{"id":2733,"date":"2022-04-23T14:04:36","date_gmt":"2022-04-23T13:04:36","guid":{"rendered":"http:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/?p=2733"},"modified":"2022-04-23T14:04:36","modified_gmt":"2022-04-23T13:04:36","slug":"la-sauvageonne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/?p=2733","title":{"rendered":"La sauvageonne"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La sauvageonne, La nature m&rsquo;a sauv\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<p>Un r\u00e9cit autobiographique dans lequel Jacqueline d\u00e9voile les mis\u00e8res de son enfance et de son adolescence. Une histoire qui d\u00e9crit avec beaucoup de d\u00e9tails la vie d&rsquo;apr\u00e8s-guerre quand le monde rural et ouvrier \u00e9tait priv\u00e9 de tout, quand la tuberculose faisait des ravages&#8230; La nature sera l&rsquo;espace dans lequel se r\u00e9fugie la petite fille qui manque cruellement d&rsquo;amour dans le centre pour tuberculeux puis plus tard, ses fugues la conduiront encore aupr\u00e8s des arbres, de la for\u00eat et des champs.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Biographe-valerie-Jean-722x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2734\"\/><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Extrait du livre La sauvageonne<\/h2>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><a>Au fil des jours<\/a><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Les temps durs<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Je suis souvent dans le pass\u00e9 \u00e0 me souvenir de ces instants difficiles.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait \u00e0 la sortie de la guerre, o\u00f9 l\u2019alimentation manquait, nous n\u2019avions pas de quoi faire un festin. Nous n\u2019avions pas de r\u00e9frig\u00e9rateur. Ma m\u00e8re m\u2019envoyait faire les courses tr\u00e8s souvent, pour acheter\u2026 pas grand-chose&nbsp;: une baguette de pain, une pomme ou bien une banane. Lorsque nous avions besoin d\u2019un&nbsp;litre d\u2019huile, il nous fallait apporter un r\u00e9cipient\u2009; pour les l\u00e9gumes secs, c\u2019\u00e9tait au d\u00e9tail dans des sachets en papier. C\u2019\u00e9tait bien\u2009! Pas de d\u00e9chets plastiques ou autre.<\/p>\n\n\n\n<p>La lessive se faisait une fois par mois. Dans une grande lessive, sur la cuisini\u00e8re. Le linge bien rang\u00e9 autour d\u2019un tube termin\u00e9 en forme de champignons trou\u00e9s, ce qui permettait \u00e0 l\u2019eau bouillante de ressortir en pluie sur le linge et pour rincer, nous allions au lavoir tout proche. Il fallait faire des \u00e9conomies, ma m\u00e8re me tricotait des chaussons trop vite us\u00e9s. Elle faisait des \u00e9cheveaux en d\u00e9tricotant de vieux pull-overs pour m\u2019en faire des nouveaux. Rien n\u2019\u00e9tait gaspill\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, pour me fabriquer un manteau elle n\u2019avait pas le choix que de d\u00e9coudre ce v\u00eatement r\u00e2p\u00e9, retourner le tissu et me faire une capeline neuve. C\u2019\u00e9tait une tr\u00e8s bonne couturi\u00e8re et elle pensait que moi aussi je ferais ce m\u00e9tier. Mais les parents ne d\u00e9cident pas de notre avenir\u2009! L\u2019argent manquait et ce \u00ab\u2009vilain petit canard de mari\u2009\u00bb demandait des comptes. Combien de fois j\u2019ai vu ma m\u00e8re faire les fonds de tiroir pour trouver un sou, compl\u00e9ter la petite somme pour acheter un fromage\u2009! Souvent je l\u2019aidais \u00e0 chercher cette petite pi\u00e8ce manquante, sit\u00f4t la pi\u00e8ce trouv\u00e9e, on \u00e9tait soulag\u00e9es et vite je partais acheter le fromage le moins cher. C\u2019\u00e9tait la gal\u00e8re \u00e0 la maison\u2009!<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Rares \u00e9taient les bonbons\u2009!<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Est-ce que j\u2019avais des friandises\u2009? Non, bien entendu, ma m\u00e8re n\u2019avait pas beaucoup d\u2019argent, mais avec les sous de mes petits pains au lait, je m\u2019achetais moi-m\u00eame mes bonbons.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand elle s\u2019absentait, je courrais vite dans le placard de la cuisine. Le buffet \u00e9tait haut et de couleur cr\u00e8me avec des portes en verre martel\u00e9 des cuisines actuelles que l\u2019on repeint. Je me pressais de monter sur une chaise pour voler des carr\u00e9s de chocolat et des morceaux de sucre, le m\u00e9lange des deux dans ma bouche \u00e9tait d\u00e9licieux. \u00c0 la maison je n\u2019avais pas de sucreries, le sucr\u00e9 me manquait. Souvent dans le placard, il n\u2019y avait plus rien, ma m\u00e8re avait tout cach\u00e9, alors je repartais d\u00e9\u00e7ue et je ravalais ma gourmandise.<\/p>\n\n\n\n<p>Des marchands ambulants passaient une fois par semaine dans les cit\u00e9s&nbsp;: un boulanger, un \u00e9picier et un boucher. Quand j\u2019entendais ce dernier arriver, je me pressais toute haletante devant son \u00e9talage de charcuterie, de viande rouge, de jambonneaux aux odeurs app\u00e9tissantes flottant autour de mes narines.<\/p>\n\n\n\n<p>Voir suspendus boudins, saucissons crus ou cuits me donnait faim. Le boucher \u00e9tait sympathique, \u00e0 chaque passage il me donnait une rondelle de saucisson cuit \u00e0 l\u2019ail.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis quand l\u2019\u00e9picier arrivait, je r\u00e9clamais \u00e0 ma m\u00e8re une sucette, qu\u2019elle m\u2019achetait quand elle en avait l\u2019envie, puis un jour elle me dit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Tu n\u2019auras plus de sucettes.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>J\u2019insistais excit\u00e9e, mais elle s\u2019\u00e9nerva et m\u2019administra une paire de gifles devant le commer\u00e7ant\u2009! J\u2019\u00e9tais vex\u00e9e et en col\u00e8re contre elle. Je ne lui ai plus parl\u00e9 pendant un certain temps, ce qui ne lui plaisait pas.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Le bonhomme aux yeux rouges<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Souvent le soir, en automne \u00e0 la nuit tomb\u00e9e, au moment de se mettre \u00e0 table, ma m\u00e8re m\u2019envoyait \u00e0 la cave chercher un litre de vin. Afin de revenir au plus vite, elle me faisait peur en disant&nbsp;: \u00ab\u2009Fais attention au bonhomme aux yeux rouges\u2009\u00bb. Quel \u00e9tait cet individu, ce monstre irr\u00e9el qui me donnait la chair de poule et me faisait dresser les quelques poils que j\u2019avais\u2009? Il n\u2019y avait aucun r\u00e9verb\u00e8re dans cette rue, je courrais toujours au plus vite pour ne pas rencontrer cet homme pouvant \u00eatre couvert de poils comme un singe.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je revenais, de ma course, seule en panique dans le noir, la peur me donnait des ailes, si bien qu\u2019un soir, en cours de chemin je fis tomber mon litre de vin. Quelle catastrophe\u2009!<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Bonhomme-au-yeux-rouges.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2736\" width=\"183\" height=\"329\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p> Bonhomme aux yeux rouges<\/p>\n\n\n\n<p>Rentr\u00e9e \u00e0 la maison, je suis mont\u00e9e directement au lit sans souper, cela ne m\u2019a pas g\u00ean\u00e9e, dans mon assiette une panade chaude \u00e9tait servie o\u00f9 la cuill\u00e8re aurait tenu debout. La panade \u00e9tait un plat de pauvres, mang\u00e9 en soupe ou fait de pain rassis, d\u2019eau, parfois de lait, mais c\u2019\u00e9tait rare\u2009; le tout bouilli donnant une colle gluante.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><a>R\u00eaves et \u00e9vasions<\/a><\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Les vitrines de No\u00ebl<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Tous les ans, au mois de d\u00e9cembre, au moment des f\u00eates de No\u00ebl, c\u2019\u00e9tait le temps de la neige et des illuminations.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir en quittant l\u2019\u00e9cole, je pressais le pas pour m\u2019arr\u00eater devant toutes les belles vitrines. Je grimpais une c\u00f4te raide en courant, je tournais \u00e0 gauche, je passais devant le magasin du \u00ab\u2009P\u00e8re Potin\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Je stoppais devant une bijouterie aux \u00e9clats d\u2019or, d\u2019argent et de lumi\u00e8re puis je fon\u00e7ais pour aller devant la vitrine de jouets, sachant pertinemment que je n\u2019aurais rien que le regard comme cadeau\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces jouets me fascinaient, il y avait de tr\u00e8s belles poup\u00e9es rieuses aux dents de porcelaine, des baigneurs aux yeux bleus et aux joues rondes. Des trains \u00e9lectriques qui passaient sous des ponts, changeaient de direction et qui s\u2019arr\u00eataient devant les gares sans autres manipulations. Je r\u00eavais les yeux grands ouverts devant toutes ces f\u00e9\u00e9ries de No\u00ebl.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les enfants finissaient par partir les uns derri\u00e8re les autres, moi, je restais l\u00e0, plant\u00e9e dans un \u00e9tat second \u00e0 ne pas pouvoir me d\u00e9tacher de toutes ces lumi\u00e8res magiques, le nez aimant\u00e9 \u00e0 la vitrine.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais tant de d\u00e9sespoir devant cette grande baie que mon c\u0153ur bouscul\u00e9 me faisait tr\u00e8s mal. J\u2019avais le regard d\u2019une enfant frustr\u00e9e, triste. Je r\u00eavais devant tous ces \u00e9clats de lumi\u00e8re et de jouets que je pensais n\u2019avoir jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>Le froid s\u2019installait, la nuit \u00e9tait l\u00e0, il me fallait rentrer. Je n\u2019ai rien oubli\u00e9, mes souvenirs sont intacts, il y a de cela plus de 70&nbsp;ans. C\u2019est hier encore\u2009!<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais r\u00e9clam\u00e9 pour No\u00ebl une poup\u00e9e. C\u2019\u00e9tait une poup\u00e9e en chiffon, tr\u00e8s laide, elle avait le visage en carton bouilli, des cheveux cr\u00e9pus de laine. Cette fameuse chiffonnette a \u00e9t\u00e9 le seul cadeau de tous les No\u00ebls. Je voulais un petit lit, on me donna une cagette et des torchons en guise de drap. Des jouets uniques et simples\u2009!<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019amusais plus ais\u00e9ment dans la nature qu\u2019\u00e0 la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Des ann\u00e9es plus tard, aux Puces de Saint-Ouen \u00e0 Paris, je me suis fait plaisir en achetant la poup\u00e9e de mes r\u00eaves, celle dont j\u2019avais r\u00eav\u00e9 des ann\u00e9es durant devant les vitrines de No\u00ebl de Montbard. J\u2019\u00e9tais redevenue quelques instants une petite fille joyeuse, une enfant radieuse.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Mes r\u00eaves d\u2019enfant<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8rement, lorsque l\u2019on est enfant on nous pose toujours cette question&nbsp;: \u00ab\u2009Que veux-tu faire comme m\u00e9tier quand tu seras grande\u2009?\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on est coinc\u00e9 dans une vie qui ne nous appartient pas, environn\u00e9 de mis\u00e8re et de tristesse, le r\u00eave est ce qu\u2019il nous reste.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais, c\u2019est vrai subjugu\u00e9e par la danse classique. J\u2019aurais aim\u00e9 \u00eatre danseuse, petit rat d\u2019op\u00e9ra, porter de jolis tutus bleus ou roses, des robes en dentelle, une couronne de princesse. Je me voyais sur les planches d\u2019un th\u00e9\u00e2tre, le rideau s\u2019ouvrait sur un monde que je ne voyais pas et je dansais, je tournais en faisant des pointes. J\u2019\u00e9tais heureuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup plus tard j\u2019appr\u00e9ciais le patinage artistique et je regarde encore chaque comp\u00e9tition \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant encore et demain, mon r\u00eave serait de voyager au-del\u00e0 de la sph\u00e8re terrestre et c\u00f4toyer les \u00e9toiles, ce monde aux yeux de tous, mais inaccessible, magique.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le r\u00eave de vivre plus d\u2019un si\u00e8cle, avoir la joie de d\u00e9couvrir d\u2019o\u00f9 nous venons, comprendre l\u2019Univers, la science myst\u00e9rieuse, la naissance de toute vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Savoir lorsque les \u00eatres humains poseront le pied sur d\u2019autres plan\u00e8tes, enfin savoir si les formes de vie extraterrestres existent vraiment, mais l\u00e0 j\u2019y crois fortement.<\/p>\n\n\n\n<p>Souvent on me reprochait d\u2019\u00eatre \u00e9tourdie, d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 la t\u00eate dans les \u00e9toiles.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019\u00e9vadais et je m\u2019\u00e9vade encore beaucoup dans l\u2019imaginaire. Je suis une \u00e9ternelle r\u00eaveuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi changer alors que mes r\u00eaves, mes sensations m\u2019ont s\u00fbrement apais\u00e9e en me faisant avancer dans la vie de tous les jours\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>La magie de mes souvenirs est \u00e9ternelle o\u00f9 tant de choses en ouvrant une fen\u00eatre sont apparues. M\u00eame l\u2019\u00e9clat du soleil sur les monts herbeux me fait vaciller dans le pass\u00e9, si loin, si proche que j\u2019en oublie mes derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><a>Nature enchanteresse au fil des saisons<\/a><\/h1>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/rebelle-ed.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2735\"\/><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>Printemps fugace<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait une nouvelle saison qui commen\u00e7ait. Aux abords des chemins, violettes et p\u00e2querettes se dressaient fi\u00e8rement, fragiles sur leurs tiges d\u00e9licates, \u00e9cartant les feuilles mortes des tapis de mousse encore gorg\u00e9s d\u2019humidit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Des parterres de fleurs naissaient \u00e0 profusion, des violettes aux parfums sublimes et volatiles se r\u00e9pandaient autour de moi. Des p\u00e2querettes aux c\u0153urs d\u2019or, des pissenlits mordor\u00e9s au milieu de multiples jeunes pousses d\u2019herbes verdoyantes. Je m\u2019asseyais sur ce tapis color\u00e9 en r\u00eavant devant ce tableau aux mille facettes que seul un peintre pourrait \u00e9taler sur sa toile.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout en cueillant un bouquet de ces fr\u00eales fleurs sauvages, un violent orage retentit et me fit courir toute mouill\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la maison en esp\u00e9rant ne pas me faire gronder. La vie nous prend \u00e0 ses pi\u00e8ges, il n\u2019y a rien d\u2019autre \u00e0 faire que de la respecter\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Je profitais intens\u00e9ment de ces grands moments de solitude, j\u2019\u00e9coutais le vent, regardais le ciel, j\u2019\u00e9tais \u00e9mue et restais la r\u00eaveuse. Partout o\u00f9 j\u2019allais, je me cherchais le creux d\u2019un buisson, d\u2019autres fois le creux d\u2019un rocher o\u00f9 je me r\u00e9fugiais, bien cach\u00e9e au plus profond des bois. Je m\u2019\u00e9tendais sur la mousse et j\u2019\u00e9coutais le murmure du feuillage. Au milieu de tous ces bosquets touffus, la beaut\u00e9 de ces endroits vivants m\u2019apaisait.