On a tous droit à l’amour

Récit de vie

Accompagnement à l’écriture Valerie Jean Biographe

Illustration : Nathalie Richard

Monique Lacaille-Coufourier, fait le récit de son enfance. Confiée à la DASS, 15 jours après sa naissance, elle ne retrouvera jamais ni le foyer parental ni le partage d’une vie avec ses frères et sœurs de sang. Appuyés par documents et des témoignages, elle dévoile ici les souvenirs qui lui restent de cette vie d’esclave violentée par deux de ses nourrices.

Extraits du livre « on a tous droit à l’amour »

Ma liberté acquise, enfin, je me suis donné le droit d’écrire mon histoire. D’abord pour moi, pour déposer les mots de cette mémoire douloureuse, pleine d’interrogations, de doutes et de culpabilité… Tourner la page, c’est ce que je me souhaite et avec l’écriture de ce livre, je sais que je vais y parvenir. Raconter les circonstances de ma naissance m’a permis de suivre le fil d’une histoire occultée, découpée dont je redécouvre les acteurs comme une pièce de théâtre oubliée.

Des enfants de passage, des voisins compatissants

Comme je l’ai dit, dans cette famille de nombreux autres enfants de la DDASS sont passés.

Ma mère nourricière ne disait-elle pas à ses amis et devant moi :

  • J’avais des enfants de la DDASS pour m’offrir ma maison…

Vers mes 8 ans, deux fillettes en bas âge sont arrivées dans la famille.

Ines et Melinda. Cette dernière était une vraie sauvageonne. Je me souviens qu’elle déterrait les légumes du potager et les mangeait. Elle faisait énormément de bêtises et elle demandait une surveillance constante sauf que c’est à moi que revenait ce rôle ingrat !

Une fois elle avait bu de l’anisette berger pure, ce qui bien sûr eut pour résultat d’être ivre… elle s’accrochait aux rideaux et je voyais le moment où la tringle casserait… heureusement, ce jour-là Damien m’a sauvé la mise. Il lui a fait boire du café et l’a couchée.

La fois où elle avait bu dans une barrique de cidre entreposée dans la cave, c’est moi qui avais dérouillé !

Ma mère m’obligeait à les garder et outre le fait qu’elle me tenait pour responsable des dégâts qu’elle causait, je ne pouvais m’échapper et profiter de l’absence de ma mère nourricière pour aller jouer avec mes copines.

Tous les jours, j’avais l’habitude de prendre les clés de la porte du garage que je refermais derrière moi en partant et que je replaçais dans la boîte aux lettres. Ce jour-là, ma nourrice m’avait demandé de garder les clés, car elle s’était absentée.

Malencontreusement, par habitude, j’ai remis les clés dans la boîte aux lettres ! La panique me prit… comment faire ?

Je demandai alors à Jacquot un voisin de m’aider. Il a essayé pendant longtemps de récupérer les clés avec un fil de fer… le temps passait et je ne pensais qu’à une chose : la dérouillée que je me prendrai quand la nourrice rentrera.

Mon ange veillait et enfin Jacquot réussit à sortir la clé de la boîte aux lettres. Ouf, j’étais soulagée et en récompense, je lui ai fait un gros boujou !

Les colos de l’été

Régulièrement chaque été je partais en colonie de vacances, en montagne.

Dans mon souvenir, on faisait beaucoup de marches dans des endroits pas toujours sécurisés, je me souviens d’un jour où un des enfants était tombé dans le ravin…

Quant à moi, égale à moi-même, habituée à ne jamais me plaindre, j’étais partie en randonnée alors que j’avais des mycoses entre les doigts de pieds. Cela me grattait terriblement d’autant qu’on portait de grosses chaussettes de laine dans de gros brodequins.

Très vite les mycoses se sont enflammées pour devenir des véritables plaies ouvertes : je souffrais beaucoup et la nuit je pleurais en silence jusqu’au moment où la copine avec qui je dormais alerte les animateurs.

Quand ils ont constaté les dégâts, ils m’ont envoyé chez le médecin dès le lendemain qui m’a prescrit des bains de pied au permanganate.

J’étais au milieu du pré, assise les pieds dans une bassine à attendre l’effet cicatrisant du produit. Quand j’ai retiré mes pieds, je me suis affolée de voir mes pieds bleus, pleurant de rester comme ça ! Les animateurs m’ont rassurée m’expliquant qu’avec un lavage tout rentrerait dans l’ordre !

Les jours suivants, je n’avais plus à marcher et j’accompagnais les animateurs dans la jeep…Sur le sentier qui grimpait, je faisais coucou aux copines qui souffraient sous le soleil. Et le soir je ne dormais plus dans le dortoir mais à l’infirmerie.

Ces privilèges valaient bien une petite souffrance, non !

Cette année-là, à la fin de la colonie, ma nourrice avait tardé à venir me chercher. Je disais alors aux animateurs :

Ce n’est pas grave, placez-moi ailleurs !

Pour accéder à d’autres extraits de ce récit de vie:

https://www.biographe-valeriejean.fr/on-a-tous-droit-a-lamour/

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *