pour alimenter l’image!

Pendant les grandes vacances scolaires, je passais de quinze jours à trois semaines chez ma marraine. Son mari, mon oncle était apiculteur. Il avait une dizaine de ruchers et 400 ruches. Souvent, je l’accompagnais pour les visiter, les contrôler, voir la reine, donner du sucre quand c’était nécessaire, retirer des cadres de la ruche pour les ramener à la maison. Nous procédions alors à la désoperculation de la surface afin de récupérer le miel. Pour ce faire, après avoir passé les cadres dans la centrifugeuse pour que le miel se dépose sur la paroi de la cuve. Celle-ci était percée d’un robinet permettant au miel de s’écouler. Puis il fallait passer le miel dans un filtre de nettoyage avant sa mise en pot.

De temps en temps, mon oncle jouait aux échecs et je regardais la partie, observant les mouvements des différentes pièces. Au bout d’un certain temps, j’ai compris et à mon tour, j’ai su jouer. Plus tard, cela m’a permis de me faire un copain avec qui j’ai partagé de nombreuses parties.

Il est resté un ami que je revoyais à l’occasion, qui est même venu assister à mon mariage.

 

Les années ont passé jusqu’en 1939. Cette année là, au moment de la déclaration de la guerre, je me suis retrouvé, en colonie de vacances dans le Jura, à côté de Baume les Dames, près de la frontière allemande et de la Suisse. Au lever, nous faisions d’abord la toilette que suivait le petit déjeuner; nous enchaînions avec des activités sportives et des promenades à travers la campagne jusqu’au repas de midi. Une sieste obligatoire continuait le programme avant de jouir d’un temps libre jusqu’au goûter. L’après-midi se poursuivait par des jeux collectifs avant de se rassembler de nouveau pour un brin de toilette préalable au dîner.

Désormais, le calme de la colonie s’estompait pour laisser place à la guerre.

De là où nous étions, nous entendions au loin le grondement des canons. La guerre était proche et les responsables de la colonie ne savaient pas s’il fallait passer en Suisse ou s’il était préférable de nous renvoyer dans nos foyers. Cela dépendait de l’avancée des troupes allemandes. Finalement, huit jours plus tard, après avoir reçu plus d’informations, des cars sont arrivés pour nous rapatrier dans nos foyers. Cela fut un grand soulagement pour nous tous, parents et enfants, car on avait peur après avoir entendu parler des atrocités faites par les Allemands.

Après un voyage sans histoire, j’ai retrouvé ma famille et j’ai raconté mes journées passées à la colonie.

La guerre entre dans nos vies

Le 3 septembre 1939, la France et l’Angleterre entrent en guerre : c’est la mobilisation générale et le rappel des réservistes comme mon père, qui, en tant que sous-officier, fut appelé à Metz. Nous sommes restés sans ressource pendant une dizaine de mois avant de vivre ce que l’on appela la débâcle….

Mon père fut démobilisé comme soutien de famille et, comme beaucoup de Français du Nord et de l’Est, nous avons dû fuir nos maisons, les combats étant très proches. Dans un premier temps, nous avons rejoint en camion la banlieue parisienne, pour loger chez des cousins. Mais cette pause fut de très courte durée, car l’avancée rapide des troupes allemandes nous obligea à évacuer par la route, vers le sud, avec seulement une brouette pour transporter les valises et mes deux sœurs âgées de 3 et 6 ans. Quant à mon frère et moi, nous avons marché jusqu’à Orléans, tout en évitant le feu des mitrailleuses des avions allemands…

Enfin, nous avons réussi à prendre le train pour Bordeaux. Mais nous n’étions pas sauvés pour autant, subissant toujours la mitraille allemande, le train s’arrêtait régulièrement pour voir s’il y avait des blessés; puis à la gare d’Angoulême, nous avons subi un bombardement avant de changer de train pour repartir. Nous nous rendions à Cherve de Cognac, petit village à proximité de la ville de Cognac, où ma mère avait une soeur.

 

Mes parents ont trouvé à se loger dans une petite maison avec mes soeurs et mon frère tandis que moi je suis allé habiter chez ma marraine avec mes cousins. Quatre jours après notre arrivée, nous nous sommes cachés dans les bois pour voir arriver les soldats allemands dans les camions et leurs automitrailleuses… Ils ont été très corrects avec les habitants et comme j’étais un petit garçon curieux, j’ai fraternisé avec eux. Ils étaient de repos plusieurs jours au village et j’étais tous les jours parmi eux, leur préparant leur café.

Une semaine plus tard, des camions de ravitaillement les ont rejoints. Je les observais tandis qu’ils déchargeaient les cartons des camions quand un soldat m’a donné un gros colis: c’était cinq kilogrammes de chocolat ! J’ai couru pour rapporter le précieux paquet chez moi… Vous pensez si ma famille était heureuse ! Quelques jours après, les soldats allemands sont repartis vers Bordeaux.

Triste retour à Reims

Mon père ayant trouvé du travail comme bûcheron, je l’ai accompagné dans les bois pour élaguer les branches des troncs d’arbre afin d’en faire des stères de bois de chauffage d’une longueur de 1m. Dans ces bois, j’avais peur car il y avait souvent des vipères.

Notre exil a duré jusqu’a la mi-octobre puis nous avons pris le chemin du retour vers Reims et en deux jours nous étions revenus dans notre maison. Nous avons découvert que la maison avait été visitée. On nous avait volé nos poules et nos lapins. Le jardin était dans un triste état, des mauvaises herbes ayant envahi le potager, qu’il fallut arracher pour récupérer les légumes poussés dessous. Les fruits étaient restés sur les arbres sans être cueillis. Malgré tout, aux alentours nous avons rattrapé quelques poules et lapins pour reconstituer le poulailler et le clapier. À 1km de la maison, nous avions une parcelle de terre cultivable dont il fallait vérifier l’état… Mais pour y aller il a fallu que mon père fasse des démarches auprès de la Komandantur afin d’obtenir des papiers pour chacun des membres de la famille, pour pouvoir circuler dans notre propre ville !

Mon père a réussi à trouver du travail pour lui et mon grand-frère[1]. C’était dans une entreprise de fabrication de paillons, un emballage de paille servant à la protection des bouteilles. Malheureusement au milieu de l’année 41, l’usine a cessé son activité mais mon père a réussi à retrouver un poste dans une société de cinema qui possédait trois salles de spectacle dans notre ville.

Entre temps, j’avais fait ma communion. Mon père avait invité une partie de la famille à un repas mais il eut beaucoup de mal à trouver la nourriture pour les vingt convives que nous étions.

Ce jour là, je reçus en cadeau la pièce de ma marraine et le reste de l’argent qu’on m’avait donné servit à mon père pour payer le repas. Cela m’amène à vous raconter une autre anecdote sur l’argent détourné!

Un jour de mai 1942, nous sommes partis avec mon père ramasser du muguet pour le vendre place de l’église…Mon père a placé l’argent récolté à la caisse d’épargne…et en 1958, je me suis présenté pour retirer le magot…il ne restait que 12 centimes ! Tout cela à cause de la dévaluation du franc voulu par le général de Gaulle !

Un cinéma comme univers

Mon père était adjoint de direction du cinéma. C’est lui qui était en charge de la comptabilité et qui organisait le planning de travail des ouvreuses. Grâce à ce poste, nous avons déménagé dans un appartement dans un des cinémas, situé au 2e étage, à côté de la cabine de projection. C’est ainsi que je me suis souvent trouvé avec les opérateurs dans la cabine. Cela me permettait d’observer le montage des projecteurs, la mise en place des bobines de film et la préparation de chaque chambre pour avoir la lumière nécessaire à la projection: elle était produite par une lanterne comportant une lampe à arc, alimentée en courant continu par des électrodes qui étaient en charbon; elles se consumaient au fur et à mesure et le projectionniste devait régler la position des charbons plusieurs fois durant la projection et les changer fréquemment.

Il fallait charger chaque projecteur avec une bobine de 500 m environ, du haut vers le bas en passant par des galets crantés, en laissant des boucles pour ne pas raidir le film et éviter que ça casse.

La durée d’un film dépassait la durée d’une seule bobine, c’est pourquoi il y avait deux projecteurs dans la cabine. Le projectionniste devait alors, sans interrompre la séance, faire le changement de bobine en passant sur le deuxième projecteur. Pour cela, il surveillait l’image à l’écran où apparaissait un repère qui indiquait impérativement l’ordre de mettre en route le projecteur n° 2 et d’arrêter le n°1. Après quoi, on pouvait déposer la bobine, la rembobiner à l’endroit pour une projection suivante, dans un autre cinéma.

Après plusieurs mois de présence dans la cabine, le soir ou le dimanche, j’ai fini par remplacer, plusieurs fois, un des opérateurs quand il était absent ou en congé. À cette époque, je voulais en faire mon métier. Le patron savait que je remplaçais un opérateur manquant et il m’avait donné le feu vert pour que je puisse en devenir un moi-même, à condition que je sois électricien. À partir de cet instant, j’ai décidé d’apprendre le métier d’électricien.

Nous étions en 1943, je me suis inscrit aux cours du soir en section électricité et trois fois par semaine entre 18 et 20 h, j’assistais au cours; comme l’École primaire était mitoyenne avec l’École professionnelle, le samedi matin, je faisais le mur pour assister aux cours et faire les travaux pratiques. Cela a duré quelque temps avant que notre famille déménage à cause de travaux importants dans la salle de cinéma. Nous sommes partis à l’autre bout de la ville. J’ai donc arrêté mes cours, mais j’ai continué à apprendre avec quelques livres.

Les vaches maigres

Pendant cette période, se nourrir était devenu difficile, nous étions soumis à la pénurie alimentaire. Le centre de secours distribuait les tickets de rationnement pour lesquels on faisait la queue. Ils étaient marqués d’un A pour adulte, d’un J2 pour les moins de 13 ans et J3 pour les adolescents jusqu’à 21 ans. Nous avions réussi à avoir du lait chez un laitier qui se trouvait dans le centre-ville à environ 3km de la maison. Au jardin, avec le peu de semence que nous avions trouvé, nous avions récolté des navets, des rutabagas, des topinambours, un peu de pommes de terre, quelques carottes, poireaux et céleris.

C’était vraiment une période de vaches maigres, le temps du marché noir où chacun essayait de se débrouiller pour trouver à manger. C’est ainsi qu’il a fallu que j’aide ma famille à trouver à se nourrir et trois fois par semaine, je partais en vélo dans les fermes de la campagne rémoise à environ 50km. Je trouvais des pommes de terre, du blé à moudre pour avoir de la farine, des oeufs, etc. Je filais dès le matin pour revenir dans l’après-midi voire le soir. Je me souviens qu’une fois, j’étais parti avec des tickets de ravitaillement qui ne valaient rien dans la Marne, mais avec lesquels, dans l’Aisne, je pouvais obtenir 3 kg de sucre! Je me suis retrouvé à côté de Soissons dans une sucrerie. Sur la route du retour me trouvant dans un convoi de camions allemands, je me suis fait mitrailler par des avions anglais, j’ai plongé dans le fossé pour me mettre à l’abri. Le temps perdu fit que je ne pouvais plus rentrer sur Reims à cause du couvre-feu. J’ai envoyé un télégramme à mes parents pour les prévenir que je couchais dans une grange pour la nuit. Je suis donc rentré le lendemain vers 9h avec mes 3kg de sucre!

Pour aller au ravitaillement, j’avais un vieux vélo avec roue libre, sans dérailleur. Les pneus étaient en très mauvais état, usés dont les chambres à air étaient pleines de rustines! C’est avec ce vélo que j’ai eu pas mal d’ennuis…car je ne sais pas combien de fois j’ai dû démonter le tout pour réparer. À cette époque, nous ne pouvions pas acheter de matériel, il fallait en justifier le besoin, même avec les tickets de rationnement. Et de toute façon, il n’y avait plus de pièce chez le marchand de vélos. Certaines fois, j’ai été obligé de remplacer la chambre à air par de l’herbe bien bourrée dans le pneu pour continuer à rouler!

 

Une fois, toujours pour aller au ravitaillement, j’ai crevé ma roue arrière. J’ai pu réparer sur le bas coté de la route grâce à mon petit sac de matériel avec à l’intérieur démonte-pneu, rustines et de la dissolution: j’ai retiré la roue – heureusement en ce temps-là il y avait des papillons pour serrer la roue – j’ai démonté le pneu pour accéder à la chambre à air et j’ai collé ma rustine… Puis je suis reparti avec mon vélo et mon chargement. Malheureusement, 10 km plus loin je suis tombé sur des gendarmes qui contrôlaient les sacs à cause du marché noir. Ils m’ont pris tout ce que j’avais: de la farine et des oeufs, je suis reparti ce jour-là chez moi sans rien.

À la suite de quoi, j’ai recherché, chez les garagistes, des roulements à billes pour me faire un chariot. Il s’agissait de deux roulements de 12 cm de diamètre pour l’arrière et de deux autres de 8 cm pour l’avant, d’une planche de 50 x 80 cm et de deux tasseaux en bois pour les roulements.

Sans mon vélo, je prenais le train avec mon chariot. Une fois, j’ai pu trouver des pommes de terre que j’avais mises dans une taie d’oreiller qui faisait office de sac, j’ai rapporté le tout à la gare avec mon chariot. Mais au moment de mettre le tout dans le wagon, la taie s’est crevée et les pommes se sont répandues par terre… Heureusement, le train a attendu que je ramasse le tout. J’ai dû faire des pieds et des mains pour ramener mon chargement.

Presque chaque nuit, nous vivions une alerte, car les bombardiers passaient au-dessus de notre ville pour aller bombarder les villes d’Allemagne. Aussitôt que la sirène nous réveillait, il fallait se lever, s’habiller, descendre dans la rue et courir se mettre à l’abri dans le troisième sous-sol de la cave d’une grande maison de champagne qui se trouvait au moins à 1km de notre habitation.

Une fois, en pleine nuit, après avoir entendu l’alerte, nous étions en train de rejoindre la rue; arrivés au bord du trottoir, prêts à courir vers la grande maison, une formidable explosion nous a soufflés jusqu’au fond du couloir. Trente secondes plus tard, je ne serai plus là pour vous le raconter… Une bombe a explosé dans le milieu de la rue à 50 m de notre habitation provoquant un souffle énorme doublé d’un gros nuage de poussière. Sonnés, nous sommes sortis pour rejoindre la cave, en pleine nuit et sans lumière. Il a fallu passer sur le tas de terre le long du mur de la maison pour ne pas tomber dans le trou béant qu’avait laissé l’explosion, rempli d’eau, car la canalisation était éclatée. Tout le monde a réussi à passer sur le côté sauf mon frère qui a glissé du tas de terre pour se retrouver dans le trou avec de l’eau jusqu’au cou. Nous l’avons tiré de là avant de nous mettre à l’abri pour le reste de la nuit.

Nous avons donc vécu sous la domination allemande avec toutes ces contraintes et j’ai dû aller au ravitaillement jusqu’à la libération, ce qui bien sûr m’a fait rater l’école au moins deux fois par semaine. Cela ne me plaisait pas, mais je faisais mon devoir pour ma famille. Notre école étant fermée, j’ai pu reprendre mes études dans une autre école ouverte provisoirement à 2 km de la maison.

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Je te hais et je t’aime

Le livre « je te hais et je t’aime
Je te hais et je t'aimeUn récit autobiographique de Francis  avec qui j’ai eu le plaisir de collaborer pour éditer son livre.

EXTRAIT DU LIVRE

PRÉAMBULE

Il me faut parler, me vider de ce qui m’oppresse, me vide. Poser des mots sur ce malaise, comprendre ce qui m’afflige, et l’éloigner pour que je puisse vivre libre, sans douleur, sans souffrance, pour ma famille.

Sans crier gare, un burn-out m’a terrassé et depuis je remplis le vide qui a envahi mon coeur.

Ce livre est la trace de ce cheminement.

Merci à mes amours de m’avoir permis, grâce à leur soutien indéfectible, d’écrire ces lignes.

FACE À SOI MÊME

Sortir de la dépression… Aujourd’hui, des personnes guérissent-elles totalement de cette terrible maladie, ce fléau ?

Il paraît que le bur-nout et la dépression touchent un grand nombre de gens. Ce serait principalement dû à l’accélération de notre mode de vie où tout va toujours plus vite, et à la pression qu’exerce au quotidien, le stress lié à nos conditions de travail…Je vais m’aider de ce qui a été écrit à ce sujet pour mieux éclairer mon propos.

Le burn-out (ou épuisement professionnel) est nécessairement lié au travail. Dans la dépression, le travail n’est pas la cause première, mais peut être un facteur aggravant. De plus, en cas de burn-out, la personne atteinte est toujours en situation de stress chronique, tandis que c’est le cas 1 fois sur  2 pour la dépression.

Les vieux démons se réveillent

Aujourd’hui, j’ai 53 ans. Les déboires du début de ma vie m’ont rattrapé 30 ans après. Est-ce mon destin ? Dois-je faire ou ne pas faire ce qui est écrit ?

Mes vieux démons étaient bien cachés en moi. Ils n’attendaient plus que le détonateur pour allumer la mèche.

Retour sur ma descente aux enfers.

Le 22 octobre 2015 à 16 h, en voiture, rentrant du travail, à quelques kilomètres de mon domicile, après une réunion avec mon supérieur hiérarchique, la pensée de jeter mon véhicule contre un arbre me traversa. Sans doute un trop plein de stress m’avait envahi au point de vouloir en finir avec la vie…

Après cela, j’ai paniqué car ce genre de comportement ne me ressemblait pas du tout et pour moi se suicider était une lâcheté. Mais voilà c’est arrivé, alors que jusque là, le stress faisait partie de mon quotidien professionnel, mais le bon stress, celui qui dynamise.

Aujourd’hui ces nouvelles angoisses appartiennent au jeune homme que je fus mais que je n’étais plus… Sans doute la surcharge de travail d’autant que je n’étais plus du tout en phase avec mon supérieur hiérarchique. Je ne pouvais pas m’expliquer avec lui, mais simplement le subir… Sans que je comprenne pourquoi si ce n’est son regard qui me rappelait un regard de haine, le regard d’une personne qui voulait mettre fin à mes jours, un regard qui me faisait comprendre qu’il n’y avait pas de retour possible. Voilà comment je me suis retrouvé de l’autre côté de la barrière, le plus simplement du monde.

C’est à ce moment-là que la descente aux enfers a commencé. Je n’ai rien vu venir, c’est une autre personne qui avait pris le contrôle de mon moi, de ma vie. Forcément, il y avait contradiction.

Horrifié, j’en parlai le soir même à ma femme. Elle a tout de suite compris. Elle avait déjà remarqué que depuis quelque temps une nervosité anormale m’animait, m’avouant qu’elle était démunie, impuissante face à ce qui m’arrivait, ne sachant que faire. Me connaissant, elle savait que je pouvais être capable de tout. Je n’étais plus l’acteur de ma vie, une doublure m’avait pris ma vie.

Je ne me comprenais pas, j’étais épouvanté.

Ensuite, cela a rapidement dégénéré, je me suis retrouvé très vite hospitalisé, On me diagnostiqua une dépression professionnelle sévère, le fameux burn-out.

Depuis le début des années 1990, la fréquence des problèmes de santé psychologique au travail augmente de façon alarmante. Cela inclut l’épuisement professionnel, la dépression, le stress post-traumatique, les troubles anxieux, etc.

Le stress chronique sur la santé mentale des travailleurs se manifestent surtout dans les pays industrialisés. Ce phénomène résulterait en bonne partie des transformations rapides opérées dans le monde du travail : globalisation des marchés, compétitivité, développement des technologies de l’information, précarité d’emploi…

Du point de vue biologique, on ne sait pas ce qui mène à l’épuisement professionnel. Tous les travailleurs qui traversent une période d’épuisement sont en situation de stress chronique. Il s’agit donc d’un important facteur de vulnérabilité. La grande majorité a une charge de travail élevée, à laquelle s’ajoutent l’une ou l’autre des sources de tension suivantes.

  • Manque d’autonomie : ne participer à aucune ou à peu de décisions liées à sa tâche.
  • Déséquilibre entre les efforts fournis et la reconnaissance obtenue de la part de l’employeur ou du supérieur immédiat (salaire, estime, respect etc…).
  • Faible soutien social: de la part du supérieur ou des collègues.
  • Communication insuffisante : de la direction aux employés, concernant la vision et l’organisation de l’entreprise.

En plus de ces facteurs, des particularités individuelles entrent en jeu. Par exemple, on ne sait pas très bien pourquoi des personnes vivent plus de stress que d’autres. De plus, certaines attitudes, comme une trop grande importance accordée au travail ou trop de perfectionnisme, sont plus fréquentes chez les individus qui vivent l’épuisement professionnel.

Selon les recherches, il semble que la faible estime de soi soit un facteur déterminant. En outre, certains contextes de vie, comme de lourdes responsabilités familiales ou encore la solitude, peuvent mettre en péril la conciliation travail-vie personnelle.

Peu importe les sources de stress au travail, il se produit alors un déséquilibre entre la pression subie et les ressources (intérieures et extérieures, perçues ou réelles) dont dispose l’individu pour l’affronter.

Voilà quelques explications sommaires pour préciser ce que peut être un burn-out qui mène à une dépression.

Cette tragédie, évolue lentement, jour après jour, année après année s’étalant souvent sur une vie entière car en ce qui concerne cette maladie, il n’y a pas de répit. Vous ne le savez pas encore que, déjà, elle tisse lentement sa toile pour, des années plus tard, vous piéger de façon dévastatrice.

Aujourd’hui l’apaisement

Je veux paisiblement voir vieillir ma femme et être auprès d’elle, être ensemble, unis jusqu’à notre dernier souffle, c’est mon vœu le plus cher. Le meilleur est devant nous.

Dans tous les cas, je suis content de moi, j’ai réussi à écrire cette biographie, non pas que je m’en pensais incapable, non, mais je ne savais pas si je pourrais aller au bout de cette démarche… revivre des doutes, des angoisses, des blessures avec au bout des larmes.

Je l’ai fait pour enfin me retrouver, nous retrouver.

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Petit écoute la nature-Une biographie de Valerie jean

« Petit ecoute la nature » une biographie par Valerie Jean Biographe avec Jean et Yannick

valeriejean BiographeUn témoignage d’amour d’un fils à sa mère disparue trop vite, sans crier gare, et d’un petit fils à son grand-père, un homme qui nous raconte les anecdotes de sa jeunesse, en Algérie.

L’Algérie

biographie valerie jean-Petit-ecoute-la-nature

À partir de 1958, les évènements d’Algérie s’étaient précipités, faisant de Ténès, une zone dangereuse. Nous n’avons donc pas profité de ce petit paradis comme nous l’aurions voulu.

Le 1er janvier 1960, Marthe et les enfants me rejoignirent là-bas avec notre chien.

Très vite, il fut chargé de surveiller les enfants quand ils allaient à l’école. Jeanine et Bernard étaient alors à l’école primaire. Si les enfants traînaient trop en route, il les poussait du museau en direction de la maison pour qu’ils ne s’attardent pas !

Ce chien nous rendit de grands services.  Il était capable d’aller seul chercher le pain ! Je l’envoyais chez le boulanger à 7 heures avec la commande et le cabas…et il revenait avec le tout. Il était très obéissant et laissait les autres clients passer devant lui avant de se présenter à son tour auprès du boulanger !

Un jour, nous avions des invités pour dîner et je l’ai envoyé chercher plus de pain à une heure qui ne correspondait pas à son habitude… Il n’a rien rapporté ! Il a fallu que je retourne chez le boulanger !

Dans les anciens bâtiments de la gare stationnaient une compagnie de gardes mobiles. L’ensemble était entouré de barbelés. Les enfants, devaient être toujours accompagnés dans leurs déplacements y compris pour se rendre à l’école. Je pense qu’ils furent très impressionnés par ces trajets qu’ils effectuaient dans des camions militaires ou des chars, où ils étaient plongés dans le noir…D’ailleurs Jeanine fera des cauchemars bien longtemps après ces évènements.

Un jour, les enfants ne rentrèrent pas tout de suite à la maison, décidant de s’arrêter chez un copain, sans nous prévenir. On s’inquiétait, terrifiés car la situation se dégradant, un petit avait été enlevé peu de temps avant. Dieu merci, ils rentrèrent sans dommage.

Cette période malgré un quotidien terrifiant laissa aux enfants un heureux souvenir grâce à ce chien exceptionnel qui resta durablement dans leur cœur. D’ailleurs, quand elle fut adulte, Jeanine choisit ZAKAR comme mot de passe de son ordinateur…

Bien des années plus tard, un de ses amis, en poste en Kabylie comme professeur de faculté, proposa à Jeannine de venir pour un séjour en Algérie pour revoir Tenès. Elle déclina l’offre selon Marthe qui me confie la parole de Jeanine:  » Pour moi Tenes est un beau souvenir, je veux le garder comme je l’ai vécu…J’aurais peur de l’abîmer si son image avait trop changé. »

Jeanine faisait régulièrement des cauchemars, sans doute, les traces des évènements vécus en Algérie durant son enfance. Elle avait une haine viscérale des armes. Elle avait vu son père dans l’obligation d’en porter quand il avait été contraint de défendre sa famille.

Pendant les alertes la famille allait s’abriter dans un entresol sans fenêtre où, terrorisés, Jeannine et Bernard écoutaient les balles siffler. De ces moments tragiques, elle a gardé une grande claustrophobie et un sommeil parfois chahuté de mauvais rêves.

Mais tout n’a pas été dramatique en Algérie et Jeanine a gardé un esprit de liberté face aux grands espaces qu’elle parcourait avec son père et son grand-père dans les hauteurs de Oms.

Au coeur de la montagne, nous partions en pique-nique où grand-père faisait des grillades cuites aux sarments de vigne dans les lieux autorisés: et oui, ce fut le comble qu’un ancien employé des eaux et forêts déroge à la règle! Elle reçut de son père cet amour des grandes balades dans la nature qu’elle garda toute sa vie.

Epilogue

« Elle était très douce, très calme. Quand elle était petite, elle supportait tout et ne se plaignait pas et ne se rebellait jamais. » Voilà ce que Marthe, sa maman me dit de Jeanine en conclusion de notre entretien.Tandis que Yannick ajoute: « Elle avait le talent de voir la vraie nature des personnes et l’art de s’entendre avec tout le monde, portant une attention particulière à chacun. »

N’est-ce-pas là, le concept d’amour universel ? S’oublier par amour au profit de l’autre…

Puisse ce modeste témoignage de la vie de Jeanine inspirer encore beaucoup d’amour et de compassion qu’elle même mit au service des autres durant son passage, trop court, telle une étoile filante.

Elle éclairera nos vies encore longtemps comme cette rose qui fleurit à chaque printemps.

valeriejean-biographe

 fin des extraits choisis

 Pour des raisons de confidentialité, peu de texte est laissé en lecture publique

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Une vie à Saint-Nicolas de Brem- biographie

Une vie à Saint-Nicolas de Brem

Une biographie réalisée par Béatrix Boujasson en collaboration avec Valérie Jean-Biographe

Biographie-Saint-Nicolas de Brem

EXTRAITS DU LIVRE

 

Le temps des vacances

Mes vraies vacances ont débuté lorsque j’avais neuf ans à la Brardière, un petit village près de l’île d’Olonne où habitaient mes grands-parents. Je retrouvais là-bas, mes deux cousines.

Grand père était forgeron et viticulteur en même temps. C’était un homme très instruit et développant des talents d’artistes. Nous gardons un bon souvenir de lui. C’était un Monsieur très estimé dans son village, tout d’abord comme forgeron mais aussi comme écrivain public car presque tous les habitants du village venaient le trouver pour rédiger leurs courriers. Il avait également le don de bien dessiner. Pour nous il était le patriarche, et nous n’osions pas lui poser trop de questions. Il faut dire qu’en ce temps là les enfants devaient rester à leur place : écouter et ne pas s’immiscer dans les conversations des grands.

Notre journée commençait avec le petit-déjeuner, où l’on appréciait le beurre fabriqué par les soins de grand-mère avec le bon lait des vaches de la ferme, présenté dans un beurrier en bois, travaillé au couteau représentant une vache et des fleurs. Puis de 9 h à 10 h, arrivait le moment fatidique des devoirs de vacances! C’est le moment que nous aimions le moins pendant nos vacances. Grand-père était très à cheval là-dessus. Il s’asseyait à la table en face de nous et nous avions droit pendant 1 heure, chaque matin, à la révision du calcul et du français.

Grand’ mère s’occupait des animaux: trois vaches, des poules, des lapins et pendant notre séjour, pour notre plus grand plaisir, nous l’aidions dans ces taches. C’était une femme très active et également très coquette, se préoccupant de la dernière mode. D’ailleurs, elle avait sans doute su nous initier car pendant notre gardiennage, nous nous occupions à découper des photos des nouvelles robes dans les catalogues de bergères de France – et oui cela existait déjà !
Dans notre imagination, nous étions les petites reines de ce petit royaume où la vie s’écoulait paisiblement, au gré de notre fantaisie.

En face de la maison, il y avait un grand jardin potager ou fruitier, où l’on s’était fabriqué une cabane avec pour plafond des couvertures. Bien entendu, nous avions prévu un coin chambre et un coin cuisine.

Quelques pas plus haut, c’est à dire au milieu du jardin, se trouvaient les toilettes,   un petit cabanon en bois dont la porte se fermait par un crochet. C’était très rustique avec des journaux, découpés en carrés, en guise de papier-toilette…

Après la séance scolaire avec Grand-père, nous partions mettre les vaches à paître dans le marais pour la journée. Pour déjeuner, nous faisions un pique-nique au bord du marais où nous allions pêcher des coques.

Je me souviens de beaux jours d’été, baignés de soleil, où nous jouions à la fermière. On s’amusait bien, même si j’ignore comment nos trois vaches Blanchette, Roussette et Rosette appréciaient leurs filles au pair ! En tous cas elles nous donnaient du fil à retordre pour arriver jusqu’au marais où elles devaient brouter toute la journée. Un jour, le long de la route, elles avaient fait une incursion dans le champ de choux de chez la voisine !

Nous avions entre dix et treize ans,  et assez de malice pour faire des bêtises comme de détacher un bateau – bien entendu sans la permission du propriétaire – afin de faire un tour de rivière.

Le soir, on rapatriait les bêtes vers 17 heures à l’étable pour la traite. Le lait recueilli passait dans l’écrémeuse pour recevoir la crème que j’adorais – et que j’aime toujours- On la fouettait à tout de rôle afin de fabriquer le beurre, celui qu’on dégustait avec plaisir à notre table. Nous n’avions évidemment pas de batteur électrique, ni de réfrigérateur. C’était le puits dans la cour qui faisait office de conservateur d’aliments. On le mettait dans un seau que l’on descendait au ras de l’eau et pour le remonter il n’y avait plus qu’à tirer la corde.

Les taches ménagères se soldaient par la corvée d’eau, car l’eau courante n’existait pas; mais je devrais plutôt parler de plaisir d’aller chercher l’eau à la fontaine et ramener une grande bassine d’eau, qui servirait à tous les usages domestiques y compris pour boire.

Puis arrivait la fin de la semaine, jour du bain. Le samedi matin, il nous fallait aller à la fontaine chercher de l’eau, à 300 m de la maison pour ensuite la laisser chauffer au soleil la journée pour qu’elle soit chaude pour le bain du soir. Nous le prenions alors dans la cour à tour de rôle. Ma cousine avait une superbe chevelure qu’il fallait démêler. Grand-Mère prenait la brosse à chien dent, une méthode radicale!

Grand-mère ne craignait pas de nous emmener faire de la marche à pied! Organiser un pique-nique à la plage en passant par les marais sur 2 km, puis rejoindre la forêt que nous parcourions encore sur 2 autres km avant d’arriver enfin à la mer…sans compter le retour!!!

Le Dimanche, nous partions à pied à l’Ile d’Olonne pour assister à la messe de 10 h pendant que Grand-père partait en vélo. Sur la route on voyait les habitantes de la Salaire et de la Brardière, perchées sur leurs vélos et ce qui nous amusait le plus, c’était qu’elles avaient toutes le manteau relevé et attaché à la taille avec une épingle de sûreté, précaution pour ne pas le tâcher . Elle nous saluaient tout en pédalant, nous criant un « bonjour les filles » qui nous encourageait un peu plus à poursuivre notre chemin.

En arrivant au bourg, nous allions chez la tante, sœur de Grand-père, qui nous donnait un verre de limonade et des petits gâteaux pour la route du retour. Et toujours de notre pied comme aurait dit Grand-Mère!

L’après midi, nous nous reposions au bord de la route, et nous comptions les voitures: huit ou neuf passaient et encore !!! Quelquefois, nous attendions sur le bord du chemin le petit train pour Saint-Martin, aujourd’hui devenu Brem sur Mer. Comme il tardait à arriver, Grand-mère, toujours aussi impatiente, nous lançait:

–  » Allez mes petites filles nous partons de notre pied à travers la ligne. »

Ce qui voulait dire: suivre les rails. Alors là je n’étais pas fière et je regardais sans arrêt derrière moi si le train arrivait ! Finalement, il avait souvent beaucoup de retard car il est arrivé plusieurs fois qu’on arrive en même temps que lui!!!

Pas question donc de se plaindre de la fatigue avec grand-mère mais loin d’être traumatisées, nous étions ravies de ses longues marches vivifiantes et sereines.

Parfois, nous allions aussi chez nos grands-parents pendant les vacances d’hiver, lovés autour de la grande cheminée près de laquelle grand-mère prenait soin de pendre nos chemises de nuit sur un fil avec une épingle afin qu’elles soient chaudes au moment du coucher. C’est à ce moment que nous récitions la prière du soir, entre nos grands-parents. À notre droite, le grand-père, très recueilli car, étant très croyant, la prière était pour lui très importante ; et à notre gauche, la grand-mère qui quelquefois se faisait rappeler à l’ordre par son époux  » Marie pas si vite ». Elle aurait voulu que ce soit fini avant de commencer, étant beaucoup moins pratiquante que son mari.

Ces années furent les meilleures de mon enfance car en 1946 vint le moment de quitter mon village pour partir en pension à La Roche-sur-Yon.

Après cette date, les vacances se résumaient à fêter le nouvel an chez les grands-parents où nous dégustions les anguilles du marais, baignées de sauce de grand-mère dont j’ai perdu la recette! Quel dommage! L’après-midi, je m’éclipsais avec les autres jeunes, laissant les adultes à leurs conversations pour aller souhaiter la bonne année dans le village, notamment aux autres membres de la famille qui étaient ravis de recevoir notre visite. Nous ne repartions jamais les mains vides: bonbons, gâteaux ou petites pièces de 10 centimes ou 20 cts remplissaient nos poches… Aujourd’hui, les grands-parents ne sont plus là, la maison a été vendue et seul le marais reste de cette période tant aimée, terre que je partage avec mon frère et ma soeur.

La communion solennelle

C’était un acte de foi très important pour les Sœurs de la congrégation de Mormaison en Vendée qui dirigeaient l’école privée. Pour moi, le grand jour fut célébré le 12 Mars 1945, j’avais 11 ans. Cela débutait par une retraite de trois jours à l’école où nous écoutions l’Abbé nous expliquer la religion sous toutes les coutures. Ce n’était pas réjouissant mais pendant ce temps on ne faisait pas la classe ce qui ne me déplaisait pas !

Cette année là, nous étions seize communiantes à monter sagement les marches de l’église, revêtues de nos robes de mousseline blanches agrémentées d’une ceinture d’une aumônière et d’un chapelet pendant le long de la robe.

Avec solennité, nous entrions dans l’église, un cierge allumé en main, sous le regard réjouit de nos familles et amis, qui à notre suite nous rejoignaient pour assister à la grand-messe chantée. Puis c’était les retrouvailles avec mes cousines.

La semaine suivante, pour faire plaisir à une autre cousine, sœur carmélite au couvent des Victimes du Sacré cœur à la Roche sur Yon, nous avions

revêtues nos tenues de Communiante pour faire un peu les mannequins -si on peut dire- devant toutes les sœurs réunies de la congrégation, isolées du reste du monde avant de rejoindre la chapelle. À la fin, elles nous avaient remerciées par quelques gâteries. Nos parents nous attendaient au parloir n’ayant pas l’autorisation d’entrer, comme adulte, au couvent.

Cette parenthèse heureuse s’acheva par mon retour à l’école de Saint-Martin de Brem pour un quotidien moins plaisant!

Une escapade à Paris

Il n’était pas question de prendre de vacances, en ce temps là, cela n’était pas les habitudes dans les familles rurales. Par contre, ma chère cousine travaillait dans un bureau à la Roche sur Yon et avait droit à des congés. Elle me proposa de partir à Paris avec sa sœur: le trio était reconstitué  quelle joie !

Mais ce n’était pas gagné: il fallait encore convaincre maman de laisser « Titice », surnom qui m’avait été donné depuis ma naissance, partir à la capitale!

1952, c’était l’année de mes 18 ans, un merveilleux cadeau que ce voyage à Paris. D’autant que la réduction SNCF auquel on avait droit prenait fin dans l’année, autant donc en profiter!

Le départ fut accepté par toute la famille, sachant que nous étions hébergés à notre arrivée par des cousins. Je me souviens que des endives nous avaient été servies pour le dîner, au demeurant fort peu appréciées! En fait, on ne connaissait pas ce nouveau légume, inconnu dans notre Vendée. Les cousins nous donnèrent l’adresse d’un petit hôtel dans le fameux quartier Pigalle…Cela ne nous a pas perturbé!

Le premier jour, sous l’initiative de notre aînée, nous avons étudié le plan du métro pour repérer les sites à visiter. Et le soir même, nous allions voir le spectacle du cirque d’hiver…Je n’ai pas d’autre superlatif que super! Vraiment super!

Pour notre deuxième soirée, direction l’opéra comique où se jouait « Madame Bovary ». En bonne provinciale, sans le savoir, nous sommes entrées par les coulisses! Personne ne nous en tint rigueur et la chance était avec nous car grâce à un désistement de dernière minute, nous avons bénéficié de places au premier rang, dans l’univers feutré et bourgeois des fourrures et des parfums haut de gamme!
Cela ne m’a pas empêché, dès les lumières éteintes, de me déchausser pour profiter pleinement du spectacle sans avoir à souffrir de mes pieds fourbus et enflés d’avoir arpenter les rues parisiennes! Le spectacle enchanteur nous a ravi mais à la fin du spectacle: nous ne trouvions plus mes chaussures! Nous avons été alors prises d’un terrible fou rire même si la situation était inquiétante…Partir dans Paris le soir pied nus était une perspective que je n’envisageais pas! À quatre pattes sous les fauteuils nous avons fini par les retrouver et avons pu rentrer sereines.

Impossible d’aller à Paris sans monter à la Tour Eiffel… d’autant plus que ma cousine devait remettre une lettre au responsable du restaurant. Malgré notre légère petite appréhension, nous avons été très bien reçues avec thé et petits gâteaux, dégustés autour d’une table blanche décorée de fleurs…Superbe. Comme c’était l’après-midi, il y avait peu de visiteurs. Ainsi nous avons pu apprécier la vue panoramique de la capitale tout à loisirs. Nous sommes reparties, contentes de notre après-midi et flattées que trois jeunes gens ouvrent pour nous les grandes portes coulissantes. En bonne petite provinciale, je suis allée leur serrer la main ce qui provoqua un bon fou rire qui nous gagne encore aujourd’hui quand on repense à ce souvenir!

Nous avons enchaîné le surlendemain par le spectacle du « chanteur de Mexico » avec Luis Marianno accompagné de Bourvil et de Annie Cordy, joué au théâtre du Châtelet.

Après un détour à Berck plage, où nous avons peu apprécié le vent du nord dans nos jambes sr les immenses plages, notre retour sur Paris nous mena à la cathédrale Notre Dame de Paris…Un souvenir magnifique. Encore l’occasion de raconter une anecdote: Me penchant pour donner une petite obole dans l’église, j’ai laissé tomber mon billet de retour…Une bonne étoile veillait car non seulement je m’en suis aperçu rapidement mais les dames qui étaient à l’accueil dans l’église furent heureuses de retrouver la personne à qui appartenait la carte de train…Sans elle, j’aurai été démunie pour rentrer!

Encore aujourd’hui je repense à ce voyage et à toutes les péripéties que nous avons traversées. Puis ce fut le retour à la boulangerie où je retrouvai ma petite vie de vendeuse de pain.

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Mes chemins de spiritualité

CHEMINS DE SPIRITUALITE

 

1-Révélation-

Ma première expérience de l’existence d’un au-delà arriva alors que j’étais à la pension Sainte Thérèse à Joigny. Je partageais ma chambre avec mon amie Bernadette A, fille de parents siciliens.

Un soir ou plutôt une nuit, je fus réveillée et je l’entendis clairement tenir une conversation, assise dans son lit, dans la pénombre.

J’ai le souvenir d’avoir abordé la question le lendemain matin : elle ne démentit pas et m’expliqua qu’elle parlait avec sa grand-mère. Elle s’ouvrit davantage me révélant plusieurs faits qui s’étaient déroulés dans sa famille, attestant selon elle de pouvoirs des défunts sur les hommes.

Elle ma raconta notamment l’histoire d’un homme, son oncle je crois, qui du jour au lendemain, alors qu’il était depuis toujours d’une grande gentillesse, était devenu un homme sombre et violent. Dans mon souvenir, elle avait fait allusion à des tentatives d’exorcisme mais j’ai perdu la fin de l’histoire.

Elle me raconta aussi que sa mère avait échappé de justesse à un accident, le renversement d’une grosse armoire sur elle…

J’allais souvent chez elle. Elle vivait dans un appartement rue de l’ancienne piperie avec sa mère, son père étant décédé d’un cancer quelques années auparavant.

Nous étions alors en 3ème à l’institution de l’Assomption de Forges.

Dans ce collège privé, monsieur F, âgé de la cinquantaine, était l’homme de maintenance. Il était adorable et très aimé des élèves. Pendant l’année scolaire, il tomba malade et mourut en quelques mois.

C’était un homme joyeux, qui avait toujours le sourire.

Un jour Bernadette, alors j’étais chez elle me raconta comment peu de temps avant elle avait perdu les clefs de l’appartement. Elle les avait cherchées en vain quand subitement elle entendit un cliquetis. Quand elle alla voir, elle retrouva les clefs sur un meuble dans le couloir, revenues là inexplicablement. Elle me dit : « C’est Monsieur Ferrez qui m’a fait une farce ».

Cet épisode s’était passé un an avant que nous soyons en internat et je n’y avais pas prêté particulièrement attention…

Toutes ces histoires me mettaient mal à l’aise et intuitivement je les éloignai de mon esprit, sans pour autant écarter l’hypothèse que ces phénomènes existent. Je crus bon de ne pas chercher à comprendre davantage, subodorant que cela pouvait être dangereux.

Plus tard, après être restée amie et collègue pendant des années, je rompis notre amitié pour des raisons qui n’avaient rien à voir avec tout ça.

Ma conscience se rendormit pour plusieurs années.

2-Rêve éveillé-

En 1996, nous partîmes nous installer en Vendée avec mon nouveau mari et nos enfants. Nous avons monté une association de spectacle et je proposai à ma commune d’animer un atelier théâtre. Cela nous permit de nous faire connaître dans le village. Comme partout en Vendée, l’église est très présente et nous avons été confronté rapidement à la séparation nette entre les enfants issus de l’école publique et ceux de l’école privée. J’étais croyante mais ne pratiquais pas aussi je fus rangée dans la catégorie des non croyants. Les cours furent désertés par les enfants de l’école privée…Parallèlement, grâce à notre matériel de sonorisation, nous assurions les différentes kermesses, galas de l’école de danse ou d’autres évènements ce qui nous permit très vite d’être connus par de nombreuses personnes.

À la suite d’une autre amitié trahie, je fus en dépression durant quelques semaines. Pendant cette période, je fis un rêve éveillé étrange. Je me voyais en chemise de nuit blanche, sur une route, sous la pluie de nuit, marcher. Il me fallait absolument partir comme un missionnaire pour « sauver le monde »…

C’est très flou aujourd’hui dans mon esprit sauf cette sensation très nette d’une souffrance charnelle qui m’étreignait. Cette douleur s’étendait à la conscience que j’avais du monde abîmé, meurtri. Je ressentais dans ma chair les drames que vivait le monde. C’était en 1998.

Après cet épisode qui dura quelques semaines, je repris le cours normal de ma vie- formation, famille, amis et travail-

Bientôt, je fus enceinte, évènement qui n’était pas prévisible d’autant que je portais un stérilet. Contre toute attente nous avions décidé avec Nelson de mettre un terme définitif à l’éventualité d’une grossesse. Mais la graine fut plantée…

Joséphine entra dans ma vie au moment le plus inopportun : j’appris qu’elle nichait dans mon sein une semaine après avoir été engagée comme directrice de la maison de Quartier des Forges à La Roche sur Yon.

Le tapis rouge qui s’était déroulé pour moi devint vite un chemin de croix.

3-Regard d’une vieille âme-

 

Le jour de l’accouchement, la délivrance fut très rapide. Quelques heures après la naissance, alors que je lui donnais la première tétée, je regardai comme toute mère donnant le sein, son petit visage…Je fus frappée par le regard intense de Joséphine. Je me suis fait la réflexion à cet instant précis que ce regard si pénétrant, si profond était inhabituel chez un nouveau-né.

Je fus tellement marquée par l’expression des yeux de Joséphine que quelques années après, lors d’un atelier d’écriture auquel je participai, j’en fis une nouvelle :

Je voudrais une autre vie

 

En grandissant, Joséphine se révéla être une enfant très mature. Quand elle commença à balbutier ses premiers mots, ses syllabes étaient originales et produisaient des mots inconnus, je me souviens de « michouna », « misouki » et d’autres expressions ne se raccrochant à rien de connu de notre langue.

