{"id":2283,"date":"2019-04-22T08:41:43","date_gmt":"2019-04-22T07:41:43","guid":{"rendered":"http:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/?p=2283"},"modified":"2019-04-22T08:41:43","modified_gmt":"2019-04-22T07:41:43","slug":"ma-vie-en-360","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/?p=2283","title":{"rendered":"Ma vie en 360"},"content":{"rendered":"<h1>Le livre\u00a0 \u00ab\u00a0Ma vie en 360 \u00ab\u00a0<\/h1>\n<p><a href=\"http:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Couverture-BOUTREAU1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2284 size-full aligncenter\" src=\"http:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Couverture-BOUTREAU1.jpg\" alt=\"livre autobiographique\" width=\"1748\" height=\"2480\" \/><\/a>Marcel Boutreau nous raconte avec une \u00e9nergie sobre son parcours professionnel au moment des trente glorieuses et des immenses chantiers des ann\u00e9es 1970 en passant par le r\u00e9cit de ses anecdotes pendant la premi\u00e8re guerre mondiale alors qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un adolescent.<\/p>\n<p>Je me suis beaucoup amus\u00e9 \u00e0 corriger et structurer le texte de Francis qui nous apporte de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 \u00e0 chacune de ses pages.<\/p>\n<p>Pourquoi 360 ?<\/p>\n<p>Et bien la couverture l&rsquo;explique en partie mais pas que!<\/p>\n<p>Il se trouve que Francis a beaucoup voyag\u00e9 sur des Airbus 360&#8230;<\/p>\n<h2>EXTRAITS du livre<\/h2>\n<h6>Le d\u00e9but d&rsquo;une vie tranquille<\/h6>\n<p>Depuis mon plus jeune \u00e2ge, on m&rsquo;appelait le petit Marcel.<\/p>\n<p>\u00c0 6 ans, comme tous les enfants, je suis entr\u00e9 en 6e, \u00e0 la grande \u00e9cole comme on l&rsquo;appelait \u00e0 cette \u00e9poque. Ce fut alors l&rsquo;apprentissage de la lecture, du calcul, de la morale, de la g\u00e9ographie, de la science, de la r\u00e9citation et de la terrible dict\u00e9e o\u00f9 il fallait \u00e9viter de faire des fautes.<\/p>\n<p>Tous les soirs de la semaine, je rentrais vers 16h30 pour go\u00fbter puis je faisais devoirs et le\u00e7ons sauf les jeudis et samedis apr\u00e8s-midi o\u00f9 je n&rsquo;avais pas classe.<\/p>\n<p>Le jeudi matin \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 au cat\u00e9chisme et \u00e0 la messe dans une paroisse distante de plus d&rsquo;un kilom\u00e8tre de la maison. En fin de matin\u00e9e, ma journ\u00e9e se poursuivait \u00e0 faire de l&rsquo;herbe pour la cinquantaine de lapins qui \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;abri dans une annexe mitoyenne de notre maison, en compagnie des poules. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, je rejoignais le patronage dont s&rsquo;occupaient les abb\u00e9s pour jouer au football. Je devais \u00e9galement participer \u00e0 l&rsquo;arrosage de notre jardin potager qui s&rsquo;\u00e9talait sur 500 m2, et ce depuis notre r\u00e9servoir.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Mon p\u00e8re travaillait dans une soci\u00e9t\u00e9 qui poss\u00e9dait de nombreuses succursales. Son r\u00f4le consistait \u00e0 compter les r\u00e9sultats des feuilles d&rsquo;inventaires. Il \u00e9tait capable d&rsquo;additionner deux colonnes de chiffres simultan\u00e9ment.<\/p>\n<p>Je me rappelle qu&rsquo;en 1936, des gr\u00e8ves \u00e9clat\u00e8rent. Cela entra\u00eena des conflits entre patrons et syndicats qui d\u00e9fendaient les droits des salari\u00e9s : le pouvoir d&rsquo;achat et l&rsquo;obtention des fameux cong\u00e9s pay\u00e9s. \u00c0 la d\u00e9bauche le soir, il y avait des \u00e9meutes entre les gr\u00e9vistes qui voulaient faire aboutir les revendications et les autres qui craignaient de perdre leur emploi. Cela dura plus de trois semaines et enfin ils obtinrent une augmentation de salaire et quinze jours de cong\u00e9s pay\u00e9s.