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>L\u2019\u00e9t\u00e9 de lumi\u00e8re<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Mon bonheur en \u00e9t\u00e9, lorsque les champs venaient d\u2019\u00eatre moissonn\u00e9s, les \u00e9pis de bl\u00e9 coup\u00e9s, j\u2019allais glaner quelques graines rest\u00e9es sur le sol, sous le soleil d\u00e9clinant du soir. Les champs perdaient leurs manteaux dor\u00e9s\u2009; mon regard se noyait dans cette immensit\u00e9 lumineuse d\u00e9croissante jusqu\u2019au bout de l\u2019horizon. Je portais \u00e0 ma bouche une poign\u00e9e de ces graines pour m\u00e2cher comme un chewing-gum, je ne sentais aucun go\u00fbt de cette p\u00e2te, que je finissais par avaler.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019envisageais pas un seul instant d\u2019abandonner cette atmosph\u00e8re si favorable \u00e0 mon imagination. Ma petite vie dehors \u00e9tait tranquille, j\u2019\u00e9tais libre de mes mouvements. Tous les jours je d\u00e9couvrais de nouveaux endroits. J\u2019allais me cacher dans les hautes herbes o\u00f9 je me fabriquais un bouquet de coquelicots et marguerites que je rapportais fi\u00e8rement \u00e0 ma m\u00e8re. Il y avait aussi des \u0153illets sauvages tr\u00e8s rares, des petits herbiers que l\u2019on appelait des herbes \u00e0 poux.<\/p>\n\n\n\n<p>Je regardais le ciel bleu, allong\u00e9 au milieu de toute cette verdure, le vent fr\u00e9missait \u00e0 mes oreilles. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de moi les grillons chantaient, je ne bougeais pas, de peur de les d\u00e9ranger, de ne plus entendre leur m\u00e9lodie. Je pouvais rester l\u00e0 des heures, \u00e0 ne pas faire le moindre mouvement. J\u2019\u00e9tais comme un oiseau, \u00e9pris de libert\u00e9, volant de mes propres ailes. Quand la maladie ne me clouait pas au lit, je courais dans la nature si fra\u00eeche, si envo\u00fbtante, si belle qu\u2019elle me transportait dans des r\u00eaves un peu fous.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019air \u00e9tait vivifiant, moins pollu\u00e9 qu\u2019aujourd\u2019hui. Je n\u2019\u00e9tais heureuse que dans ces moments-l\u00e0. Je continuais de poursuivre mes aventures par des chemins de terre craquel\u00e9e, bord\u00e9e d\u2019\u00e9pineux \u00e9glantiers aux fleurs simples.<\/p>\n\n\n\n<p>Je partais aussi loin que possible de la maison et de toutes les habitations. Je me r\u00e9fugiais pr\u00e8s d\u2019un ruisseau au bord duquel d\u2019innombrables branches de saules se laissaient bercer au gr\u00e9 du vent, en accord avec le clapotement de vaguelettes cristallines. Je m\u2019amusais \u00e0 jeter quelques brindilles de bois qui couraient \u00e0 toute allure se cognant sur de grosses pierres polies que ce ruisseau caressait.<\/p>\n\n\n\n<p>Je les suivais du regard, mais parfois je courais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 pour conna\u00eetre leurs destinations, bien vite je m\u2019arr\u00eatais, car je manquais de souffle. Libellules et papillons aux ailes fragiles venaient se rafra\u00eechir ou s\u2019accoupler, se posant d\u00e9licatement sur quelques gouttes de ros\u00e9e, m\u2019offrant un beau spectacle. J\u2019\u00e9tais heureuse devant tant de magie.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-dessus de ma t\u00eate, les oiseaux s\u2019envolaient \u00e0 tir d\u2019ailes. Je restais sans voix, plongeant mon regard sur cette beaut\u00e9 qui m\u2019enveloppait. Je n\u2019\u00e9tais pas seule, la vie grouillait autour de moi. Puis je sortais de mes songes\u2009; la notion du temps n\u2019est pas faite pour une enfant, il se faisait tard. Alors, bien vite il me fallait partir. Je rentrais \u00e0 la maison en sachant que bient\u00f4t je reviendrais.