Elle aura très vite l’esprit « sauvage » se débarrassant de ses chaussures dès son retour à la maison privilégiant de toujours marcher pieds-nus…

J’ai toujours pensé que c’était une vieille âme et 18 mois après sa naissance, j’obtins ma réponse. Le ciel m’avait envoyé Joséphine pour prendre soin de moi, pour m’aider à passer un cap : le 8 Mai 2003, les anges rappelaient Pierre.

 

4-Une force miraculeuse-

 

Malgré une douleur profonde, le sentiment d’un vide abyssal, sans que je comprenne pourquoi, comment, j’étais forte, d’une énergie presqu’indécente au regard du traumatisme de la perte d’un enfant.

J’étais assaillie souvent par des crises de larmes, violentes mais le calme revenait et je me relevais debout affrontant le quotidien tout en étant parée d’un voile de tristesse qui jusqu’à aujourd’hui ne s’est jamais levé totalement.

J’assumais miraculeusement cette perte en ayant l’intuition que c’était une ouverture et non une fermeture…

Toutefois souvent je sombrai dans une tristesse sans fond qui me happait hors de la réalité, me demandant ce que je faisais là. Un jour, alors que je faisais mes courses chez Leclerc, des larmes se sont imposées m’obligeant à quitter précipitamment le magasin. Alors que je marchais dans la rue sous un ciel assombri par des nuages, inondé par mes larmes, j’ai regardé au ciel et immédiatement je ressentis un apaisement refoulant larmes et tristesse tandis que le soleil perçait les nuages. Je me sentais éclairé de l’intérieur.

C’est là que j’ai retrouvé la foi, la vraie, pas celle qu’on nous inculque au catéchisme mais celle qui est le fil invisible et puissant qui nous relie à Dieu.

Une autre fois, sortant de l’église où j’étais allée me recueillir, une amie m’a dit « Valérie, tu rayonnes de lumière. »

Quelques semaines après la mort de Pierre, j’ai acheté un carnet, un stylo plume et j’ai pris l’habitude de lui écrire. À travers mon journal je dialoguais avec Pierre, il m’accompagnait partout. Malgré tout, depuis l’accident je gardais un poids dans le cœur : je l’expliquai par le fait de n’avoir pu lui dire au-revoir et le serrer une dernière fois de son vivant.

En effet, ayant été éduquée dans un milieu environné de médecin, le jour de l’accident, je m’étais effacée à chaque étape, laissant les soignants intervenir auprès de Pierre…Mais quand on me rendit mon fils, il était mort. Personne ne m’avait appelé pour le serrer une dernière fois dans une étreinte d’un A Dieu consenti et lui dire mon amour. Cette frustration m’empêchait d’être légère, elle emprisonnait mon esprit.

Je n’avais aucune haine ni envers l’homme responsable de l’accident, ni envers l’équipe soignante mais simplement un vide qui n’était pas comblé.

Une amie, Sandrine Rabiller, qui avait perdu son frère dans des circonstances dramatiques m’a parlé d’une conférence médiumnique avec Reynald Roussel à La Roche sur Yon.

Je me savais fragile et vulnérable mais suffisamment vigilante, je pris la décision d’y aller, je n’avais rien à perdre. Quand je fis part de ma décision de me rendre là-bas à Nelson, il tenta de m’en dissuader arguant du fait que je risquais de me faire manipuler. Je ne changeai pas d’avis et partit seule là-bas.

Me voilà donc prête à partir. Je sors dans la cour quand ma voisine Marie-Christine s’approche me demandant si elle pouvait avoir le petit recueil que j’avais écrit pour l’homélie de Pierre et que je gardais toujours dans mon sac…C’était d’ailleurs précisément la photo que je devais donner pour la séance de médiumnité.

Je la remerciais de sa demande qui pour moi était un grand hommage à Pierre, je lui donnais le livret qui était dans mon sac. Après son départ, je retournai dans la maison récupérer un autre livret…Puis je partis à l’hôtel Kyriad, lieu où se déroulait la conférence.

5-La porte divine-

 

Me voilà donc assise parmi une soixantaine de personnes, venues comme moi avec l’espoir d’obtenir un contact avec un défunt.

La personnalité de Reynald Roussel me séduisit d’emblée. Il n’adoptait pas un ton triste et déférent mais un dialogue vivant, impertinent, loin de la solennité coutumière quand on parle de la mort. Il nous expliqua que pour lui les défunts étaient tels qu’ils étaient de leur vivant, au mieux de leur forme ; les voir et dialoguer avec eux était son quotidien.

Par des anecdotes, il nous révéla sa vie, sa médiumnité avec une simplicité bienfaisante, expliquant ses capacités, son rôle, son lien avec l’au-delà (se libérant au passage de la tutelle de l’église sans pour autant évacuer Dieu et l’amour qu’Il porte à chacun de nous. Nous disant simplement que la religion est une invention de l’homme et que la foi est bien plus simple : c’est celle dominée par l’Amour. Il nous dit d’ailleurs que seul un lien d’amour permettait aux personnes d’avoir un contact avec ceux passés par l’autre porte.

Après toutes explications, Reynald Roussel répondit aux questions de la salle avant d’entamer la séance de médiumnité.

C’était simple : des photos étaient alignées sur une table, Reynald passait sa main au-dessus des photos et attrapait la photo du défunt qui se présentait à lui sous la tutelle de ses guides.

Après quelques contacts, la photo de Pierre jaillit dans sa main.

Mon cœur bondit dans ma poitrine et une exaltation soudaine s’empara de moi. Les questions et réponses s’enchaînaient rapidement, au fur et à mesure que Reynald recevait les images, les sons, les odeurs que Pierre transmettait… J’absorbais les informations avec un bonheur infini, le sourire aux lèvres, ivre de ses mots prouvant l’incroyable réalité que je vivais. Oui Pierre était là, vivant, espiègle et drôle, je retrouvai mon fils après dix-huit mois d’absence.

Dialogue avec Reynald Roussel

C’est votre fils madame.

Oui

Un VTT cela vous dit quelque chose?

Oui Pierre avalait des kilomètres

Un VTT bleu

Oui c’est ça

Avez vous encore ce vélo?

Oui en partie car c’est avec lui que Pierre a eu son accident.

On ne va pas ramener des souvenirs douloureux

Non non bien sûr

Le livret que je tiens, il y a une poésie dans ces pages

Oui un poème qui parle de musique

Ce poème vous le lisez souvent en lisant des passages de temps à autre.

Oui

Pierre veut que vous continuiez à lire ce poème car il parle de choses importantes pour lui

Oui

Pierre me dit « elle a plein de livrets dans l’armoire et elle en a pris un neuf pour venir »

Oui c’est vrai

Vous écrivez madame, il faut continuer c’est important de poursuivre et d’aller au bout pour témoigner pour les autres parents.

Je vais essayer

Votre maman est encore en vie, Alors il faut lui donner le message de Pierre: il l’embrasse et il me montre des fleurs pour elle.

Oui

Pierre est grand, mince et brun

Oui

Il est coquet. Il me fait (il montre son biceps) et il me dit « je me suis épaissi. »

Il vous a envoyé beaucoup de signes

Oui je sais

Avez vous une question pour lui?

Ce n’est pas une question mais je veux lui dire que je n’ai pas pu être à ses côtés quand il est parti et que je souffre de ne pas lui avoir dit au revoir.

Il va vous en envoyer encore beaucoup et il va venir à vous en songe mais je ne peux pas vous dire quand.

Il semble perdre le fil…il revient vers moi. vous avez quelque chose contre les anneaux et les piercings pour les jeunes?

Non pas du tout

Parce qu’il me dit « maintenant je peux m’en mettre un au sourcil »

Son père ne voulait pas qu’il en porte un.

Septembre c’est une période importante pour vous?

Je ne sais pas, je partirai peut être en formation.

C’est une bonne période.

Mon tour était passée et je restai abasourdie par cette révélation miraculeuse que la vie était donc là, après la porte de la mort…que non seulement Pierre vivait mais qu’il était heureux, sans nous mais nous accompagnant toujours dans les grands instants de notre vie.

Après ce flottement heureux où je m’abandonnais à cette pensée, je me ressaisis pour écouter la suite et assistai, avec le même bonheur, aux contacts qui suivirent, émerveillée du bonheur que recevait les personnes après avoir été écrasées par le drame.

Encore sur un petit nuage, je rejoignis ma voiture et m’empressais de retranscrire le dialogue afin de ne rien en perdre.

J’étais encore soufflée de la véracité du contact: que Reynald ait pu restituer le fait que j’étais retournée à la maison prendre un autre livret dans l’armoire avant de partir était à peine croyable…et pourtant il l’a vu.

Presque dans le même temps, ma fille caroline, alla à une séance médiumnique de Reynald Roussel organisée à Paris. Elle me retransmit sa conversation:

RR: C’est votre frère?

Moi: Oui

RR: Il ne voulait parler qu’à moi, il ne voulait pas parler à Christine!

RR: Il est mort brutalement?

Moi: Oui.

RR: Violemment même?

Moi: Oui.

RR: Vous êtes prête à entendre le message?

Moi: Oui.

RR: Bon, il commence tout juste à aller bien, il avait des regrets.

RR: Il aimait le sport? Le pratiquait?

Moi: Oui, il faisait du vélo.

RR: Oui, enfin, il prenait soin de lui?

Moi: Oui.

RR: Il y a un prénom, Sonia, Aurelia… Un prénom qui finit en ia?

Moi: Non, enfin, Sonya, c’est ma meilleure amie, mais ça n’a pas grand chose à voir avec lui.

RR: Ils se sont déjà vus?

Moi: Oui.

RR:Ils ont déjà chahuté ensembles?

Moi: Non.

RR: Vous venez de loin?

Moi: je travaille à Paris, mais sinon je suis souvent en Vendée.

RR: Ah oui, parce que là, il me montre La Roche sur Yon et me dit qu’il préfère la salle de la Roche sur Yon! C’est marrant ça.

Moi: Oui vous avez vu ma mère là-bas y’a pas longtemps.

RR: Il aimait bien draguer, séduire?

Oui: Oui.

RR: Il me dit qu’il s’est fait de « nouveaux copains » dans les « esprits » et qu’il drague et séduit toujours.

RR: Vous êtes venue seule?

Moi: Oui.

RR: Il dit que vous avez eu raison de venir, que c’est bien.

6-Le songe de la délivrance-

 

Trois jours après la séance médiumnique à laquelle j’avais assisté, dans la nuit du 8 au 9 juillet, je me suis réveillée par une image. Dans mon souvenir, c’était un vélo et je refusais cette image craignant de revivre l’accident de pierre.

Je tentais de me rendormir sans succès.

Des images se sont alors imposées à moi, calquées sur ma pensée et le changement s’opéra brusquement: Je fus transportée dans un magnifique jardin qui ressemblait à un jardin japonais avec des allées de graviers aux lignes très pures. En contrebas, car le chemin était très pentu, il y avait une grande bâtisse, de style victorien. A mesure que nous avancions, nos pas déformaient l’allée qui se reformait derrière nous. Puis une file de moines, de type bouddhiste, sont apparus, nous croisant au bas du chemin.

En sortant du jardin, brusquement une autre image s’impose à nous: nous débouchons sur une sorte d’esplanade avec la vue spectaculaire d’une magnifique cité aux couleurs irisées, accrochée au ciel dans le lointain.

Nous sommes dirigés vers l’entrée d’un couloir très large où beaucoup de personnes entrent et sortent. Nous somme ensuite dans une pièce ouverte sur une terrasse agrémentée de fleurs rouges et jaunes.

A ce moment Joséphine est accroupie sur la terrasse alors que jusqu’à présent je n’étais qu’avec Nelson. Fugitivement, à l’arrivée dans cet espace, j’ai cru être avec tous les enfants mais le souvenir est trop flou pour en restituer l’essence.