<\/p>\n<p>Je me souviens bien de ces \u00e9v\u00e8nements, car notre maison se trouvait entre les entrep\u00f4ts de ces deux soci\u00e9t\u00e9s, et je voyais qu&rsquo;il y avait de la bagarre \u00e0 la sortie des bureaux midi et soir.<\/p>\n<p>En 1937, mon p\u00e8re m&rsquo;avait emmen\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exposition internationale des arts et des techniques qui se tenait \u00e0 Paris. J&rsquo;ai encore la vision du premier poste de t\u00e9l\u00e9vision install\u00e9 sur une grande table avec derri\u00e8re des tas de lampes branch\u00e9es pour alimenter l&rsquo;image!<\/p>\n<p>Pendant les grandes vacances scolaires, je passais de quinze jours \u00e0 trois semaines chez ma marraine. Son mari, mon oncle \u00e9tait apiculteur. Il avait une dizaine de ruchers et 400 ruches. Souvent, je l&rsquo;accompagnais pour les visiter, les contr\u00f4ler, voir la reine, donner du sucre quand c&rsquo;\u00e9tait n\u00e9cessaire, retirer des cadres de la ruche pour les ramener \u00e0 la maison. Nous proc\u00e9dions alors \u00e0 la d\u00e9soperculation de la surface afin de r\u00e9cup\u00e9rer le miel. Pour ce faire, apr\u00e8s avoir pass\u00e9 les cadres dans la centrifugeuse pour que le miel se d\u00e9pose sur la paroi de la cuve. Celle-ci \u00e9tait perc\u00e9e d&rsquo;un robinet permettant au miel de s&rsquo;\u00e9couler. Puis il fallait passer le miel dans un filtre de nettoyage avant sa mise en pot.<\/p>\n<p>De temps en temps, mon oncle jouait aux \u00e9checs et je regardais la partie, observant les mouvements des diff\u00e9rentes pi\u00e8ces. Au bout d&rsquo;un certain temps, j&rsquo;ai compris et \u00e0 mon tour, j&rsquo;ai su jouer. Plus tard, cela m&rsquo;a permis de me faire un copain avec qui j&rsquo;ai partag\u00e9 de nombreuses parties.<\/p>\n<p>Il est rest\u00e9 un ami que je revoyais \u00e0 l&rsquo;occasion, qui est m\u00eame venu assister \u00e0 mon mariage.<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es ont pass\u00e9 jusqu&rsquo;en 1939. Cette ann\u00e9e l\u00e0, au moment de la d\u00e9claration de la guerre, je me suis retrouv\u00e9, en colonie de vacances dans le Jura, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Baume les Dames, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re allemande et de la Suisse. Au lever, nous faisions d&rsquo;abord la toilette que suivait le petit d\u00e9jeuner; nous encha\u00eenions avec des activit\u00e9s sportives et des promenades \u00e0 travers la campagne jusqu&rsquo;au repas de midi. Une sieste obligatoire continuait le programme avant de jouir d&rsquo;un temps libre jusqu&rsquo;au go\u00fbter. L&rsquo;apr\u00e8s-midi se poursuivait par des jeux collectifs avant de se rassembler de nouveau pour un brin de toilette pr\u00e9alable au d\u00eener.<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, le calme de la colonie s&rsquo;estompait pour laisser place \u00e0 la guerre.<\/p>\n<p>De l\u00e0 o\u00f9 nous \u00e9tions, nous entendions au loin le grondement des canons. La guerre \u00e9tait proche et les responsables de la colonie ne savaient pas s&rsquo;il fallait passer en Suisse ou s&rsquo;il \u00e9tait pr\u00e9f\u00e9rable de nous renvoyer dans nos foyers. Cela d\u00e9pendait de l&rsquo;avanc\u00e9e des troupes allemandes. Finalement, huit jours plus tard, apr\u00e8s avoir re\u00e7u plus d&rsquo;informations, des cars sont arriv\u00e9s pour nous rapatrier dans nos foyers. Cela fut un grand soulagement pour nous tous, parents et enfants, car on avait peur apr\u00e8s avoir entendu parler des atrocit\u00e9s faites par les Allemands.