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>L\u2019automne g\u00e9n\u00e9reux<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019aimais me d\u00e9guiser avec ce que la nature m\u2019offrait. Je me fabriquais des bandes en feuilles de noisetiers reli\u00e9es les unes aux autres par de petites aiguilles en bois secs, accroch\u00e9es \u00e0 une ceinture de verdure. Une jupe, une couronne dans les cheveux, des bracelets aux bras ainsi qu\u2019aux chevilles, le tout confectionn\u00e9 de la m\u00eame fa\u00e7on. J\u2019\u00e9tais par\u00e9e de verdure puis dans un \u00e9lan, je virevoltais avec dans mes mains de gros colliers de marrons.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de mes balades, je me laissais \u00e0 vivre mes heures de libert\u00e9. Dans ce havre de paix, je ressentais un plaisir fou \u00e0 me laisser porter par l\u2019\u00e9motion qui m\u2019\u00e9treignait chaque fois, l\u00e0 o\u00f9 je me trouvais si pr\u00e8s du ciel pr\u00eate \u00e0 m\u2019envoler dans le vent. Je sentais cette \u00e9nergie couler en moi, elle me fortifiait telle une source jaillissant de la terre. L\u2019osmose avec la nature me permettait simplement de rester vivante, j\u2019\u00e9tais prisonni\u00e8re des petits bonheurs que j\u2019\u00e9tais la seule \u00e0 conna\u00eetre et cela m\u2019enivrait.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a>L\u2019hiver blanc<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019hiver s\u2019installait pour une longue p\u00e9riode de froid et de gel. Sit\u00f4t sortie du lit je me pressais \u00e0 la fen\u00eatre tirer un coin du rideau pour savoir s\u2019il \u00e9tait tomb\u00e9 de la neige. J\u2019\u00e9tais joyeuse, lorsqu\u2019\u00e0 mon regard d\u2019\u00e9tendait sur les pentes douces de mes prairies, un tapis blanc inond\u00e9 d\u2019un soleil lumineux. Je me pressais de d\u00e9jeuner et je m\u2019habillais chaudement pour profiter au maximum d\u2019\u00eatre dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les gamins des cit\u00e9s avaient leur luge, moi compris, c\u2019\u00e9tait sacr\u00e9\u2009! Ils \u00e9taient plusieurs fr\u00e8res et s\u0153urs de la m\u00eame famille. Je n\u2019ai jamais connu de disputes, pas de d\u00e9saccords. Nous montions \u00e0 deux ou trois sur la luge, le poids faisait que la descente \u00e9tait plus rapide en \u00e9vitant les obstacles sur la piste gel\u00e9e o\u00f9 je me fabriquais de superbes glissades. De temps en temps je perdais l\u2019\u00e9quilibre et tombais lourdement, mais aussit\u00f4t debout, je recommen\u00e7ais. Le soir je restais tard sous les lampadaires allum\u00e9s. Je n\u2019avais surtout pas envie de rentrer. Les copains et copines \u00e9taient depuis longtemps au chaud, alors que moi je d\u00e9valais la colline \u00e0 toute vitesse jusqu\u2019\u00e0 ce que ma m\u00e8re me dise de venir manger ma soupe.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis toujours demand\u00e9 pourquoi elle me laissait si tard dans la nuit, le froid, le brouillard, que faisait-elle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais fragile et ne mettais pas longtemps \u00e0 tomber malade. Le lendemain je me sentais fi\u00e9vreuse, je baissais les yeux larmoyants et n\u2019osais pas regarder ma m\u00e8re. Alors elle me disait \u00ab\u2009pourquoi tu ne me regardes pas, tu es malade\u2009?\u2009\u00bb Je lui cachais mon \u00e9tat fi\u00e9vreux, car je ne voulais pas me retrouver clou\u00e9e au lit encore pour des semaines. C\u2019\u00e9tait une p\u00e9riode de ma maladie difficile \u00e0 supporter aussi bien pour ma m\u00e8re que pour moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussit\u00f4t gu\u00e9rie je repartais dans la neige sur les pistes glac\u00e9es, attendre le signal pour rentrer, o\u00f9 la chaleur d\u2019une vieille cuisini\u00e8re blanche au bois de charbon d\u00e9gourdissait mes petites mains rougies par le froid hivernal.