le gois, noirmoutier

Biographie « De Nicole à Manic »

Le livre « de Nicole à Manic »

le gois, noirmoutier

Une biographie réalisée à partir d’un cahier de 200 pages manuscrites dont le texte a été reformulé, et mis en page.
Un récit vivant d’une jeune femme qui par des anecdotes sympathiques nous montrent l’évolution de la société, des années 1930 jusqu’aux années 1975. Une fresque qui traverse notre siècle, racontée sur un ton enjoué.

EXTRAITS DE LA BIOGRAPHIE « De Nicole à Manic »

Chapitre sur l’éducation religieuse

Avant la communion, nous devions, pendant deux ans, fréquenter assidument le catéchisme. Les cours avaient lieu les mardis, jeudis et samedis à huit heures le matin, en plus de notre scolarité, bien sûr. En chemin, je rencontrais  les garçons de la communale qui souvent m’interpellaient par : « La Boulangère, t’as apporté ton pain ? » ce que je n’aimais pas du tout.
Le catéchisme  ne se passait pas dans notre école, mais dans une petite chapelle de la cour de la cathédrale. Nous étions, garçons et filles du même âge, tenus d’apprendre par cœur les réponses à des questions tirées d’un petit livre, équivalent à un livre de poche, sur Dieu, Jésus, la Bible etc…
Le dimanche nous étions obligés d’aller à la messe. Il fallait signer un carton qui attestait de notre présence. Maman nous accompagnait à la messe de 11H30.
Nous devions avoir la tête couverte à l’école et à l’église. Selon la mode de l’époque, la modiste nous avait confectionné un chapeau en forme  de « pot de fleurs », rouge ou bordeaux ! Pour l’école, c’était moins chic, nous avions une calotte semblable à la « kipa » des juifs qui disparaissait dans nos poches dès que nous étions loin de l’établissement. Le port des chaussettes ou des bas était une autre obligation. La mode dans les années trente était plutôt aux socquettes des sportives. Pendant la guerre, à cause des restrictions, les socquettes furent admises si bien que nous avons passé tous les hivers les jambes nues ! C’était très intelligent ! Enfin, il était interdit de se tutoyer, principe qu’il nous était impossible d’accepter, surtout entre bonnes copines et que nous transgressions régulièrement. Cela nous valait un mauvais point à chaque fois mais heureusement certaines profs faisaient la sourde oreille !

Nos robes de communion étaient portées pour de nombreuses cérémonies. Cela commençait par la messe du dimanche, tôt le matin ; puis pour les vêpres, office des prières de l’après-midi,  pour lesquelles mères et  grand-mères  se dévouaient après que tout le monde ait bien mangé et bien bu. Mais ce n’était pas fini ! Le lendemain, c’était  la confirmation et son défilé interminable de communiants qui devaient, chacun leur tour, saluer  l’évêque. Meaux étant le siège de l’Evêché, tous les paroissiens environnants ralliaient  l’évènement.
Enfin, nous sortions nos robes pour les processions auxquelles nous assistions depuis notre plus tendre enfance. Pour l’occasion, la couturière nous confectionnait tous les ans de jolies robes en organdi rose, bleu ou blanc. Quel folklore ! Pourtant nous aimions cette fête particulièrement jolie et nous n’aurions pas voulu la manquer.
Cela se passait dans le jardin des Augustines, une communauté de  religieuses. Une statue de la Vierge ou du sacré cœur, selon la fête qu’on célébrait, était promenée par un prêtre, suivi des  bonnes sœurs et des fillettes avec une couronne de fleurs en tissu sur la tête et des garçonnets habillés de vêtements couleur tendre ; puis les communiants et enfin «  les enfants de Marie », jeunes filles vêtues de bleu et blanc, avec un voile sur la tête. Elles se consacraient  au culte de la Vierge mais ne prononçant pas de vœux, elles restaient dans la vie civile.
En cadeau, je reçus : une montre en or, un sous main en cuir et un onglier en ivoire. Alors qu’est-ce que c’est que cet objet ?
C’est un petit portique conçu pour recevoir des petits ustensiles de manucure ! Autant dire un objet qui ne servait à rien et  qui trônait sur la coiffeuse de notre chambre tout aussi inutile ! Mais on était contente! Les privations n’étant pas encore trop fortes au début de la guerre, on était gâtée.

L’école

Avec ma soeur et mon frère, nous fréquentions  la même école religieuse dont une des entrées étaient proche de la maison de nos grands-parents.Ce n’était pas une école traditionnelle, avec de grands bâtiments abritant plusieurs classes mais un ensemble de maisons bourgeoises du quartier ancien entourant la cathédrale. Une rue séparait la maison des petits des autres classes.
Les classe étaient mixes jusqu’en 5ème. Comme nous étions peu nombreux, les classes se partageaient deux niveaux : 11ème et 10ème, 9ème et  8ème, 7ème et  6ème.
J’ai peu de souvenirs de l’école primaire. J’avais cinq ans et demi quand j’ai pris le chemin de l’école pour commencer ma onzième, l’équivalent du Cours préparatoire aujourd’hui. Il n’y avait pas de maternelle, nous apprenions donc la lecture et l’écriture dès notre arrivée pour finir notre scolarité à 16 ans en  1ère Bac.
Nos jeux dans la cour  c’était,  l’hiver, le ballon et l’été, les osselets à l’ombre des grands arbres. La marelle et la corde à sauter accompagnée de comptines d’usage faisaient également partie du répertoire de nos distractions. « La maison » était un jeu de ballon : il fallait courir entre des buts sans se faire toucher par le ballon.
Notre scolarité était rythmée de distributions de prix et de fêtes de fin d’année. Je me souviens de celle où je montai sur scène, je devais avoir cinq ou six ans, pour interpréter « la cigale et la fourmi. ». Je me revois  tancer  la cigale de mon air autoritaire pour donner ma réplique : « Et bien dansez maintenant. » Ce doit être une des seules distributions de prix à laquelle j’assistais car souvent nous partions en vacances dès le 1er juillet alors que les vacances ne commençaient que le 14 juillet.