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un voyage sans histoire, j&rsquo;ai retrouv\u00e9 ma famille et j&rsquo;ai racont\u00e9 mes journ\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 la colonie.<\/p>\n<h5>La guerre entre dans nos vies<\/h5>\n<p>Le 3 septembre 1939, la France et l&rsquo;Angleterre entrent en guerre : c&rsquo;est la mobilisation g\u00e9n\u00e9rale et le rappel des r\u00e9servistes comme mon p\u00e8re, qui, en tant que sous-officier, fut appel\u00e9 \u00e0 Metz. Nous sommes rest\u00e9s sans ressource pendant une dizaine de mois avant de vivre ce que l&rsquo;on appela la d\u00e9b\u00e2cle&#8230;.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re fut d\u00e9mobilis\u00e9 comme soutien de famille et, comme beaucoup de Fran\u00e7ais du Nord et de l\u2019Est, nous avons d\u00fb fuir nos maisons, les combats \u00e9tant tr\u00e8s proches. Dans un premier temps, nous avons rejoint en camion la banlieue parisienne, pour loger chez des cousins. Mais cette pause fut de tr\u00e8s courte dur\u00e9e, car l&rsquo;avanc\u00e9e rapide des troupes allemandes nous obligea \u00e0 \u00e9vacuer par la route, vers le sud, avec seulement une brouette pour transporter les valises et mes deux s\u0153urs \u00e2g\u00e9es de 3 et 6 ans. Quant \u00e0 mon fr\u00e8re et moi, nous avons march\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 Orl\u00e9ans, tout en \u00e9vitant le feu des mitrailleuses des avions allemands&#8230;<\/p>\n<p>Enfin, nous avons r\u00e9ussi \u00e0 prendre le train pour Bordeaux. Mais nous n&rsquo;\u00e9tions pas sauv\u00e9s pour autant, subissant toujours la mitraille allemande, le train s&rsquo;arr\u00eatait r\u00e9guli\u00e8rement pour voir s&rsquo;il y avait des bless\u00e9s; puis \u00e0 la gare d&rsquo;Angoul\u00eame, nous avons subi un bombardement avant de changer de train pour repartir. Nous nous rendions \u00e0 Cherve de Cognac, petit village \u00e0 proximit\u00e9 de la ville de Cognac, o\u00f9 ma m\u00e8re avait une soeur.<\/p>\n<p>Mes parents ont trouv\u00e9 \u00e0 se loger dans une petite maison avec mes soeurs et mon fr\u00e8re tandis que moi je suis all\u00e9 habiter chez ma marraine avec mes cousins. Quatre jours apr\u00e8s notre arriv\u00e9e, nous nous sommes cach\u00e9s dans les bois pour voir arriver les soldats allemands dans les camions et leurs automitrailleuses&#8230; Ils ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s corrects avec les habitants et comme j&rsquo;\u00e9tais un petit gar\u00e7on curieux, j&rsquo;ai fraternis\u00e9 avec eux. Ils \u00e9taient de repos plusieurs jours au village et j&rsquo;\u00e9tais tous les jours parmi eux, leur pr\u00e9parant leur caf\u00e9.<\/p>\n<p>Une semaine plus tard, des camions de ravitaillement les ont rejoints. Je les observais tandis qu&rsquo;ils d\u00e9chargeaient les cartons des camions quand un soldat m&rsquo;a donn\u00e9 un gros colis: c&rsquo;\u00e9tait cinq kilogrammes de chocolat ! J&rsquo;ai couru pour rapporter le pr\u00e9cieux paquet chez moi&#8230; Vous pensez si ma famille \u00e9tait heureuse ! Quelques jours apr\u00e8s, les soldats allemands sont repartis vers Bordeaux.<\/p>\n<h5>Triste retour \u00e0 Reims<\/h5>\n<p>Mon p\u00e8re ayant trouv\u00e9 du travail comme b\u00fbcheron, je l&rsquo;ai accompagn\u00e9 dans les bois pour \u00e9laguer les branches des troncs d&rsquo;arbre afin d&rsquo;en faire des st\u00e8res de bois de chauffage d&rsquo;une longueur de 1m. Dans ces bois, j&rsquo;avais peur car il y avait souvent des vip\u00e8res.