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la plaque en acier poli, une bouilloire chantonnait doucement donnant un air d\u2019une monotonie oisive d\u2019une soir\u00e9e d\u2019hiver. Le temps \u00e9tait venu de souper, aller au lit, tout en r\u00eavant de ma journ\u00e9e pass\u00e9e. Ma m\u00e8re se levait la premi\u00e8re allumer le feu. Dans les chambres il faisait tr\u00e8s froid, pas de chauffage\u2009; alors le soir dans ma couche, une bouillotte r\u00e9chauffait mes draps.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me cachais sous mon gros \u00e9dredon de plumes et de duvet. Au milieu du mois de d\u00e9cembre, ma m\u00e8re m\u2019envoyait dans la for\u00eat faire de petits fagots de brindilles, ramasser des \u00e9corces de pin, de pommes de pin, et des \u00e9corces de sapin pour allumer la cuisini\u00e8re le matin.<\/p>\n\n\n\n<p>Je partais tranquille sous un ciel gris, plomb\u00e9, avec ma remorque et quelques sacs de jute que je devais remplir et ramener \u00e0 la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9e sur place, je regardais \u00e0 gauche, \u00e0 droite, c\u2019\u00e9tait une sorte d\u2019amusement dans cet environnement silencieux, o\u00f9 aucun son n\u2019\u00e9tait perceptible, pas m\u00eame le froissement d\u2019ailes de petits volatiles.<\/p>\n\n\n\n<p>La peur je l\u2019oubliai tant qu\u2019il faisait jour. Je me construisais une sorte d\u2019abri, o\u00f9 je me mettais \u00e0 couvert du vent et de la pluie. Cet abri fait de branches de sapin d\u00e9gageait une forte odeur de for\u00eat humide, de champignons cach\u00e9s par de petites t\u00e2ches de mousse vert olive. L\u2019air, la pluie, les essences de r\u00e9sine me tournaient la t\u00eate. Le vent froid du nord \u00e9tait glacial, sous l\u2019effort de l\u2019air, les arbres tout nus se lamentaient d\u2019avoir perdu leurs feuilles par milliers sur la terre d\u00e9tremp\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me rappelle avoir port\u00e9 un \u00e9norme bonnet bleu marine enfonc\u00e9 sur le cr\u00e2ne que ma m\u00e8re me tricotait les pieds dans le four de la cuisini\u00e8re pour se les r\u00e9chauffer. Je perdais souvent les couvre-t\u00eate alors ma m\u00e8re m\u2019envoyait souvent \u00e0 la mairie de Montbard demander aux secr\u00e9taires si on leur avait apport\u00e9 des bonnets perdus, mais je n\u2019en ai retrouv\u00e9 aucun. Autour de mon cou s\u2019enroulait un gros cache-col, j\u2019\u00e9tais bien prot\u00e9g\u00e9e des vents temp\u00e9tueux.<\/p>\n\n\n\n<p>Les heures s\u2019\u00e9coulaient dans une atmosph\u00e8re paisible et tranquille, alors pourquoi partir, quitter ce lieu o\u00f9 ma vie avait un sens\u2009? Puis ma m\u00e8re ne me voyant pas rentrer se trouva inqui\u00e8te et vint \u00e0 ma rencontre\u2009; sachant l\u2019endroit o\u00f9 elle m\u2019avait indiqu\u00e9 d\u2019aller.<\/p>\n\n\n\n<p>De tr\u00e8s loin j\u2019aper\u00e7us sa silhouette, mon c\u0153ur se figea, la r\u00e9alit\u00e9 m\u2019apparaissait\u2009? Elle ne m\u2019a s\u00fbrement pas grond\u00e9 \u00e0 tort. Puis ayant oubli\u00e9 de ramasser des feuilles mortes de peuplier pour couvrir le peu de t\u00eates de salades qu\u2019il restait pour l\u2019hiver dans le jardin, j\u2019ai eu droit \u00e0 quelques \u00e9clats de voix me disant que je ne pensais qu\u2019\u00e0 m\u2019amuser. C\u2019\u00e9tait la v\u00e9rit\u00e9. Lorsque je pense en \u00e9crivant \u00e0 mes p\u00e9rip\u00e9ties, le danger \u00e0 mes yeux n\u2019existait pas.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/illus-droits-auteur-N-1024x760-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2376\" width=\"73\" height=\"54\"\/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La sauvageonne, La nature m&rsquo;a sauv\u00e9e Un r\u00e9cit autobiographique dans lequel Jacqueline d\u00e9voile les mis\u00e8res de son enfance et de son adolescence. 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