Le coeur du métier du biographe

MÉTIER  ÉCRIVAIN BIOGRAPHE

Un petit article à celles et ceux qui pensent à prendre leur plume pour devenir biographe.

De nombreux articles dans la presse, des émissions de radio vantent ce nouveau métier et le présente comme le nouvel El dorado des passionnés d’écriture.…Mes collègues et moi sommes souvent interpellés par des personnes désirant se reconvertir comme biographe parce qu’ils aiment écrire.

Loin de moi l’idée de vous décourager de vous lancer dans cette aventure passionnante, mais une mise en garde sur la réalité du métier. D’une part, si vous  voulez raisonnablement gagner votre vie, il faudra vous armer de patience avant de récolter les fruits de vos rencontres.. Après sept années d’activités, je commence tout juste à vivre de ce métier tout en étant pourtant reconnue sur les réseaux.

Être écrivain c’est se donner les moyens d’exister au travers de l’écriture, être biographe c’est faire exister l’autre,le compagnon de livre, le client que l’on écoute…

Gisèle et moi copie Il est important pour moi de vous présenter en introduction mon métier, BIOGRAPHE, qui recouvre une réalité difficile à cerner.
Depuis mon entrée sur le marché de la biographie, j’ai pris conscience que ce terme n’est pas explicite et qu’il recouvre de nombreuses interprétations.
Sans pour autant dévoiler ma démarche élaborée durant mes formations (DUHIVIF  et DESM), je pense qu’il est important de faire un détour succinct sur ce nouveau métier.

Origines de la biographie

Comme vous le savez, la biographie, dans l’Antiquité s’est attachée à retracer la vie des héros notamment dans les récits des champs de batailles.
Puis l’église, s’est emparé de la biographie jusqu’au siècle des lumières, qui est devenue alors hagiographie, compilant principalement la vie de ses saints. Puis est apparu un nouveau concept venu des théologiens et philosophes qui nous ont donné des oeuvres universelles comme Saint Augustin, Rousseau ou encore Diderot …
Au XIXe siècle, ce sont les écrivains, qui à leur tour, prennent le relais pour faire leur autobiographie s’inspirant  étroitement pour les personnages de leur roman de leur propre existence.
Depuis, la culture est devenue accessible au plus grand nombre et les biographes historiens emplissent nos bibliothèques pour reprendre inlassablement la vie des personnages historiques dont la liste s’allonge.
Aujourd’hui, des biographes, souvent issus du monde journalistique,  se sont spécialisés dans la biographie de personnalités de toutes obédiences.
Ce tour d’horizon est loin d’être documenté et ne prétend en aucune manière être exhaustif. Il n’est là que pour éclairer le fait qu’aujourd’hui, deux métiers coexistent ayant la même dénomination :
Le biographe qui édite des livres à vocation littéraire, historique ou sensationnelle (people) et le biographe qui écrit la vie de particuliers anonymes. C’est ce dernier métier dont je vais vous parler.

Mais comment suis je arrivée à exercer au métier de biographe?

valerie jean, biographe, récits de vie, coach de vieAprès le baccalauréat option lettres, je saisis l’opportunité de rentrer comme secrétaire dans un centre socio-culturel, je  deviens parallèlement animatrice de danse. Plus tard, je prends la direction d’une structure associative tout en préservant l’exercice d’ateliers d’expression.
A la suite d’un licenciement économique, je quitte ma ville natale et je m’installe en Vendée. A la suite d’une formation, je retrouve un poste de direction dans un centre social. Le dénominateur commun de tous les postes occupés étant l’écoute et l’accompagnement des usagers et des élèves qui fréquentent ces centres sociaux.

Un drame personnel remettra en question mon engagement professionnel que je considère alors trop important par rapport à mon devoir d’éducation envers  mes 5 enfants.
A l’issue d’un  congé parental, et après une longue réflexion sur ma motivation à poursuivre mon métier, je décide de quitter mon poste et cherche une nouvelle orientation qui me permette d’être davantage en cohérence avec mes aspirations personnelles, tout en gardant mon métier d’origine  l’écoute et l’accompagnement des personnes.
Le déclic se fera en écoutant une émission de radio où on présentait le métier de biographe.

Au delà de mes aptitudes  d’écoute et d’accompagnement,  la production d’écrits nécessite une compétence particulière dans l’écriture. Dans mon parcours d’animatrice, j’ai exercé ces talents par l’écriture de contes dans le théâtre et l’animation d’ateliers d’écriture mais il me manquait une légitimité spécifique à l’écoute dans l’écriture. Je m’inscris donc à l’université de Nantes et j’obtiens un DU « histoires de vie en  formation » en 2008. Je me sens désormais prête à créer mon entreprise.