<\/p>\n<p>Notre exil a dur\u00e9 jusqu&rsquo;a la mi-octobre puis nous avons pris le chemin du retour vers Reims et en deux jours nous \u00e9tions revenus dans notre maison. Nous avons d\u00e9couvert que la maison avait \u00e9t\u00e9 visit\u00e9e. On nous avait vol\u00e9 nos poules et nos lapins. Le jardin \u00e9tait dans un triste \u00e9tat, des mauvaises herbes ayant envahi le potager, qu&rsquo;il fallut arracher pour r\u00e9cup\u00e9rer les l\u00e9gumes pouss\u00e9s dessous. Les fruits \u00e9taient rest\u00e9s sur les arbres sans \u00eatre cueillis. Malgr\u00e9 tout, aux alentours nous avons rattrap\u00e9 quelques poules et lapins pour reconstituer le poulailler et le clapier. \u00c0 1km de la maison, nous avions une parcelle de terre cultivable dont il fallait v\u00e9rifier l&rsquo;\u00e9tat&#8230; Mais pour y aller il a fallu que mon p\u00e8re fasse des d\u00e9marches aupr\u00e8s de la Komandantur afin d&rsquo;obtenir\u00a0des papiers pour chacun des membres de la famille, pour pouvoir circuler dans notre propre ville !<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re a r\u00e9ussi \u00e0 trouver du travail pour lui et mon grand-fr\u00e8re<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. C&rsquo;\u00e9tait dans une entreprise de fabrication de paillons, un emballage de paille servant \u00e0 la protection des bouteilles. Malheureusement au milieu de l&rsquo;ann\u00e9e 41, l&rsquo;usine a cess\u00e9 son activit\u00e9 mais mon p\u00e8re a r\u00e9ussi \u00e0 retrouver un poste dans une soci\u00e9t\u00e9 de cinema qui poss\u00e9dait trois salles de spectacle dans notre ville.<\/p>\n<p>Entre temps, j&rsquo;avais fait ma communion. Mon p\u00e8re avait invit\u00e9 une partie de la famille \u00e0 un repas mais il eut beaucoup de mal \u00e0 trouver la nourriture pour les vingt convives que nous \u00e9tions.<\/p>\n<p>Ce jour l\u00e0, je re\u00e7us en cadeau la pi\u00e8ce de ma marraine et le reste de l&rsquo;argent qu&rsquo;on m&rsquo;avait donn\u00e9 servit \u00e0 mon p\u00e8re pour payer le repas. Cela m&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 vous raconter une autre anecdote sur l&rsquo;argent d\u00e9tourn\u00e9!<\/p>\n<p>Un jour de mai 1942, nous sommes partis avec mon p\u00e8re ramasser du muguet pour le vendre place de l&rsquo;\u00e9glise&#8230;Mon p\u00e8re a plac\u00e9 l&rsquo;argent r\u00e9colt\u00e9 \u00e0 la caisse d&rsquo;\u00e9pargne&#8230;et en 1958, je me suis pr\u00e9sent\u00e9 pour retirer le magot&#8230;il ne restait que 12 centimes ! Tout cela \u00e0 cause de la d\u00e9valuation du franc voulu par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle !<\/p>\n<h5>Un cin\u00e9ma comme univers<\/h5>\n<p>Mon p\u00e8re \u00e9tait adjoint de direction du cin\u00e9ma. C&rsquo;est lui qui \u00e9tait en charge de la comptabilit\u00e9 et qui organisait le planning de travail des ouvreuses. Gr\u00e2ce \u00e0 ce poste, nous avons d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 dans un appartement dans un des cin\u00e9mas, situ\u00e9 au 2e \u00e9tage, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la cabine de projection. C&rsquo;est ainsi que je me suis souvent trouv\u00e9 avec les op\u00e9rateurs dans la cabine. Cela me permettait d&rsquo;observer le montage des projecteurs, la mise en place des bobines de film et la pr\u00e9paration de chaque chambre pour avoir la lumi\u00e8re n\u00e9cessaire \u00e0 la projection: elle \u00e9tait produite par une lanterne comportant une lampe \u00e0 arc, aliment\u00e9e en courant continu par des \u00e9lectrodes qui \u00e9taient en charbon; elles se consumaient au fur et \u00e0 mesure et le projectionniste devait r\u00e9gler la position des charbons plusieurs fois durant la projection et les changer fr\u00e9quemment.<\/p>\n<p>Il fallait charger chaque projecteur avec une bobine de 500 m environ, du haut vers le bas en passant par des galets crant\u00e9s, en laissant des boucles pour ne pas raidir le film et \u00e9viter que \u00e7a casse.