{"id":30,"date":"2012-11-09T18:13:33","date_gmt":"2012-11-09T16:13:33","guid":{"rendered":"http:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr2012\/11\/09\/couverture-biographie-un-siecle-sur-ma-terre\/"},"modified":"2012-11-09T18:13:33","modified_gmt":"2012-11-09T16:13:33","slug":"biographie-un-siecle-sur-ma-terre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/?p=30","title":{"rendered":"biographie \u00ab\u00a0Un si\u00e8cle sur Ma terre\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: left;\" align=\"center\">\u00a0\u00a0\u00bb Un si\u00e8cle sur ma terre\u00a0\u00bb<\/h1>\n<p>La biographie de Rachel, centenaire<\/p>\n<p align=\"left\"><a href=\"http:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/couv-MORIN-copie.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-1059\" src=\"http:\/\/ecrire-coach.biographe-valeriejean.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/couv-MORIN-copie-208x300.jpeg\" alt=\"ma terre\" width=\"208\" height=\"300\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"left\">\u00a0Une <a href=\"http:\/\/www.biographe-valeriejean.fr\/ecrivain-biographe-85\/ecrire-sa-biographie.html\">biographie<\/a> r\u00e9alis\u00e9e sur la base de 18 heures de travail, entretiens sur d\u00e9placements et visites des lieux de m\u00e9moires.<\/p>\n<p align=\"left\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\">L&rsquo;h\u00e9ro\u00efne et auteur, centenaire nous fait parcourir le si\u00e8cle dans son quotidien rural, remontant avec une m\u00e9moire prodigieuse le temps. Par des anecdotes pr\u00e9cieuses, elle partage avec nous tout l&rsquo;art de vivre des gens de la terre.<\/p>\n<p align=\"left\"><strong>EXTRAIT DU LIVRE \u00ab\u00a0MA TERRE\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/strong><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La ferme de la P, au jour de ma naissance \u00e9tait\u00a0 en exploitation mais son origine est sans doute, une ancienne chapelle o\u00f9 subsistent encore des fragments de fresques du XII \u00e8me si\u00e8cle.<\/em><br \/>\n<em>J\u2019ai donc f\u00eat\u00e9 mes quatre-vingt-dix-neuf printemps il y a peu. Je me rends compte que j\u2019ai beaucoup \u00e0 dire sur ce si\u00e8cle que j\u2019ai travers\u00e9. Ainsi, aujourd\u2019hui, je suis pr\u00eate \u00e0 vous raconter mon histoire<\/em>.<br \/>\n<em>Ma m\u00e8re enceinte,,\u00a0 partait travailler, <em>comme d\u2019habitude, <\/em>le matin et revenait des champs le soir, et ce jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa grossesse. Nous les enfants, on ne remarquait rien d\u2019anormal et puis on \u00e9tait tout entier absorb\u00e9 par nos jeux.<\/em><br \/>\n<em> Mon fr\u00e8re en grandissant a commenc\u00e9 \u00e0 avoir des soup\u00e7ons mais sans vraiment comprendre le fin mot de l\u2019histoire.<\/em><br \/>\n<em>A l\u2019\u00e9cole, on entendait \u00ab il y a une petite s\u0153ur ou il y a un petit fr\u00e8re \u00bb mais on n\u2019en faisait pas plus de cas. On savait juste que la naissance d\u2019un enfant annon\u00e7ait un bapt\u00eame et que ce jour l\u00e0 nous aurions des bonbons alors on \u00e9tait content.