Dans cette pièce, il y a deux ordinateurs et nous attendons assis sur des chaises, face à un couloir, comme ceux des salles de classes.

J’ai vu arriver Pierre et j’ai bondi en criant « Pierre ».

Il m’a rejointe et m’a serrée très fort dans ses bras.

Après un temps, je lui ai dit va embrasser Joséphine et il m’a répondu

« Je la vois souvent » et il est parti vers elle.

Il était torse nu vêtu d’un jeans.

Quand j’ai vu son dos, j’ai eu un mouvement d’effroi et de recul. Sur sa peau était tracée une grande croix, pas de manière nette mais des multitudes de petites scarifications légères, très fines, très courtes dont certaines avec du sang. Et quand il s’est retourné, j’ai encore eu la surprise désagréable de voir qu’il avait à la hauteur de la poitrine, dans les côtes comme une plaie cicatrisée depuis peu laissant un bourrelet de peau blanche.

Il m’a dit alors: « lundi ou la semaine prochaine, (je ne sais plus) je pars pour …. Ou je rentre à… Le nom m’a échappé.

Nelson s’est secoué violemment dans le lit ce qui a provoqué la rupture du songe.

Je restai dans la pénombre envahie d’une paix immense avec l’empreinte dans mon corps et dans mon cœur de l’étreinte de Pierre. Le lendemain à mon réveil, les images étaient restées incrustées en moi, chargées d’un vécu charnel, physique. Je me sentis débarrassée du poids qui me plombait depuis le jour de la mort de Pierre.

 

7-Des signes au hasard des jours

À partir de là, je reçus des signes plus ou moins flagrants, plus ou moins forts, que je pris comme cadeau de Pierre.

Un an après son décès, jour pour jour, alors que les enfants regardaient la télévision, celle-ci s’est éteinte sans autre explication à l’heure exacte de la disparition de Pierre.
Le jour d’anniversaire des 10 ans du décès de Pierre, j’avais organisé une petite cérémonie avec le prêtre. Chacun de nos amis qui le souhaitaient, avaient été invités à venir planter une fleur dans le jardin, dans le coin dédié à Pierre. Ce jour- là,  le père de Pierre, était passé mais ne souhaitant pas assister à la bénédiction, il était parti à la plage avec Caroline le temps de la cérémonie. Arrivés à la plage des Demoiselles de Saint-Jean-de-Monts, alors qu’ils descendaient vers le bord de l’eau, ils virent de grandes lettres inscrites dans la sable…S’approchant davantage, ils lurent P i e r r e en lettres détachées.

Il m’est arrivé alors que j’étais seule dans la maison, d’entendre une voix très lointaine et en même temps proche de moi qui disait maman.

Encore une fois, je me laissais porter par les évènements sans les provoquer, sans chercher à percer ces énigmes, me contentant de recueillir ces signes comme présents de mon fils. J’acceptais cette nouvelle réalité ouverte sur la spiritualité, avec beaucoup d’humilité, consciente que ces phénomènes étranges relevant de mon intimité, sans qu’ils soient spectaculaires et fassent l’objet d’une diffusion allant au-delà de mes amis intimes que je savais acquis au mêmes croyances que moi.

Ainsi, un jour j’appelai Philippe B, magnétiseur pour un mal de dos. Après m’avoir manipulée, je me relevai de la table de massage et Philippe me serra fort dans ces bras (il faut savoir que Philippe est très respectueux de la distance physique avec autrui), en me glissant dans l’oreille :

  • « Tu es un être de lumière, ton guide s’appelle…(et il m’a dit un nom que je n’ai pas retenu, j’étais trop surprise par cette révélation et je ne l’ai pas fait répéter…)

Voulait-on à ce moment-là que je ne retienne pas ce nom? Peut-être que je n’étais pas encore prête à recevoir cette information ? Je le crois et peut-être Philippe en avait trop dit …. Toujours est-il que quand j’ai cherché à reparler de cet incident, il m’a dit de pas s’en souvenir et n’a jamais plus fait référence à mon « statut d’être de lumière » et de mon guide. En tout cas avant longtemps.

J’ai perdu pendant plusieurs semaines mes clefs de voiture, en ayant un double (mais pas à faisceau automatique qui ouvre à distance), j’ai arrêté de chercher jusqu’au jour où j’ai égaré la clef restante…J’ai fait une prière à Saint Antoine et le lendemain, Mathieu a retrouvé mes clefs au pied du cotonnier Aster sur lequel il avait grimpé dans le jardin !

En vacances dans l’Ariège, je me suis retrouvée, à la suite d’une discorde, sans voiture, sans papier, sans argent, sans manteau, dans un village sans commerce, au fin fond d’une vallée. Il était dix-huit heures trente. Enervée par le conflit que je venais de vivre, je me suis réfugiée dans l’église et j’ai prié. Au bout d’une demi-heure je suis ressortie, la nuit tombait, nous étions en octobre et le village était désert, pas âme qui vive, ni même un bar. Résignée à rentrer à pied (50 kms), je me suis engagée sur la route qui me paraissait être la bonne direction…sûre de rien. Après une bonne demi-heure de marche et commençant à craindre d’avoir froid et d’être terrifiée à l’idée de passer la nuit au bord de la route, je vis un camping-car s’approcher, je levai le pouce et il s’arrêta. C’était une famille en vacances qui avait choisi de manger dans leur camping-car après la visite du château de Peyrepertuse (que nous avions nous même visité l’après-midi et qui fermait ses portes à 18h…). Ils me dirent leur direction et il s’est trouvé que c’était la mienne…Ils me déposèrent juste en face du camping.

Dans un tout autre registre, un autre signe m’a été donné.

Un jour une femme m’appelle pour une biographie. Elle m’explique que c’est pour son beau frère qui doit partir à la retraite: la biographie étant le cadeau qu’elle veut lui offrir. Je lui donne les renseignements et elle me précise que son beau-frère est un homme important, dans les affaires, rigoureux et exigeant et qu’il n’est pas dit qu’il fasse contrat avec moi.

Quelques semaines plus tard, l’homme me joint au téléphone. Prévenue de la difficulté éventuelle de le convaincre de passer contrat avec moi, je ne me faisais pas beaucoup d’illusion! Pourquoi un homme important confierait sa vie à un biographe de province, de peu de renommée.

Effectivement le ton est assez froid et distant. Je ne cherche pas à me vendre bien au contraire, je lui demande ce qu’il voulait écrire, plutôt son parcours professionnel ou quelque chose de plus personnel. Il répond assez cassant,         – « certainement pas quelque chose de psychologique, je veux restituer mon parcours professionnel. »

– « Très bien répondis-je, mais j’espère que vous n’êtes pas ingénieur car je suis nulle en maths! »

– « non me dit-il, je suis dans l’hôtellerie. »

– « Oh très bien, je maîtrise car j’ai tenu un camping et ma fille est également dans l’hôtellerie. »

– « Dans quel hôtel travaille-t-elle? »

– « Au méridien Montparnasse. »

– « Je suis le Directeur du Méridien Montparnasse. »

– … (j’étais sonnée)

–  » quel es son nom et dans quel service est-t-elle?

– « Houskeaping, elle s’appelle Caroline Moreno. »

– « Non je ne vois pas, nous sommes très nombreux et je ne connais pas tout le monde » (tu m’étonnes avec un hôtel de 900 chambres, il y a une armée d’employés!)

– « Peut-être qu’en vous disant qu’il y a peu de temps c’est la jeune femme qui est restée la nuit pour aider les pompiers lors de l’incident du dégât des eaux, cela vous aidera à mettre un visage. »

– « ah oui, une brunette très sympathique avec un grand sourire. »

– « Oui c’est Caroline. »

– « La boucle est bouclée, je passe contrat avec vous. »

Encore un signe comme quoi nous sommes aidés dans notre vie, que les anges veillent…!

D’ailleurs depuis que je suis installée comme biographe, je dois dire que les contrats s’enchaînent avec une grande régularité: quand je suis au taquet et fatiguée, les demandes s’espacent jusqu’au moment où financièrement, il me faut travailler et les clients me demandent à nouveau…

 

8-Des nuits agitées empreintes de visions incompréhensibles

Près d’une année après la mort de Pierre, régulièrement je faisais un cauchemar récurrent. Au début, le visage serein de Pierre se présentait à moi et soudainement une figure maléfique hideuse venait l’anéantir ou du moins son image se transformait en silhouette tordue au visage grimaçant alors je me réveillais très mal, priant Dieu de l’épargner, de me rendre son image sereine et joyeuse. Je priai très fort, récitant le pater en boucle, pour que la lumière du Christ inonde à nouveau mon esprit. Dans cette lutte nocturne, deux yeux rouges me suivaient partout et c’est seulement au prix d’un grand effort, à force de prière que la lumière prenait le dessus et que ces yeux disparaissaient. Je pouvais alors me rendormir. Ces cauchemars ont occupé mon esprit pendant quelques semaines, me laissant terrorisée dans mon lit.

Un soir, je regardai une émission sur les phénomènes paranormaux…Je suis toujours prudente quand je regarde ces émissions car je me sais extrêmement sensible. Cette rubrique racontait l’histoire d’une femme, internée comme folle, dans une grande maison. L’image montrait la trace de son corps dans une pièce vide puis une photographie d’elle. Un visage ravagé avec des yeux très très durs…Je suis partie me coucher mais le regard ne me quittait pas alors que je tentais de m’endormir. Je ne savais pas quoi faire quand je me suis souvenue que Reynald avec qui j’avais déjà eu des conversations sur la dangerosité du bas astral et des âmes emprisonnées, m’avait dit: « Si des défunts t’ennuient, tu dois leur envoyer de l’amour, ils te laisseront tranquille. »

Je me mis alors à penser très fort à l’amour, à la beauté de l’océan que j’allais voir tous les jours avec la volonté de l’envoyer vers ce visage…Peu à peu son image qui était pourtant très imprégné dans mon esprit, s’estompa et je pus m’endormir sereinement. Il n’est plus jamais apparu. Inutile de préciser que je serai très heureuse d’avoir contribué à ce que cette femme trouve la paix et le chemin vers la lumière.

Quand j’ai raconté cet incident à Reynald, il m’a dit que ce n’était pas ma mission.

Quelques temps plus tard, mon endormissement fut de nouveau perturbé.

Dès que je fermais les yeux, des visages défilaient dans ma tête, à un rythme très rapide, comme si on m’envoyait des diapositives à vitesse accélérée. J’avais à peine le temps de repérer les visages de ces hommes et des femmes mais je savais que je ne les avais jamais vu auparavant.

Après avoir parcouru des articles sur les différents sites, j’ai pensé trouvé de quoi il s’agissait: d’âmes qui n’avaient pas encore trouvé la lumière et qui étaient attirées par mon aura. Je ne me sentais pas menacée, juste assaillie.

Les articles disaient qu’il fallait, créer un pont de lumière pour que les âmes trouvent le chemin vers l’élévation. Ce que je tentais de faire, accompagnant ma pensée d’une phrase: « il faut suivre le chemin de lumière, je ne peux rien de plus pour vous. Vous êtes morts et devez rejoindre la lumière. »

Quelques temps plus tard, atteinte d’une hernie discale et souffrant le martyr, je suis allée voir mon ami Philippe magnétiseur pour qu’il me soulage ainsi que sa femme également médium.

Je leur parlai de ces visions nocturnes et ils m’ont confirmé ce que je pressentais: que j’étais une passeuse d’âmes. Finalement, immobilisée du fait de ma hernie, ces visions ont disparu…Le ciel a-t-il considéré que ma santé était trop diminuée pour assumer cette charge? Cela reste une interrogation.

Pendant que j’étais alitée, j’avais toutes mes journées pour réfléchir à ma situation. Je fis un jour une découverte. Avant ma hernie discale, j’avais souffert pendant 18 mois d’une capsulite rétractile – incapacité totale de soulever le bras- ce jusqu’au mois de juin 2016, la hernie prenant le relais en août de la même année. L’été m’avait été laissé au répit. En y réfléchissant je fis un rapprochement: mes ennuis de santé avaient commencé après le salon ZEN…

 

9-Une rencontre étrange

En 2014, je participais au salon Zen de Saint-Jean-de-Monts, pour exposer mes activités de biographe, accompagnée de Evelyne, de François et de Nathalie. Il y avait beaucoup de monde sur notre stand, et nous nous relayions pour renseigner les personnes désireuses d’écrire leur histoire.

J’étais en conversation avec une dame quand je fus, malgré moi, interrompue par l’arrivée d’une femme qui m’attrapa le regard. Inopinément, sans que je ne me l’explique, je mettais fin à ma conversation, au mépris de la politesse naturelle, pour approcher cette femme.

Cette dernière me dit qu’elle souhaitait me parler. Nous nous retranchâmes vers des fauteuils dans le petit salon aménagé qui jouxtait notre stand. Notre conversation fut relativement brève, elle dit qu’elle avait besoin de quelqu’un pour regarder sa production écrite.

Chose incroyable, pendant notre conversation somme toute anodine, je me suis mise à pleurer sans raison….Me reprenant, je continuais à l’écouter et elle me proposa un rendez-vous pour le lendemain, au moment de mon choix, dans un endroit plus calme. J’acceptai et elle s’en alla.

Perplexe sur ce qui venait de se passer, je le raconte à Nathalie et Evelyne…Plus tard dans la journée, alors que nous montions à la terrasse pour boire un thé avec Nathalie, nous recroisons cette femme, qui pose sa main sur l’avant-bras de Nathalie, qui à son tour se met à pleurer…

C’était dingue!

Je sentais qu’il se passait quelque chose de fort avec cette femme que je ne maîtrisais pas. Forte de mon intuition, le lendemain, la première chose que je fis, fut d’aller trouver l’exposant que je connaissais qui vendait des pierres. Sans réserve, je lui demandais de me céder une pierre qui me protégerait de toute manipulation mentale ou d’emprise spirituelle. L’homme me vendit une obsidienne noire qu’il me programma. Je la mis dans ma poche et plus rassurée mais toujours pas sereine, je partis à mon rendez-vous!

La femme arriva, auréolée de sa tignasse rousse. C’était une jolie femme mince, aux traits fins, d’un certain âge. Nous nous installâmes dans le bar à thé, à l’écart. Elle se présenta comme adepte de la numérologie et des synchronismes des sons et des mots. Elle me « testa » suivant mes noms, mes prénoms, des lieux où j’habitais etc…Elle me montra un intérêt digne d’une personnalité importante, ponctuant ses phrases de « c’est incroyable! »… me disant que j’avais un rôle à jouer dans la nouvelle organisation du monde à venir, prétendant que j’étais au coeur du grand changement et d’un triangle d’action etc…que j’étais fortement reliée à Marie Madeleine – oui celle de Jésus!-

Et là, alors que c’est principalement elle qui parlait jusqu’à présent, je me suis mise à discourir sur l’amour de Marie Madeleine pour Jésus, expliquant la non reconnaissance de cet amour par l’église (aujourd’hui je serai incapable de retrouver ce que j’ai dit à ce moment là). Et tout à coup, cette femme s’est mise à pleurer. Je l’ai réconfortée en apposant mes mains sur elle puis nous avons arrêté là le rendez-vous.

Je suis retournée à mon stand et elle est revenue me porter deux de ses livres alors que je ne lui demandais rien. Livres qui sont restés dans ma bibliothèque, que j’ai rapidement parcourus mais qui m’ont vite lassée tant ils étaient empreints de confusions inintelligibles.

Je suis restée sans réponse aux questions que m’a posé cette étrange rencontre. Si ce n’est de mettre un plus de doute dans ma tête et de confusion quant à ma mission sur terre….

Quand j’en ai parlé avec Reynald, il m’a dit: « elle a capté ton énergie » et je pense à postériori avoir été bien inspirée de me protéger avec l’obsidienne.

10-Synchronicité

Avec une incroyable synchronicité, après avoir écrit ces lignes pour mon livre « chemins de spiritualité », je prends rendez-vous chez Philippe B,  toujours pour ma hernie.

Pendant la séance, alors que je suis allongée sur la table de soins, je lui explique que mon immobilité forcée me pèse et que je commence à avoir des crises de larmes… Cela fit la connexion avec l’incident du salon zen où sans aucune raison je me mis à pleurer alors que parlais avec une femme. Je lui livre l’anecdote de cette femme qui s’était produite deux années auparavant.

Philippe travaillait à mon alignement tandis que je lui racontai l’histoire, il s’exclama: « Ah la la, oui cette personne t’a mise en son pouvoir. Allez on va te débarrasser de ça … Attends je vais couper les liens invisibles qui te retiennent à elle. Pense très fort à quelque chose de neutre, évacue cette femme de ton esprit. »…Voilà j’ai coupé.

Je lui expliquai que j’avais encore les livres qu’elle m’avait donné dans ma bibliothèque: « il faut t’en débarrasser mais dans l’amour, sans brutalité. Je vois qu’elle a atteint ton intégrité, je vais restituer les mémoires qu’elle t’a prises. Nous en parlerons à Yasmina qui connaît mieux que moi ce domaine. »

Je sortis du cabinet et rejoignis sa femme, qui est également médium. Instantanément, elle me prit les mains et ressentit l’énergie de la femme. Philippe lui expliqua qu’il avait coupé les liens et elle dit:  » Oui elle sait maintenant que le lien est rompu. »

Yasmina, en lien avec Marie Madeleine ajouta: « Madeleine me dit que tu es une personne très sensible; » Puis elle me demanda si je me protégeais quand j’allais dans les lieux emplis d’énergie comme les salons liés à la spiritualité. Je lui répondis que non, me définissant comme naïve, sans connaissance particulière, mais que malgré tout, ce jour là, je m’étais prémunie avec l’obsidienne noire.

Et j’ajoutai que même si je ressentais quelquefois des choses, je ne cherchais pas à savoir coûte que coûte d’où cela provenait.

Yasmina m’a ensuite demandé de lui décrire la femme. Après description, elle me raconta qu’elle l’avait également croisée dans un salon à La Rochelle et qu’elle avait aussi été happée par son énergie mais plus expérimentée que moi, elle a su résister. Puis elle me dit que le ciel lui indiquait qu’il me fallait brûler les livres encore en ma possession.

Le lendemain, je demandai à Mathieu de brûler les livres. Pendant qu’il le faisait, j’ai prié, m’efforçant de mentaliser de belles images. Mais j’avais du mal à me concentrer. J’ai alors visualisé la rencontre avec cette femme, au moment où elle s’était mise à pleurer et que je la consolais. J’ai focalisé sur cette image tout en psalmodiant « je ne t’en veux pas, je te pardonne, tu ne savais pas ce que tu faisais ».

J’ai fini par voir les mots se dissoudre en s’envolant tels une myriade de papillons et s’élever vers une faible lumière. J’espère ainsi avoir fait ce qu’il fallait pour me désengager sans faire de mal.

Depuis, c’est très calme dans ma vie et exceptée les picotements et la chaleur qui irradient ma nuit et quand je prie lors de mes balades en forêt ou sur la plage.

Je ne manque jamais de remercier le ciel pour tous les bienfaits que nous offre la nature et d’être préservée de gros problèmes existentiels…

bienfait nature-océan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Zora, mon amour »

« Zora, Mon amour » un récit de vie écrit par valérie Jean Biographe en collaboration avec Lamria

Récit de vie-Valérie Jean Biographe

Un témoignage de la vie d’une femme meurtrie par les institutions françaises d’Algérie et par la suite par sa famille adoptive.

Extraits du livre

Nous reprenons le récit quand Lamria est adulte à Paris. Pour connaître le début de son histoire avec des extraits choisis CLIQUEZ ICI

Lamria a été adoptée par une famille résident en banlieue parisienne chez qui elle travaille mais qui la maintienne sous leur joug.

Des amies d’infortune comme moi

Les seules « amies » étaient des orphelines comme moi que je retrouvais pour certaines d’entre elles quelquefois à Paris, quelque fois en Algérie lors de mes vacances.

Pendant ces rencontres improvisées, plutôt que de se soutenir entre elles, faire une communauté bienveillante où chacune s’enrichirait de l’autre sachant les sévices que chacune a vécus dans son corps et dans son âme, elles se déchiraient par la défiance qu’elles avaient les unes des autres. Parce qu’elles n’avaient pas appris autre chose qu’à se dénoncer aux sœurs, à se jalouser pour se faire une place, à se trahir pour obtenir un privilège.

Nous n’étions pas libérées du carcan de l’éducation prodiguée par les sœurs, nos rencontres en gardaient la trace avec une ambiance détestable où je ne prenais aucun plaisir, se finissant en bagarres.

Souvent on se retrouvait pour la veillée de Noël mais comme pour nos rencontres, cela finissait toujours mal!

C’est pourquoi j’ai fini par ne plus vouloir les voir.

La seule qui me reste en mémoire, c’est Zhora. Quand nous étions encore à l’orphelinat, je l’aimais beaucoup. la pauvre elle était bossue et subissais régulièrement les sarcasmes des autres filles mais moi je l’aimais. Elle s’est retrouvée comme moi à Paris, à travailler pour l’Ambassade d’Algérie, à Neuilly. Elle est venue me voir au restaurant. M.A me donnait l’autorisation quelquefois de lui offrir le couscous. Je lui ai proposé de la rencontrer au parc avec les enfants qu’elle gardait. Mais comme moi, elle était prisonnière de sa place et n’avait pas le droit de sortir les enfants ailleurs que dans le jardin de la propriété de Neuilly alors nous nous sommes perdues de vue.

Tout cela pour dire que même parmi mes compagnes d’infortune, je n’ai pas trouvé une confidente qui m’ouvre aux réalités de la vie des femmes : les règles, les relations sexuelles, les moyens contraceptifs. Je ne savais rien et je l’ai appris durement.

Le début de mon émancipation

Mes amies marocaines

Un jour pendant mon service, une jeune femme m’a dit en arabe : « Tu travailles ici ? ». J’ai répondu ce que M.A m’avait toujours dit de dire : « Non, je suis chez mon oncle. » quelques temps plus tard, je suis tombée sur elle alors que je faisais des courses dans le quartier. On a davantage parlé et à partir de ce jour là, une relation est née. Elle faisait partie d’un groupe de jeunes marocaines. Elles étaient très gentilles avec moi, elles me sortaient, venant me chercher et me déposant après au restaurant.

Enfin des personnes qui n’abusaient pas de moi mais qui cherchaient à m’aider. Elles me prodiguaient leurs conseils et m’ouvraient les yeux sur la situation anormale que je vivais : « tu es exploitée, tu devrais être mieux payée, tu fais trop de travail pour cette famille ». J’avais du mal à réaliser parce que pour moi cette famille était comme la mienne, qui m’avait accueillie très jeune. Elles m’ont beaucoup appris sur la vie alors que je ne connaissais rien.