<\/p>\n<p>La dur\u00e9e d&rsquo;un film d\u00e9passait la dur\u00e9e d&rsquo;une seule bobine, c&rsquo;est pourquoi il y avait deux projecteurs dans la cabine. Le projectionniste devait alors, sans interrompre la s\u00e9ance, faire le changement de bobine en passant sur le deuxi\u00e8me projecteur. Pour cela, il surveillait l&rsquo;image \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran o\u00f9 apparaissait un rep\u00e8re qui indiquait imp\u00e9rativement l&rsquo;ordre de mettre en route le projecteur n\u00b0 2 et d&rsquo;arr\u00eater le n\u00b01. Apr\u00e8s quoi, on pouvait d\u00e9poser la bobine, la rembobiner \u00e0 l&rsquo;endroit pour une projection suivante, dans un autre cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s plusieurs mois de pr\u00e9sence dans la cabine, le soir ou le dimanche, j&rsquo;ai fini par remplacer, plusieurs fois, un des op\u00e9rateurs quand il \u00e9tait absent ou en cong\u00e9. \u00c0 cette \u00e9poque, je voulais en faire mon m\u00e9tier. Le patron savait que je rempla\u00e7ais un op\u00e9rateur manquant et il m&rsquo;avait donn\u00e9 le feu vert pour que je puisse en devenir un moi-m\u00eame, \u00e0 condition que je sois \u00e9lectricien. \u00c0 partir de cet instant, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;apprendre le m\u00e9tier d&rsquo;\u00e9lectricien.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions en 1943, je me suis inscrit aux cours du soir en section \u00e9lectricit\u00e9 et trois fois par semaine entre 18 et 20 h, j&rsquo;assistais au cours; comme l&rsquo;\u00c9cole primaire \u00e9tait mitoyenne avec l&rsquo;\u00c9cole professionnelle, le samedi matin, je faisais le mur pour assister aux cours et faire les travaux pratiques. Cela a dur\u00e9 quelque temps avant que notre famille d\u00e9m\u00e9nage \u00e0 cause de travaux importants dans la salle de cin\u00e9ma. Nous sommes partis \u00e0 l&rsquo;autre bout de la ville. J&rsquo;ai donc arr\u00eat\u00e9 mes cours, mais j&rsquo;ai continu\u00e9 \u00e0 apprendre avec quelques livres.<\/p>\n<h5>Les vaches maigres<\/h5>\n<p>Pendant cette p\u00e9riode, se nourrir \u00e9tait devenu difficile, nous \u00e9tions soumis \u00e0 la p\u00e9nurie alimentaire. Le centre de secours distribuait les tickets de rationnement pour lesquels on faisait la queue. Ils \u00e9taient marqu\u00e9s d&rsquo;un A pour adulte, d&rsquo;un J2 pour les moins de 13 ans et J3 pour les adolescents jusqu&rsquo;\u00e0 21 ans. Nous avions r\u00e9ussi \u00e0 avoir du lait chez un laitier qui se trouvait dans le centre-ville \u00e0 environ 3km de la maison. Au jardin, avec le peu de semence que nous avions trouv\u00e9, nous avions r\u00e9colt\u00e9 des navets, des rutabagas, des topinambours, un peu de pommes de terre, quelques carottes, poireaux et c\u00e9leris.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait vraiment une p\u00e9riode de vaches maigres, le temps du march\u00e9 noir o\u00f9 chacun essayait de se d\u00e9brouiller pour trouver \u00e0 manger. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il a fallu que j&rsquo;aide ma famille \u00e0 trouver \u00e0 se nourrir et trois fois par semaine, je partais en v\u00e9lo dans les fermes de la campagne r\u00e9moise \u00e0 environ 50km. Je trouvais des pommes de terre, du bl\u00e9 \u00e0 moudre pour avoir de la farine, des oeufs, etc. Je filais d\u00e8s le matin pour revenir dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi voire le soir. Je me souviens qu&rsquo;une fois, j&rsquo;\u00e9tais parti avec des tickets de ravitaillement qui ne valaient rien dans la Marne, mais avec lesquels, dans l&rsquo;Aisne, je pouvais obtenir 3 kg de sucre! Je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Soissons dans une sucrerie. Sur la route du retour me trouvant dans un convoi de camions allemands, je me suis fait mitrailler par des avions anglais, j&rsquo;ai plong\u00e9 dans le foss\u00e9 pour me mettre \u00e0 l&rsquo;abri. Le temps perdu fit que je ne pouvais plus rentrer sur Reims \u00e0 cause du couvre-feu. J&rsquo;ai envoy\u00e9 un t\u00e9l\u00e9gramme \u00e0 mes parents pour les pr\u00e9venir que je couchais dans une grange pour la nuit. Je suis donc rentr\u00e9 le lendemain vers 9h avec mes 3kg de sucre!