<\/em><br \/>\n<em>Il fallait baptiser les b\u00e9b\u00e9s avant trois jours car dans la tradition catholique \u00ab L\u2019enfant qui meurt sans Bapt\u00eame se voit ferm\u00e9e \u00e0 tout jamais la porte du ciel. \u00bb<\/em><br \/>\n&#8230;<br \/>\n<em>Avant la guerre, beaucoup de femmes portaient des bonnets avec des fonds de dentelle. Elles portaient ces coiffes ouvrag\u00e9es surtout pour aller \u00e0 la foire et \u00e0 la messe. En 1920, la mode des chapeaux est apparue et maman s\u2019en est achet\u00e9 un mais ce n\u2019\u00e9tait pas exceptionnel car il n\u2019y avait plus que les vieilles femmes pour porter le bonnet.<\/em><br \/>\n&#8230;<br \/>\n<em>J\u2019\u00e9tais donc tr\u00e8s jeune au moment de la premi\u00e8re guerre.<\/em><br \/>\n<em>Les hommes sont partis et pendant plus de trois semaines ma m\u00e8re est rest\u00e9e sans nouvelle. On \u00e9tait l\u00e0, \u00e0 attendre, jusqu\u2019au jour o\u00f9 on recevait un petit bout de papier et puis de nouveau plus rien. <\/em><br \/>\n<em>Plus tard quand le front s\u2019est stabilis\u00e9, on a su la destination de leur r\u00e9giment et on a pu alors avoir plus facilement des nouvelles.<\/em><br \/>\n<em>Pendant ce temps l\u00e0, \u00e0 la ferme le travail ne manquait pas. On cherchait \u00e0 employer des ouvriers mais la majorit\u00e9 des hommes \u00e9taient partis et c\u2019\u00e9tait difficile de trouver des bras capables d\u2019assurer les travaux de la ferme.<\/em><br \/>\n<em>Un jour, une pauvre jeune fille, mobilis\u00e9e pour ramasser nuit et jour le lait, est pass\u00e9e \u00e0 la ferme. Maman lui a parl\u00e9 :<\/em><br \/>\n<em>&#8211; \u00ab Tu ne voudrais pas venir travailler chez nous ? \u00bb. <\/em><br \/>\n<em>&#8211; \u00ab Oh ben je demanderais que \u00e7a \u00bb a-t-elle r\u00e9pondu. <\/em><br \/>\n<em>C\u2019\u00e9tait M, la servante qui est rest\u00e9e vivre avec nous pendant toute la dur\u00e9e de la guerre et m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 son mariage.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le soir, avant d\u2019aller dormir, Maman et M partaient voir les b\u00eates aux \u00e9curies avec la lampe temp\u00eate. L\u2019\u00e9lectricit\u00e9 n\u2019avait pas encore illumin\u00e9 nos campagnes, et les femmes sortaient par n\u2019importe quel temps.<\/em><br \/>\n<em>Pendant l\u2019absence des maris, elles ont d\u00fb souvent remplacer les hommes et entreprendre leur labeur.<\/em><br \/>\n<em> Papa est rest\u00e9 trois ann\u00e9es \u00e0 la guerre mais du fait qu\u2019il \u00e9tait p\u00e8re de cinq enfants, il a pu rentrer d\u00e8s 1917.<\/em><br \/>\n<em> Quelle \u00e9motion quand il est revenu, je le revois habill\u00e9 en militaire, avec sa moustache qui s\u2019\u00e9largit dans un grand sourire en nous voyant : on \u00e9tait heureux.<\/em><br \/>\n<em> Maman avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venue de son retour mais elle ne connaissait\u00a0 ni le jour, ni l\u2019heure exacts de son arriv\u00e9e.<\/em><br \/>\n<em>Ce soir l\u00e0, Charlotte et moi on jouait \u00e0 la marelle dans la cour. Il a contourn\u00e9 l\u2019entr\u00e9e principale de la ferme en arrivant par les champs car il voulait ne pas se faire voir pour cr\u00e9er la surprise.<\/em><br \/>\n<em> On s\u2019est jet\u00e9 dans ses bras en riant mais il nous a fait \u00ab chut ! \u00bb car il voulait surprendre maman tandis qu\u2019elle pr\u00e9parait \u00e0 manger dans la cuisine Et ce fut les joyeuses retrouvailles.<\/em><br \/>\n<em>C\u2019\u00e9tait une grande chance d\u2019\u00eatre \u00e0 nouveau r\u00e9unis, ce qui ne f\u00fbt malheureusement pas le cas des familles dont les soixante-neuf hommes ne sont jamais revenus dans le village de C.