Biographie-Saint-Nicolas de Brem

Une vie à Saint-Nicolas de Brem- biographie

Une vie à Saint-Nicolas de Brem

Une biographie réalisée par Béatrix Boujasson en collaboration avec Valérie Jean-Biographe

Biographie-Saint-Nicolas de Brem

EXTRAITS DU LIVRE

 

Le temps des vacances

Mes vraies vacances ont débuté lorsque j’avais neuf ans à la Brardière, un petit village près de l’île d’Olonne où habitaient mes grands-parents. Je retrouvais là-bas, mes deux cousines.

Grand père était forgeron et viticulteur en même temps. C’était un homme très instruit et développant des talents d’artistes. Nous gardons un bon souvenir de lui. C’était un Monsieur très estimé dans son village, tout d’abord comme forgeron mais aussi comme écrivain public car presque tous les habitants du village venaient le trouver pour rédiger leurs courriers. Il avait également le don de bien dessiner. Pour nous il était le patriarche, et nous n’osions pas lui poser trop de questions. Il faut dire qu’en ce temps là les enfants devaient rester à leur place : écouter et ne pas s’immiscer dans les conversations des grands.

Notre journée commençait avec le petit-déjeuner, où l’on appréciait le beurre fabriqué par les soins de grand-mère avec le bon lait des vaches de la ferme, présenté dans un beurrier en bois, travaillé au couteau représentant une vache et des fleurs. Puis de 9 h à 10 h, arrivait le moment fatidique des devoirs de vacances! C’est le moment que nous aimions le moins pendant nos vacances. Grand-père était très à cheval là-dessus. Il s’asseyait à la table en face de nous et nous avions droit pendant 1 heure, chaque matin, à la révision du calcul et du français.

Grand’ mère s’occupait des animaux: trois vaches, des poules, des lapins et pendant notre séjour, pour notre plus grand plaisir, nous l’aidions dans ces taches. C’était une femme très active et également très coquette, se préoccupant de la dernière mode. D’ailleurs, elle avait sans doute su nous initier car pendant notre gardiennage, nous nous occupions à découper des photos des nouvelles robes dans les catalogues de bergères de France – et oui cela existait déjà !
Dans notre imagination, nous étions les petites reines de ce petit royaume où la vie s’écoulait paisiblement, au gré de notre fantaisie.

En face de la maison, il y avait un grand jardin potager ou fruitier, où l’on s’était fabriqué une cabane avec pour plafond des couvertures. Bien entendu, nous avions prévu un coin chambre et un coin cuisine.

Quelques pas plus haut, c’est à dire au milieu du jardin, se trouvaient les toilettes,   un petit cabanon en bois dont la porte se fermait par un crochet. C’était très rustique avec des journaux, découpés en carrés, en guise de papier-toilette…

Après la séance scolaire avec Grand-père, nous partions mettre les vaches à paître dans le marais pour la journée. Pour déjeuner, nous faisions un pique-nique au bord du marais où nous allions pêcher des coques.

Je me souviens de beaux jours d’été, baignés de soleil, où nous jouions à la fermière. On s’amusait bien, même si j’ignore comment nos trois vaches Blanchette, Roussette et Rosette appréciaient leurs filles au pair ! En tous cas elles nous donnaient du fil à retordre pour arriver jusqu’au marais où elles devaient brouter toute la journée. Un jour, le long de la route, elles avaient fait une incursion dans le champ de choux de chez la voisine !

Nous avions entre dix et treize ans,  et assez de malice pour faire des bêtises comme de détacher un bateau – bien entendu sans la permission du propriétaire – afin de faire un tour de rivière.

Le soir, on rapatriait les bêtes vers 17 heures à l’étable pour la traite. Le lait recueilli passait dans l’écrémeuse pour recevoir la crème que j’adorais – et que j’aime toujours- On la fouettait à tout de rôle afin de fabriquer le beurre, celui qu’on dégustait avec plaisir à notre table. Nous n’avions évidemment pas de batteur électrique, ni de réfrigérateur. C’était le puits dans la cour qui faisait office de conservateur d’aliments. On le mettait dans un seau que l’on descendait au ras de l’eau et pour le remonter il n’y avait plus qu’à tirer la corde.

Les taches ménagères se soldaient par la corvée d’eau, car l’eau courante n’existait pas; mais je devrais plutôt parler de plaisir d’aller chercher l’eau à la fontaine et ramener une grande bassine d’eau, qui servirait à tous les usages domestiques y compris pour boire.

Puis arrivait la fin de la semaine, jour du bain. Le samedi matin, il nous fallait aller à la fontaine chercher de l’eau, à 300 m de la maison pour ensuite la laisser chauffer au soleil la journée pour qu’elle soit chaude pour le bain du soir. Nous le prenions alors dans la cour à tour de rôle. Ma cousine avait une superbe chevelure qu’il fallait démêler. Grand-Mère prenait la brosse à chien dent, une méthode radicale!

Grand-mère ne craignait pas de nous emmener faire de la marche à pied! Organiser un pique-nique à la plage en passant par les marais sur 2 km, puis rejoindre la forêt que nous parcourions encore sur 2 autres km avant d’arriver enfin à la mer…sans compter le retour!!!

Le Dimanche, nous partions à pied à l’Ile d’Olonne pour assister à la messe de 10 h pendant que Grand-père partait en vélo. Sur la route on voyait les habitantes de la Salaire et de la Brardière, perchées sur leurs vélos et ce qui nous amusait le plus, c’était qu’elles avaient toutes le manteau relevé et attaché à la taille avec une épingle de sûreté, précaution pour ne pas le tâcher . Elle nous saluaient tout en pédalant, nous criant un « bonjour les filles » qui nous encourageait un peu plus à poursuivre notre chemin.

En arrivant au bourg, nous allions chez la tante, sœur de Grand-père, qui nous donnait un verre de limonade et des petits gâteaux pour la route du retour. Et toujours de notre pied comme aurait dit Grand-Mère!

L’après midi, nous nous reposions au bord de la route, et nous comptions les voitures: huit ou neuf passaient et encore !!! Quelquefois, nous attendions sur le bord du chemin le petit train pour Saint-Martin, aujourd’hui devenu Brem sur Mer. Comme il tardait à arriver, Grand-mère, toujours aussi impatiente, nous lançait:

–  » Allez mes petites filles nous partons de notre pied à travers la ligne. »

Ce qui voulait dire: suivre les rails. Alors là je n’étais pas fière et je regardais sans arrêt derrière moi si le train arrivait ! Finalement, il avait souvent beaucoup de retard car il est arrivé plusieurs fois qu’on arrive en même temps que lui!!!

Pas question donc de se plaindre de la fatigue avec grand-mère mais loin d’être traumatisées, nous étions ravies de ses longues marches vivifiantes et sereines.

Parfois, nous allions aussi chez nos grands-parents pendant les vacances d’hiver, lovés autour de la grande cheminée près de laquelle grand-mère prenait soin de pendre nos chemises de nuit sur un fil avec une épingle afin qu’elles soient chaudes au moment du coucher. C’est à ce moment que nous récitions la prière du soir, entre nos grands-parents. À notre droite, le grand-père, très recueilli car, étant très croyant, la prière était pour lui très importante ; et à notre gauche, la grand-mère qui quelquefois se faisait rappeler à l’ordre par son époux  » Marie pas si vite ». Elle aurait voulu que ce soit fini avant de commencer, étant beaucoup moins pratiquante que son mari.

Ces années furent les meilleures de mon enfance car en 1946 vint le moment de quitter mon village pour partir en pension à La Roche-sur-Yon.

Après cette date, les vacances se résumaient à fêter le nouvel an chez les grands-parents où nous dégustions les anguilles du marais, baignées de sauce de grand-mère dont j’ai perdu la recette! Quel dommage! L’après-midi, je m’éclipsais avec les autres jeunes, laissant les adultes à leurs conversations pour aller souhaiter la bonne année dans le village, notamment aux autres membres de la famille qui étaient ravis de recevoir notre visite. Nous ne repartions jamais les mains vides: bonbons, gâteaux ou petites pièces de 10 centimes ou 20 cts remplissaient nos poches… Aujourd’hui, les grands-parents ne sont plus là, la maison a été vendue et seul le marais reste de cette période tant aimée, terre que je partage avec mon frère et ma soeur.

La communion solennelle

C’était un acte de foi très important pour les Sœurs de la congrégation de Mormaison en Vendée qui dirigeaient l’école privée. Pour moi, le grand jour fut célébré le 12 Mars 1945, j’avais 11 ans. Cela débutait par une retraite de trois jours à l’école où nous écoutions l’Abbé nous expliquer la religion sous toutes les coutures. Ce n’était pas réjouissant mais pendant ce temps on ne faisait pas la classe ce qui ne me déplaisait pas !

Cette année là, nous étions seize communiantes à monter sagement les marches de l’église, revêtues de nos robes de mousseline blanches agrémentées d’une ceinture d’une aumônière et d’un chapelet pendant le long de la robe.

Avec solennité, nous entrions dans l’église, un cierge allumé en main, sous le regard réjouit de nos familles et amis, qui à notre suite nous rejoignaient pour assister à la grand-messe chantée. Puis c’était les retrouvailles avec mes cousines.

