Le récit de vie « Un cri dans le silence »

« Un cri dans le silence »

FEMME NUE

 Travail réalisé à partir de trois entretiens d’une femme voulant éclaircir au travers de son histoire les blocages qui l’empêchaient de trouver la sérénité. Analyse des ses mots et de ses anecdotes afin d’ouvrir le dialogue avec elle même.Le but n’étant pas de faire un texte linéairement construit mais d’étudier les mots, le rythme, le sens de ses propos afin qu’elle en dégage elle même toute la force avec mon accompagnement.

EXTRAIT DU LIVRE « LE CRI »

A ma naissance c’est vraiment un cri de souffrance que j’exprime qui m’est resté collé longtemps. Me voilà arrivée dans ma famille. Voilà je suis née et maman très heureuse parce qu’en fait elle adore les enfants mais son bonheur de m’accueillir se confronte à la réalité: la difficulté d’élever un autre enfant. Ce n’était pas une question de pas vouloir d’enfants, c’était une question financière toute bête. Je pense que j’ai été aimée comme les autres, il n’ y a pas de problème la dessus. Ça je le sais depuis quelques années maintenant.
Je suis arrivée la dernière de six enfants. On peut penser que c’est royal! Evidemment, tu ne fais rien, tu te laisses porter, tout le monde s’occupe de toi : c’est formidable! Mais paradoxalement c’est très pesant parce que je suis restée petite très longtemps dans ma tête. Je suis la petite dernière, la petite dernière qui n’ y arrive pas, la petite dernière qui traîne, la petite dernière qui doit prouver des choses. La barre étant trop haute j’ai fait l’inverse en me révoltant.

Un de mes premiers souvenirs d’école, j’avais à peu près quatre ans, est très précis: J’étais en classe maternelle et ça m’a marqué ce qui m’éclaire sur le piètre état psychologique où je devais être. Tous les enfants, tous les matins allaient enlever la date du calendrier et chacun le faisait à son tour. Cette tâche était un rituel que les enfants attendaient avec joie.  Et moi, quand venait mon tour, j’étais paralysée. Je me disais  est- ce que je vais bien faire comme il faut? Si petite je me torturais déjà l’esprit pour un acte que chacun faisait naturellement.C’était vraiment une épreuve pour moi.

Un autre souvenir d’école me revient en mémoire:  on faisait une ronde alors que la récréation se termine. On se lève pour rentrer en classe et là je vois un mouchoir par terre. je ramasse le mouchoir, tout le monde était déjà rentré et j’étais dans la cour avec le mouchoir dans la main. Et plutôt que de le ramener à la maîtresse, je le mets dans ma poche me disant: je vais le ramener à maman car elle n’a pas beaucoup de choses, elle n’a pas beaucoup de sous et elle sera contente d’avoir un mouchoir. C’est impressionnant ce que les parents peuvent faire passer comme sentiments lourds à porter par leurs enfants.des trucs vraiment lourds à leurs enfants.

Pour conclure sur mes souvenirs d’enfant à l’école je terminerai par cette dernière anecdote: On nous distribuait un goûter à l’école et tous les jours la recommandation de la maîtresse tombait  « vous avez du pain vous avez du chocolat je ne veux pas retrouver un seul morceau de pain à traîner, vous devez manger votre pain ». Moi très disciplinée, je commence par manger mon pain et  je finirai mon chocolat pour bien écouter la maîtresse. Une petite fille à côté de moi me dit « je mets mon pain dans ton casier » et moi l’innocente de village je lui dis « ben oui si tu veux ». La maîtresse  passe ouvre mon casier et vois le morceau de pain.Je me ramasse une claque,à l’époque c’était encore courant. Je m’exclame « mais c’est pas moi! ». Rien ne se passe, elle ne cherche pas à éluder la question et me laisse plantée là, perdue sous l’humiliation devant mes camarades. Elle a du penser que j’avais menti mais j’ai gardé le goût de cette injustice faite par un adulte. Mon regard sur les adultes a changé. Et je me suis mise en tête de ne pas grandir car pour moi cela me renvoyait « c’est pas beau de grandir, vraiment c’est trop nul ».  A cette période j’ai  bifurqué  parce que je ne voulais pas être comme eux.

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