<\/em> <em>Au d\u00e9but papa \u00e9tait sur le front, il faisait la guerre dans les tranch\u00e9es, l\u2019enfer terrible des tranch\u00e9es pendant l&rsquo;hiver\u2026 Les hommes avaient les pieds dans l\u2019eau, ils cherchaient des rondins de bois pour monter leurs pieds. <\/em><br \/>\n<em>Mais dans son malheur d\u2019\u00eatre l\u00e0-bas, il a eu la chance de ne pas participer aux op\u00e9rations d\u2019attaque. Cela faisait beaucoup de morts ces combats. <\/em><br \/>\n<em>Mais rester dans les tranch\u00e9es c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 survivre. Entre le froid, la maladie, les gaz et les tirs d\u2019artillerie, le miracle de vivre se regagnait chaque jour.<\/em><br \/>\n<em>Malgr\u00e9 sa joie d\u2019\u00eatre revenu, mon p\u00e8re est rest\u00e9 marqu\u00e9 par la mis\u00e8re de la guerre. Tout le monde parlait de ses enfants partis. Il y avait tellement de jeunes qui partaient et ne revenaient jamais. Quand les hommes sont rentr\u00e9s ils en ont encore parl\u00e9 pendant longtemps, tr\u00e8s longtemps.<\/em><br \/>\n<em> Ma g\u00e9n\u00e9ration a grandi en entendant parler de la guerre tout le temps car tout le village ne parlait que des morts qui ne revenaient pas, des hommes bless\u00e9s et traumatis\u00e9s \u00e0 vie, des ruines des fermes qui ne s\u2019en sortaient pas.<\/em><br \/>\n<em>On a grandi dans le malheur de la guerre.<\/em><br \/>\n&#8230;<br \/>\n<em>On connaissait bien les chemins, on vadrouillait dans la campagne ou dans des lieux improvis\u00e9s comme la carri\u00e8re qui nous servait de terrain de jeux sauf que souvent on y rencontrait des vip\u00e8res. Moi je n\u2019aimais pas cela.<\/em><br \/>\n<em>Une ann\u00e9e, les choux se perdaient. Les fermiers les ont mis dans la carri\u00e8re pour qu&rsquo;ils s\u00e8chent durant l\u2019\u00e9t\u00e9 et en septembre les fermiers ont mis le feu aux choux dess\u00e9ch\u00e9s qui se sont enflamm\u00e9s sans probl\u00e8me. On n\u2019a plus jamais vu de vip\u00e8res dans la carri\u00e8re.<\/em><br \/>\n<em>Une autre fois sur un chemin qu\u2019on empruntait r\u00e9guli\u00e8rement, il y avait une grosse couleuvre. Papa n\u2019arrivait jamais \u00e0 l\u2019attraper cette sale b\u00eate. Il a fini par l\u2019avoir avec son fusil.<\/em><br \/>\n<em>Quand on vit comme nous dans une ferme, on est habitu\u00e9 \u00e0 c\u00f4toyer toutes sortes d\u2019animaux depuis notre plus jeune \u00e2ge. Bien s\u00fbr j\u2019avais du rejet pour certains comme le rat mais je n\u2019avais pas peur.<\/em><br \/>\n&#8230;<br \/>\n<em>C\u2019est arriv\u00e9 pendant des hivers rigoureux que les professeurs nous renvoient chez nous avant l\u2019heure parce que la neige commen\u00e7ait \u00e0 tomber. C\u2019est qu\u2019on marchait trois kilom\u00e8tres dans les chemins pour rentrer.<\/em><br \/>\n<em> Un jour, il neigeait tellement qu\u2019on n\u2019a pas pu quitter l\u2019\u00e9cole toutes seules. Mes parents ont envoy\u00e9 un domestique pour nous ramener. J\u2019\u00e9tais si petite que l\u2019homme m\u2019a pris sur ses \u00e9paules pendant qu\u2019il aidait ma s\u0153ur \u00e0 marcher dans la neige.<\/em><br \/>\n<em>Quand on \u00e9tait petit on avait des galoches. Celles qu\u2019on portait pour la messe avaient le bout vernis. Apr\u00e8s on a eu des sabots plats avec un chausson, c\u2019\u00e9tait plus confortable parce qu\u2019il n\u2019y avait pas la tige comme dans les galoches. <\/em><br \/>\n<em>Plus tard on a eu des souliers pour aller \u00e0 la messe.