Le valet de coeur emporte la dame de carreau

Une biographie réalisée en 6 mois avec Jeanine. Elle raconte une enfance sans espace de jeux, seulement remplie de tâches quotidiennes et une adolescence sur fond de frustrations. Mais le bonheur croisera enfin sa route avec son valet de coeur…

Extraits de la biographie

Pendant longtemps, on a dormi dans une seule pièce, nous partageant le lit avec mes sœurs. Dans la pièce à vivre, il y avait la grosse cuisinière en fonte que l’on rechargeait de bois pour tout chauffer : la maison, les baquets d’eau pour laver le linge, les gamelles et la vaisselle. Il n’y avait qu’un évier dans la pièce, qui servait de lavabo, qu’on utilisait pour la toilette du matin. Le samedi après-midi, c’était le bain dans le baquet pour tous les enfants. Les toilettes, c’était le pipi dans un pot de chambre et la nature pour le reste, dans le pré tout autour de la maison. Le papier toilette c’était le journal que maman achetait : l’écho et le Parisien.

L’armoire principale, qui recevait tout notre linge et nos vêtements, trônait dans la chambre et un buffet abritait la vaisselle et le peu de réserves alimentaires.

La maison possédait également un grenier accessible grâce à une échelle. On y stockait des affaires, ainsi que dans ce qu’on appelait « la cave ». En fait, c’était un appentis accolé à l’arrière de la maison.

Il y avait un petit potager dont papa s’occupait pour récolter les choux, les poireaux, les carottes entre autres, que je mettais à cuire pour la soupe. Été comme hiver, c’était le plat principal du soir. Quand on manquait d’un ingrédient particulier, on allait chez Arthurine, notre voisine fermière, qui nous dépannait d’un ou deux légumes. Tous les soirs, on allait chercher le lait chez elle, tout frais et cela nous arrivait, les soirs d’été, de ne manger qu’un gruau de pain trempé dans du lait.

Dans la cour, maman élevait des poulets. Je me revois, j’avais environ trois ans, avec un bâton frappant les petits poulets tout en disant : Les cocottes maintenant elles font dodo ! Maman m’avait alors expliqué qu’il ne fallait plus faire ça, jamais…Un autre souvenir me revient plus terrible celui-là !

À l’école

J’avais été vacciné contre la coqueluche par une infirmière, amie de mes parents. La piqûre a dégénéré en abcès et le médecin a dû m’ouvrir la plaie avec son bistouri pour faire écouler le pus. Depuis ce jour, j’ai une sainte horreur des piqûres. D’ailleurs quand arrivait le jour de la vaccination scolaire, je me cachais dans les toilettes pour y couper. Ma mère, qui ce jour-là m’accompagnait avec le carnet de santé, devait s’assurer de ma présence… Elle a souvent cavalé après moi les jours de vaccination !

Mais revenons à ma petite enfance quand j’allais petite chez ma grand-mère à pied.

Les vacances à la ferme et en camping

Gabrielle, c’était mémère adorée qui a été durant toute son existence mon rayon de soleil. Comme je l’ai dit, elle travaillait dans les fermes, mais avait ses propres vaches : Marguerite et Rougette.

Je l’accompagnais à la traite et nous ramenions le lait dans des bidons d’aluminium. À l’aide de la baratte, elle fabriquait du beurre et de la crème. Il y avait aussi un potager, mais je ne m’en occupais pas.

À L’Alma, dans la maison, il y avait l’électricité, mais pas d’eau courante et il fallait aller chercher l’eau à la mare avec un seau… Un jour je suis tombée dedans !

L’été, on partait en vacances faire du camping sauvage à Colleville sur mer, dans le Calvados. À l’époque, c’était encore autorisé de planter sa tente dans un coin de nature… Ce petit village est au-dessus de la célèbre plage d’Omaha Beach, une des plages les plus sanglantes du débarquement de juin 1944. Il y a d’ailleurs ici, un immense cimetière américain.

Pour ma communion solennelle, j’avais une robe que l’on appelait « la toilette ». C’était beaucoup plus joli que les aubes qui sont arrivées plus tard. Les toilettes pouvaient être agrémentées de dentelle et elles étaient plus cintrées à la taille, affinant la silhouette.

Adieu les vacances bonjour l’esclavage

Imaginez une petite fille de dix ans, à qui on demande de s’occuper d’une maisonnée de dix personnes, étant seulement aidée de ses petites sœurs de six et neuf ans… et de Marianne ma sœur handicapée qui nous aidait pour les tâches où elle pouvait être assise. Voilà le tour que prit mon enfance, j’étais au cœur de la machine ménagère de la maison et quand je revenais le soir de l’école, de nombreuses activités m’attendaient.

Je préparais la soupe tous les soirs, je lessivais le sol fait de ciment brut et de tomettes anciennes, je faisais la vaisselle et la lessive. Je me souviens particulièrement des couches de mes petites sœurs, encore bébé, qu’il fallait mettre à bouillir sur la cuisinière…

L’hiver, il fallait rentrer le bois avant la nuit. Le week-end, mon père partait dans les bois abattre les arbres en pied. Avant de débiter les troncs, nous l’aidions à mesurer les stères. Quand tout avait été tronçonné, nous rentrions encore le bois dans l’appentis pour le mettre à l’abri.

Le fameux appentis où ma mère eut un jour la bonne idée d’élever des cochons pour améliorer l’ordinaire. Et bien sûr, ce fut à moi que revint le privilège de curer la soue tous les jeudis. C’était tellement pénible qu’il m’arrivait d’en pleurer au moment de la faire… de même quand je devais vider le puisard des eaux usées.

D’autres extraits sur mon site professionnel

Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

Cet article vous a interpellé. Laissez moi un commentaire