<\/p>\n<p>Pour aller au ravitaillement, j&rsquo;avais un vieux v\u00e9lo avec roue libre, sans d\u00e9railleur. Les pneus \u00e9taient en tr\u00e8s mauvais \u00e9tat, us\u00e9s dont les chambres \u00e0 air \u00e9taient pleines de rustines! C&rsquo;est avec ce v\u00e9lo que j&rsquo;ai eu pas mal d&rsquo;ennuis&#8230;car je ne sais pas combien de fois j&rsquo;ai d\u00fb d\u00e9monter le tout pour r\u00e9parer. \u00c0 cette \u00e9poque, nous ne pouvions pas acheter de mat\u00e9riel, il fallait en justifier le besoin, m\u00eame avec les tickets de rationnement. Et de toute fa\u00e7on, il n&rsquo;y avait plus de pi\u00e8ce chez le marchand de v\u00e9los. Certaines fois, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de remplacer la chambre \u00e0 air par de l&rsquo;herbe bien bourr\u00e9e dans le pneu pour continuer \u00e0 rouler!<\/p>\n<p>Une fois, toujours pour aller au ravitaillement, j&rsquo;ai crev\u00e9 ma roue arri\u00e8re. J&rsquo;ai pu r\u00e9parer sur le bas cot\u00e9 de la route gr\u00e2ce \u00e0 mon petit sac de mat\u00e9riel avec \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d\u00e9monte-pneu, rustines et de la dissolution: j&rsquo;ai retir\u00e9 la roue &#8211; heureusement en ce temps-l\u00e0 il y avait des papillons pour serrer la roue &#8211; j&rsquo;ai d\u00e9mont\u00e9 le pneu pour acc\u00e9der \u00e0 la chambre \u00e0 air et j&rsquo;ai coll\u00e9 ma rustine&#8230; Puis je suis reparti avec mon v\u00e9lo et mon chargement. Malheureusement, 10 km plus loin je suis tomb\u00e9 sur des gendarmes qui contr\u00f4laient les sacs \u00e0 cause du march\u00e9 noir. Ils m&rsquo;ont pris tout ce que j&rsquo;avais: de la farine et des oeufs, je suis reparti ce jour-l\u00e0 chez moi sans rien.<\/p>\n<p>\u00c0 la suite de quoi, j&rsquo;ai recherch\u00e9, chez les garagistes, des roulements \u00e0 billes pour me faire un chariot. Il s&rsquo;agissait de deux roulements de 12 cm de diam\u00e8tre pour l&rsquo;arri\u00e8re et de deux autres de 8 cm pour l&rsquo;avant, d&rsquo;une planche de 50 x 80 cm et de deux tasseaux en bois pour les roulements.<\/p>\n<p>Sans mon v\u00e9lo, je prenais le train avec mon chariot. Une fois, j&rsquo;ai pu trouver des pommes de terre que j&rsquo;avais mises dans une taie d&rsquo;oreiller qui faisait office de sac, j&rsquo;ai rapport\u00e9 le tout \u00e0 la gare avec mon chariot. Mais au moment de mettre le tout dans le wagon, la taie s&rsquo;est crev\u00e9e et les pommes se sont r\u00e9pandues par terre&#8230; Heureusement, le train a attendu que je ramasse le tout. J&rsquo;ai d\u00fb faire des pieds et des mains pour ramener mon chargement.<\/p>\n<p>Presque chaque nuit, nous vivions une alerte, car les bombardiers passaient au-dessus de notre ville pour aller bombarder les villes d&rsquo;Allemagne. Aussit\u00f4t que la sir\u00e8ne nous r\u00e9veillait, il fallait se lever, s&rsquo;habiller, descendre dans la rue et courir se mettre \u00e0 l&rsquo;abri dans le troisi\u00e8me sous-sol de la cave d&rsquo;une grande maison de champagne qui se trouvait au moins \u00e0 1km de notre habitation.