La direction des centres sociaux m’a permis de me confronter à la gestion et à l’encadrement d’équipes pluridisciplinaires tout en restant très proches des doléances des usagers.
Le diplôme du DEFA,  délivré en 2005 a conforté ces expériences d’accompagnements sur des structures sociales.
Enfin, pendant 3 années consécutives, j’ai été gérante d’un camping sur la côte vendéenne où j’ai appris la relation client, les contrats de vente mais surtout une fois encore d’accueillir les visiteurs et d’écouter leurs histoires.
Ce métier m’offre la chance de  préserver une stabilité familiale, d’être indépendante, de travailler chez moi et de garder ma cohérence interne.
Mais quelles compétences ont été acquises?
Pendant ma période de préparation au diplôme duhivif, je me suis confrontée à  l’analyse des récits de vie mais aussi à l’introspection nécessaire de ma propre histoire et donc de vivre ce qu’une personne traverse quand elle s’expose au regard d’autrui.

Le diplôme de fin d’étude comporte deux partie:

1/ Un écrit mettant en lumière ce qui nous a traversé, personnellement au travers de nos expériences pendant nos deux années d’étude.
2/ Un mémoire soulevant une problématique particulière (une question) en lien avec les récits de vie. Pour ce faire il était nécessaire de réaliser d’un ou deux récits de la vie d’une personne et son analyse. J’ai choisi comme question: « L’ANECDOTE: Petite histoire deviendra grande. Insignifiance et détail porteurs de sens dans nos récits de vie »
Cette expérience m’a confortée dans l’idée que j’avais les compétences adéquates pour devenir biographe.
Parallèlement, dès l’année 2009, j’ai intégré le réseau NPI (nègre pour inconnu),  réseau national de biographes, ce qui m’a permis de commencer à exercer officieusement mon nouveau métier avec la réalisation de deux biographies..

valérie jean, François jaladeauAu préalable il convient de  savoir ce que recouvre le terme de biographe car il s’applique à deux métiers différenciés.
La première, reconnue majoritairement par le public est le biographe historien qui va aux moyens de recherches et d’investigations, investir la vie d’une célébrité ou un personnage historique en retracer la vie. Puis en fait une publication.
La deuxième, celle que je représente, s’adresse à un public anonyme qui par l’écriture d’un livre, souvent édité pour les proches ou la famille, veut transmettre son histoire de vie à sa famille, ses amis ou ses proches.

C.Dauphiné et V. Jean Biographe copieLe métier de biographe est indissociable de la pratique de l’écriture, il doit être exercé par une personne maîtrisant correctement le français. La plupart des biographes du réseau NPI, que je connais,  s’adresse à des correcteurs en post écriture pour parfaire le livre avant son édition. Ceux spécialisés dans la maîtrise de l’écrit et de la typographie sont souvent déclarés comme « écrivains publics » pratiquant la biographie.
Toutefois, un bon biographe d’auteurs anonymes requiert, certes un talent d’écriture honorable, mais c’est surtout une personne qui accompagne, qui saura restituer au mieux la parole de son client dans un livre  convaincant, empreint  d’authenticité.

Evelyne158KLe métier de biographe ne se résume donc pas à l’écriture. L’empathie, l’écoute, la curiosité, l’investigation, l’observation, l’adaptation sont autant de qualités essentielles pour retranscrire la vie d’une personne car il s’agit d’emprunter pour un temps la psychologie de la personne dont vous retranscrivez les mots.  Votre propre pensée s’oublie, pour que votre langage s’adapte au mieux à la parole de votre client  et cela dans un subtil mélange d’expressions reflétant la personnalité de votre narrataire et de langage construit, augmenté et enrichi. La biographie est un canevas entre deux personnes, entre deux esprits et deux styles d’expression qui se combinent mais où, au final,  le biographe doit s’effacer…

Vous l’aurez compris, je suis moins une spécialiste de la typographie et de la grammaire qu’une personne apte à la relation par la maîtrise d’entretiens et à l’écriture fidèle aux ressentis de mon client.

3 réflexions au sujet de « Le coeur du métier du biographe »

  1. Bonjour, je suis moi aussi biographe pour particulier depuis 5 ans en province, à Perpignan et je confirme la difficulté d’en vivre. Je suis très heureuse de ce métier. J’aime écouter les gens et j’aime écrire. J’ai une formation d’éducatrice et j’écris depuis toujours. Comme vous, je ne me sens pas une spécialiste de la grammaire et de l’orthographe même si je sais écrire mais plutôt de l’écoute, du partage et de l’empathie qui me permettent de trouver les bons mots qui correspondent à la personnalité de la personne pour laquelle j’écris et de faire ressortir le fil conducteur de son existence. C’est tout à fait passionnant ! Maintenant, effectivement la complexité pour moi est de trouver des clients même si le bouche à oreille commence à fonctionner mais ce sont souvent des personnes âgées assez isolés et elles ont peu de contact. Merci pour cet article.

Cet article vous a interpellé. Laissez moi un commentaire

Blog de valérie jean biographe

%d blogueurs aiment cette page :