M.A me mettait en garde contre elles mais je n’ai jamais eu de problèmes, bien au contraire. En fait il ne supportait pas qu’elle me fasse voir la réalité et qu’il puisse perdre une employée modèle qui faisait tout sans que cela ne lui coûte rien, ou si peu…

Des tentatives de formations avortées

Ces amies me conseillaient de passer mon permis et quand la fille de ma famille adoptive s’est inscrite, j’ai voulu moi aussi le passer et j’en ai parlé à M.A.  Au lieu de m’encourager il m’a ricané au nez en disant: « Toi passer ton permis ! » comme si cela était inimaginable. Chacune de mes tentatives pour progresser et faire de ma vie quelque chose, il les faisait avorter me rabaissant sans cesse en disant que je n’en étais pas capable. Ma revanche c’était que la fille du patron, une fois le permis en poche, prenait la voiture en cachette et m’emmenait dans Paris. J’ai prié Dieu souvent pour qu’il ne nous arrive rien!

Je me souviens avoir demandé à prendre des cours pour travailler dans l’informatique. A l’époque, ces services avaient besoin de main d’œuvre pas trop spécialisée pour faire la maintenance des cartes perforées des premiers ordinateurs. Je voyais là une opportunité pour avoir enfin un métier et un salaire.

Il m’a dit : « oui vas y je ne donne pas deux semaines pour arrêter ! » Et oui, j’ai arrêté car cela coûtait trop cher et en plus j’étais angoissée à l’idée qu’il me mette à la rue. Comme il l’avait fait avec les deux filles qui m’avaient précédée. Alors je perdais courage et revenait au restaurant. C’était facile pour lui, il payait le médecin, le dentiste, me donnait la pièce et avait une esclave à sa botte…car au restaurant, je faisais tout toute seule.

Il m’en voulait également de lui avoir tenu tête alors qu’il s’était mis dans la tête de me marier à un de ses amis, un vieil homme. Il ne voyait que ses intérêts et jamais les miens.

Il m’a dit : « tu finiras comme toutes les orphelines, sur le trottoir ! »

Combien de fois il m’a insultée! Il me lançait souvent à la figure des choses comme « ta mère la pute ». Qui était-il lui pour m’insulter ? Pour insulter ma mère qui était morte pendant la guerre d’Algérie…

Pendant toutes ces années passées dans cette famille, M.A n’a eu de cesse de me rabaisser. A chaque fois que je tentais quelque chose pour sortir de ma condition, il me remettait à ma place disant que je n’étais bonne à rien et j’ai fini par le croire…Je n’avais plus confiance en moi, M.A m’a insidieusement mis dans la tête que je n’étais capable de rien à part frotter, frotter, frotter…

Personne ne m’a jamais éduquée et ces jeunes marocaines m’ont fait grandir.

Il y avait aussi M. O, un homme gentil qui tenait un restaurant et qui se préoccupait de moi. Il me donnait des merguez et me demandais toujours où j’en étais dans mes projets.

Parenthèse

Il faut se rendre compte de ce que je vivais! Un grand écart permanent entre ce que je voyais, ce que je touchais du doigt et l’impossibilité absolue de sortir de l’enferment dans lequel on m’avait jeté.

Par exemple, M.A tournait beaucoup de films dans lesquels il tenait des rôles d’arabe, surtout dans les films sur la guerre d’Algérie. Plusieurs fois, il m’avait emmené sur les tournages où j’ai fait de la figuration. On me donnait un cachet, fastidieux pour moi à l’époque mais que me reprenait M.A le soir! Il aurait pu m’introduire pour que je gagne un peu d’argent avec des petits rôles, non pas pour devenir une star mais pour me permettre de gagner un peu d’argent. Mais non. Il retenait toujours la laisse me laissant à ma condition d’esclave. Je visitais de beaux pays, je faisais de beaux voyages, je résidais dans de belles villas, je rencontrais de belles personnes mais comme un chien suit son maître, pour son agrément à lui, pour le servir mais sans que jamais on ne lui donne les moyens de sa liberté.

J’étais complètement sous sa coupe et quand la liberté frappa à ma porte, je n’étais pas préparée à l’assumer.

21 ans , la majorité me met à la rue

Bien que j’étais de moins en moins naïve, je n’étais malgré tout pas prête à m’assumer seule. Dans ma tête, je croyais que toute ma vie je resterais auprès de cette famille car personne ne m’avait expliqué à mon départ d’Algérie que je serai adoptée uniquement jusqu’à ma majorité !!!

Car tout ce qui me concernait n’était jamais discuté avec moi : je faisais ce qu’on me disait de faire et je n’assistais à aucune conversation. M.A s’occupait bien de l’éducation de ses enfants mais moi j’étais reléguée aux tâches, au travail sans qu’on me parle. Je me souviens que quelquefois quand il parlait à ses enfants sur des sujets qui m’interpellaient, sur lesquels j’aurais pu apprendre quelque chose, il me faisait un signe de la main en ajoutant : « Allez, va-t-en… ». Je suis restée de 1969 à 1975 sans avoir rien appris de la vie. J’étais complètement assistée et là on me disait « va-t-en… » Encore, sauf que cette fois, c’était pour me retrouver à la rue…

Pourtant, on ne me laissa pas le choix. Un matin, je me suis réveillée et j’ai vu deux valises devant la porte : c’étaient les miennes. J’ai appris que je devais partir sans autre ménagement. La femme de M.A, parce que lui était bien trop lâche pour le faire lui même, m’a dit :
– Tu as 25 ans, il est temps pour toi de t’en aller, de quitter notre appartement et de vivre ta vie. » Paniquée, je lui ai répondu :
– « mais où je peux aller, je suis seule, sans argent, je ne connais personne à Paris à part vous ?! »

Je l’ai supplié de me garder mais elle ne fléchit pas répétant seulement : «  non, tu dois partir, tu as atteint l’âge de ta majorité. La suite ne nous regarde pas. » J’étais complètement abasourdie, désemparée. Comment j’aurais pu imaginer que cette famille à qui je m’étais sacrifiée corps et âme pouvaient me lâcher comme un vulgaire paquet après plus de dix ans passés avec eux, au sein de leur famille, partagent tout leur quotidien…

Je n’avais même pas pris une seule adresse de mes amies, j’étais seule, seule, seule.

Heureusement, j’ai rencontré une de leurs amies qui m’a donné un numéro de téléphone de l’une d’elle, que j’ai précieusement gardé.

Dans l’immédiat, je ne voyais que S.pour m’aider. Je l’ai appelé mais à ses dires, elle ne pouvait rien faire pour moi, disant que c’était son père qui décidait de tout et qu’elle ne pouvait s’opposer à sa décision.

Employée de maison

Je me suis souvenue d’une cliente que je servais toujours généreusement. Je l’ai appelée, lui expliquant ma situation. Elle a accepté de m’héberger chez elle, le temps de trouver une solution malgré son mari qui n’était pas content que je sois là. Puis elle a joint une de ses amies au téléphone qui cherchait une employée de maison qui serait nourrie logée. Je fus embauchée et je rejoignis cette famille qui avait deux petites filles à garder. On m’installa dans une chambre. Le travail était moins pénible qu’au restaurant, ma journée s’effectuait de 8h à 20h environ. Malgré ma chance d’avoir trouvé ce nouvel emploi, je pleurais tous les soirs dans ma chambre. Le traumatisme était grand d’avoir été jetée comme une moins que rien et j’avais l’impression que j’allais indéfiniment vivre ça. J’avais le sentiment de tout recommencer à zéro, de devoir effacer toutes ses années de travail, d’avoir vécu tout cela pour rien : il fallait tout recommencer. L’angoisse de mon avenir me laissait tous les soirs abattue.

Je suis restée 5 ans dans cette nouvelle famille jusqu’au jour où, les filles ayant grandi, on n’avait plus besoin de moi.

Pendant plusieurs mois, j’ai enchaîné plein de petits boulots différents qui ne me permettraient pas d’avoir un appartement à moi. Alors je vivais comme une nomade à la merci des hébergements chez les uns et les autres. Pendant cette période, je revenais régulièrement au restaurant, demander des nouvelles avec l’espoir secret qu’il m’aiderait. J’attendais encore tout de ma famille d’adoption à qui j’ai tout donné. Pour moi, il représentait ma famille puisque je n’en avais plus. Je m’étais attachée à eux malgré les humiliations, malgré le travail éreintant, malgré les bassesses et les manipulations et je revenais sans cesse vers eux. Je n’avais pas compris qu’il fallait que je coupe les ponts, que je tourne la page.

Enfin je rencontrai un garçon qui me demanda de l’épouser , je n’étais plus seule

 

Au nom du père

« Au nom du père » un livre réalisé avec François Jaladeau

Biographie valerie Jean

« En écrivant ce récit, je ne sais pas où j’allais échouer, où tout cela me mènerait. Parfois, il est des mots, des phrases qui déconcertent, provoquent le chaos, vont à rebours de ce qui gouverne notre existence et qui, par là-même, invitent à soulever le couvercle sous lequel on étouffe.

Après le décès de mon père, un gouffre s’ouvrit sous mes pieds mais paradoxalement cette disparition s’ouvrit sur une autre porte: un frère inconnu qui souhaitait reprendre contact.

Ce fut le début d’une aventure qui me permit non seulement de retrouver un frère mais mais aussi d’entamer une pacification avec mon père…

Mon père disparu, ce personnage caméléon allait désormais baisser le masque, lever l’énigme. Je craignais néanmoins qu’elle me confirmât tout ce que je devinais savoir de lui, pour l’avoir écouté, observé, sous-pesé maintes fois. La réalité dépasse souvent la fiction, ce fut le cas.

Mon désir d’écrire était suffisamment puissant pour me réaliser dans cette nouvelle voie, celle de l’écriture de la biographie de mon frère.

Au début, je ne pensais pas m’introduire dans cette biographie, voulant simplement rendre sa place à Dany dans notre famille. Mais au fil du temps, mes romans croisaient de plus en plus ma propre route et fatalement, il arriva un moment où la biographie de Dany, celle de notre père commun et la mienne devaient se rejoindre… Vaste projet que je n’avais pas mesuré au départ !

Au final, ce travail a débouché sur l’introspection de mon lien intangible avec mon père et de comprendre ce qu’il m’a légué malgré lui, de voir mes failles et ma vulnérabilité.

Le résultat est qu’aujourd’hui je m’apprête à davantage encore radiographier mon existence et y puiser le meilleur de moi-même afin d’éviter les pièges de la vie qu’ont enfermés mon père.

 

Amour, seul valeur qui sauve

J’ai retrouvé ce texte dans mon ordinateur au chapitre écriture en cours….

« Je suis née au bon moment et au bon endroit. J’ai eu la chance de grandir, préservée des injustices et des horreurs qui frappent le monde de son oeil aveugle.

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Dans cet occident béni des années soixante quinze, le couple de mes parents ne résista pas et il éclata.
Sans aucune méchanceté ou malice, chacun de mes parents voulut retrouver les délices de la jeunesse et chacun oublia que deux enfants étaient encore là.
Bien sûr ce n’est qu’égratignure au regard des atrocités que peuvent subir des enfants maltraités. Mais je sais aujourd’hui après des études en sciences humaines que les petites blessures restent à vie. Moi qui voulais faire du théâtre, je me suis rognée les ailes. Pour autant je ne regrette rien car mon parcours dans le social m’a fait grandir en humanité et en conscience.

ecrirecoach-métier social

Après la mort de mon fils Pierre, un juste choisi de Dieu, je sais qu’il n’y a que l’amour qui peut nous sauver. Merci à tous d’exister. Valérie

L’ESPOIR a toujours été le levier de la lutte. Le défi de combattre la folie et la violence est immense mais j’ai foi en mes frères et soeurs citoyens du monde.  »

Il est synthétique mais il résume bien ce à quoi j’aspire aujourd’hui, l’apaisement, la fraternité sans me départir de la curiosité qui m’anime.