<\/p>\n<p>Une fois, en pleine nuit, apr\u00e8s avoir entendu l&rsquo;alerte, nous \u00e9tions en train de rejoindre la rue; arriv\u00e9s au bord du trottoir, pr\u00eats \u00e0 courir vers la grande maison, une formidable explosion nous a souffl\u00e9s jusqu&rsquo;au fond du couloir. Trente secondes plus tard, je ne serai plus l\u00e0 pour vous le raconter&#8230; Une bombe a explos\u00e9 dans le milieu de la rue \u00e0 50 m de notre habitation provoquant un souffle \u00e9norme doubl\u00e9 d&rsquo;un gros nuage de poussi\u00e8re. Sonn\u00e9s, nous sommes sortis pour rejoindre la cave, en pleine nuit et sans lumi\u00e8re. Il a fallu passer sur le tas de terre le long du mur de la maison pour ne pas tomber dans le trou b\u00e9ant qu&rsquo;avait laiss\u00e9 l&rsquo;explosion, rempli d&rsquo;eau, car la canalisation \u00e9tait \u00e9clat\u00e9e. Tout le monde a r\u00e9ussi \u00e0 passer sur le c\u00f4t\u00e9 sauf mon fr\u00e8re qui a gliss\u00e9 du tas de terre pour se retrouver dans le trou avec de l&rsquo;eau jusqu&rsquo;au cou. Nous l&rsquo;avons tir\u00e9 de l\u00e0 avant de nous mettre \u00e0 l&rsquo;abri pour le reste de la nuit.<\/p>\n<p>Nous avons donc v\u00e9cu sous la domination allemande avec toutes ces contraintes et j&rsquo;ai d\u00fb aller au ravitaillement jusqu&rsquo;\u00e0 la lib\u00e9ration, ce qui bien s\u00fbr m&rsquo;a fait rater l&rsquo;\u00e9cole au moins deux fois par semaine. Cela ne me plaisait pas, mais je faisais mon devoir pour ma famille. Notre \u00e9cole \u00e9tant ferm\u00e9e, j&rsquo;ai pu reprendre mes \u00e9tudes dans une autre \u00e9cole ouverte provisoirement \u00e0 2 km de la maison.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.biographe-valeriejean.fr\/ma-vie-en-380\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">D&rsquo;autres extraits sur mon site professionnel<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"http:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/common-right.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2232 alignleft\" src=\"http:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/common-right.png\" alt=\"common right\" width=\"88\" height=\"31\" \/><\/a>Ce(tte) \u0153uvre est mise \u00e0 disposition selon les termes de la <a href=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/2.0\/fr\/\" rel=\"license\">Licence Creative Commons Attribution \u2013 Pas d\u2019Utilisation Commerciale \u2013 Pas de Modification 2.0 France<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le livre\u00a0 \u00ab\u00a0Ma vie en 360 \u00ab\u00a0 Marcel Boutreau nous raconte avec une \u00e9nergie sobre son parcours professionnel au moment des trente glorieuses et des immenses chantiers des ann\u00e9es 1970 en passant par le r\u00e9cit de ses anecdotes pendant la premi\u00e8re guerre mondiale alors qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un adolescent. Je me suis beaucoup amus\u00e9 \u00e0 corriger &hellip; <a href=\"https:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/?p=2283\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Ma vie en 360<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2284,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"aside","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-2283","post","type-post","status-publish","format-aside","has-post-thumbnail","hentry","category-les-biographies-realisees","post_format-post-format-aside"],"aioseo_notices":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2283","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2283"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2283\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2283"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2283"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2283"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}