<\/em><br \/>\n&#8230;<br \/>\n<em>A No\u00ebl, maman pr\u00e9parait un repas un peu plus copieux mais on ne faisait pas de d\u00e9coration comme aujourd\u2019hui. <\/em><br \/>\n<em>Il n\u2019y avait m\u00eame pas de sapin. On mettait sa galoche \u00e0 la chemin\u00e9e et le lendemain on trouvait une orange dans notre chaussure. On la mangeait tout doucement, en la d\u00e9gustant. Apr\u00e8s on gardait la peau dans notre poche pour sentir l\u2019orange le plus longtemps possible. On buvait aussi du vin chaud.<\/em><br \/>\n<em>Quelquefois on venait me chercher pour chanter \u00e0 la cr\u00e8che de l\u2019\u00e9cole : \u00ab Depuis plus de quatre mille ans.. \u00bb. J\u2019en connais tellement de chansons qu\u2019on n\u2019aurait pas assez de temps pour toutes les \u00e9crire !<\/em><br \/>\n&#8230;<br \/>\n<em>Que ce soit en \u00e9t\u00e9 ou en hiver on partait faire la lessive \u00e0 la rivi\u00e8re ou dans les trous d\u2019eau aux alentours. L\u2019\u00e9t\u00e9, on en profitait pour se tremper en retroussant nos jupes. On faisait bien attention de ne pas tomber car on ne savait pas nager.<\/em><br \/>\n<em> L\u2019hiver, on allait au plus pr\u00e8s parce que c\u2019\u00e9tait p\u00e9nible quand il faisait froid de garder les mains dans l\u2019eau glac\u00e9e. A cette p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e, l\u2019eau du T inondait toute la terre et on pataugeait dans la boue.<\/em><br \/>\n<em>Chaque commune avait soit un lavoir soit une \u00e9tendue d\u2019eau. Cela d\u00e9pendait de la s\u00e8cheresse de la saison d\u2019\u00e9t\u00e9. Dans la ferme du P, il y avait toujours de l\u2019eau.<\/em><br \/>\n&#8230;<br \/>\n<em>Nous faisions des veill\u00e9es. <\/em><br \/>\n<em>On partait vers sept heures les uns chez les autres, on s\u2019amusait \u00e0 chanter, danser, jouer et apr\u00e8s le caf\u00e9 on rentrait le plus souvent dans le noir avec la lampe temp\u00eate qui ne s\u2019\u00e9teignait jamais, m\u00eame par grand vent. On connaissait les chemins et malgr\u00e9 l\u2019obscurit\u00e9 on savait par o\u00f9 passer.<\/em><br \/>\n<em>Pour le r\u00e9veillon, le boulanger nous pr\u00e9parait des pains, on se retrouvait pour boire ensemble un caf\u00e9 au lait bien chaud. On devait se pr\u00eater des bols parce qu\u2019on \u00e9tait une douzaine et dans les fermes il n\u2019y en avait pas pour autant de monde.<\/em><br \/>\n<em>Dans le village, les pigeons \u00e7a roucoulait !<\/em><br \/>\n&#8230;<\/p>\n<p align=\"left\"><!--more--><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"font-size: x-small;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/2.0\/fr\/\" rel=\"license\"><img decoding=\"async\" style=\"border-width: 0;\" src=\"http:\/\/i.creativecommons.org\/l\/by-nc-nd\/2.0\/fr\/88x31.png\" alt=\"Licence Creative Commons\" \/><\/a><br \/>\nCe(tte) \u0153uvre est mise \u00e0 disposition selon les termes de la <a href=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/2.0\/fr\/\" rel=\"license\">Licence Creative Commons Attribution &#8211; Pas d\u2019Utilisation Commerciale &#8211; Pas de Modification 2.0 France<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00a0\u00bb Un si\u00e8cle sur ma terre\u00a0\u00bb La biographie de Rachel, centenaire \u00a0Une biographie r\u00e9alis\u00e9e sur la base de 18 heures de travail, entretiens sur d\u00e9placements et visites des lieux de m\u00e9moires. 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