La semaine suivante, pour faire plaisir à une autre cousine, sœur carmélite au couvent des Victimes du Sacré cœur à la Roche sur Yon, nous avions

revêtues nos tenues de Communiante pour faire un peu les mannequins -si on peut dire- devant toutes les sœurs réunies de la congrégation, isolées du reste du monde avant de rejoindre la chapelle. À la fin, elles nous avaient remerciées par quelques gâteries. Nos parents nous attendaient au parloir n’ayant pas l’autorisation d’entrer, comme adulte, au couvent.

Cette parenthèse heureuse s’acheva par mon retour à l’école de Saint-Martin de Brem pour un quotidien moins plaisant!

Une escapade à Paris

Il n’était pas question de prendre de vacances, en ce temps là, cela n’était pas les habitudes dans les familles rurales. Par contre, ma chère cousine travaillait dans un bureau à la Roche sur Yon et avait droit à des congés. Elle me proposa de partir à Paris avec sa sœur: le trio était reconstitué  quelle joie !

Mais ce n’était pas gagné: il fallait encore convaincre maman de laisser « Titice », surnom qui m’avait été donné depuis ma naissance, partir à la capitale!

1952, c’était l’année de mes 18 ans, un merveilleux cadeau que ce voyage à Paris. D’autant que la réduction SNCF auquel on avait droit prenait fin dans l’année, autant donc en profiter!

Le départ fut accepté par toute la famille, sachant que nous étions hébergés à notre arrivée par des cousins. Je me souviens que des endives nous avaient été servies pour le dîner, au demeurant fort peu appréciées! En fait, on ne connaissait pas ce nouveau légume, inconnu dans notre Vendée. Les cousins nous donnèrent l’adresse d’un petit hôtel dans le fameux quartier Pigalle…Cela ne nous a pas perturbé!

Le premier jour, sous l’initiative de notre aînée, nous avons étudié le plan du métro pour repérer les sites à visiter. Et le soir même, nous allions voir le spectacle du cirque d’hiver…Je n’ai pas d’autre superlatif que super! Vraiment super!

Pour notre deuxième soirée, direction l’opéra comique où se jouait « Madame Bovary ». En bonne provinciale, sans le savoir, nous sommes entrées par les coulisses! Personne ne nous en tint rigueur et la chance était avec nous car grâce à un désistement de dernière minute, nous avons bénéficié de places au premier rang, dans l’univers feutré et bourgeois des fourrures et des parfums haut de gamme!
Cela ne m’a pas empêché, dès les lumières éteintes, de me déchausser pour profiter pleinement du spectacle sans avoir à souffrir de mes pieds fourbus et enflés d’avoir arpenter les rues parisiennes! Le spectacle enchanteur nous a ravi mais à la fin du spectacle: nous ne trouvions plus mes chaussures! Nous avons été alors prises d’un terrible fou rire même si la situation était inquiétante…Partir dans Paris le soir pied nus était une perspective que je n’envisageais pas! À quatre pattes sous les fauteuils nous avons fini par les retrouver et avons pu rentrer sereines.

Impossible d’aller à Paris sans monter à la Tour Eiffel… d’autant plus que ma cousine devait remettre une lettre au responsable du restaurant. Malgré notre légère petite appréhension, nous avons été très bien reçues avec thé et petits gâteaux, dégustés autour d’une table blanche décorée de fleurs…Superbe. Comme c’était l’après-midi, il y avait peu de visiteurs. Ainsi nous avons pu apprécier la vue panoramique de la capitale tout à loisirs. Nous sommes reparties, contentes de notre après-midi et flattées que trois jeunes gens ouvrent pour nous les grandes portes coulissantes. En bonne petite provinciale, je suis allée leur serrer la main ce qui provoqua un bon fou rire qui nous gagne encore aujourd’hui quand on repense à ce souvenir!

Nous avons enchaîné le surlendemain par le spectacle du « chanteur de Mexico » avec Luis Marianno accompagné de Bourvil et de Annie Cordy, joué au théâtre du Châtelet.

Après un détour à Berck plage, où nous avons peu apprécié le vent du nord dans nos jambes sr les immenses plages, notre retour sur Paris nous mena à la cathédrale Notre Dame de Paris…Un souvenir magnifique. Encore l’occasion de raconter une anecdote: Me penchant pour donner une petite obole dans l’église, j’ai laissé tomber mon billet de retour…Une bonne étoile veillait car non seulement je m’en suis aperçu rapidement mais les dames qui étaient à l’accueil dans l’église furent heureuses de retrouver la personne à qui appartenait la carte de train…Sans elle, j’aurai été démunie pour rentrer!

Encore aujourd’hui je repense à ce voyage et à toutes les péripéties que nous avons traversées. Puis ce fut le retour à la boulangerie où je retrouvai ma petite vie de vendeuse de pain.

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