En classe de 6ème, je commençai l’allemand et le latin. Autant j’ai apprécié la langue de Goëthe et la littérature germanique, autant j’ai tout de suite détesté le latin que j’ai du apprendre jusqu’au Bac ! J’aimais l’algèbre et la géométrie. Résoudre les problèmes était comme un jeu pour moi !  J’apprenais bien les théorèmes nécessaires pour s’en sortir.
Je trouvais que l’histoire et la géographie étaient des matières intéressantes mais j’étudiais peu les leçons préférant me consacrer aux devoirs. Quant au français, j’appréciais la littérature mais dès qu’il s’agissait de rendre un devoir, je séchai devant ma plage blanche, incapable d’écrire. C’était une corvée pour moi et je reportais le travail de jours en jours. Nous avions beaucoup de travail à faire à la maison. Si nous étions consciencieuses, cela nous occupait tous les jours avant et après le dîner ainsi que le jeudi toute la journée. Chaque semaine,  il nous fallait rendre: une dissertation et une analyse de textes en français, des exercices de mathématiques tous les soirs, deux versions allemandes, deux versions latines et deux thèmes de chacune de ces langues. A tout cela s’ajoutait les leçons à apprendre. Nous étions très occupées et devions êtres studieuses pour nous en sortir.

Le grand jeu à la mode était « la balle aux prisonniers.» Les meilleures joueuses formaient des équipes et une journée était consacrée au championnat. Ce jour là, c’était congé !  Au printemps, nous partions à pied faire le grand pique-nique annuel sur un terrain que l’école possédait dans un village au dessus de Meaux. S’il faisait mauvais temps, nous restions manger dans les classes.
Pendant la durée de la guerre, nous sommes passés des cours de 6ème à la 3ème et parties du groupe des bonnes élèves nous avons à celui   se situant dans la moyenne. Nous étions désormais chez les grandes, dans les classes de l’autre côté de la rue. Nos récréations n’étaient plus aux jeux mais aux bavardages de jeunes filles.
A la fin de mes années collège, j’assistais aux remises des prix. C’était l’occasion pour les élèves de monter un spectacle comme pour la Sainte Catherine. Je crois que c’est en quatrième que j’obtins un des rôles principaux dans une pièce intitulée « l’enfant du Cid. » Pour Noël, les élèves faisaient une crèche vivante et une année, Francine et moi  nous fûmes les anges entourant le petit Jésus !

Pour la rentrée des classes, j’attaquais la première et cela ne rigolait pas !
Nous étions une douzaine d’élèves qui nous entendions très bien. Cela peut paraître peu pour aujourd’hui mais c’était une classe importante pour notre institution. Je commençais à me dévergonder. On chahutait aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’école en jouant les fofolles comme toutes les filles adolescentes qui font tout pour se faire remarquer. Malgré tout, nous étions surveillées.
Un jour, nous avions tiré sur les sonnettes le long du boulevard Jean Rose. En punition,  nous avons du  recopier des textes, extraits de nos livres de classe,  pendant le jeudi, notre journée sans école.
De temps en temps, j’étais appelée chez la directrice pour une bêtise quelconque comme celle d’attacher deux filles ensembles par la ceinture de leur tablier pendant la messe, à la chapelle… Je pleurais un coup et tout s’arrangeait !

La jeunesse d’après guerre

Le cercle de mes connaissances s’agrandit et je commençai à sortir avec M. Son père travaillant dans le trafic des surplus américains, c’était lui qui nous trimballait en jeep quand nous sortions hors de Meaux.Comme dans toutes les villes de monde, nous déambulions dans l’artère principale de Meaux : la rue Saint Nicolas. Nous faisions des allers-retours jusqu’à  tomber sur des garçons avec qui nous partagions  la causette et les blagues. A chaque sortie du lycée, on descendait jusqu’au cinéma sachant les retrouver là. Si bien que tous les jours à midi j’arrivais en retard pour déjeuner et tous les jours papa m’engueulait ! On organisait des boums les uns chez les autres.

On s’apprenait à danser mais les garçons ne savaient que le slow ou le boogie. Ils apportaient chacun leur bouteille ce qui donnait au final un mélange d’alcool détonnant, de marques plus ou moins bonnes : vin blanc, vin rouge, cognac, le whisky n’étant pas encore à la mode. Les filles préparaient une salade de fruit. L’ambiance était au flirt mais moi, j’avais du mal à m’y mettre, si bien que l’alcool aidant, je finissais la nuit en pleurs !

Le mois de juin arriva et l’examen du bac aussi. Avant 1968, il se passait en deux parties. Pour les  épreuves en première,  nous devions présenter à l’écrit et à l’oral la plupart des matières : Maths, français, 1ère langue et latin ou 2ème langue. L’histoire, la géographie, les sciences physiques et la chimie n’étaient évaluées qu’à l’oral. En terminale, il y avait trois filières : Philosophie, Mathématiques élémentaires et sciences expérimentales, chacune sanctionnée par deux examens : écrit et oral. Il fallait être reçu à l’écrit pour ensuite passer l’oral et les notes ne s’additionnaient pas. Le grand jour arriva.

Une surprise m’attendait ! Les épreuves étaient reculées d’une semaine car les sujets avaient été divulgués. La fuite venait de l’imprimerie nationale. Je rentrai donc chez Hélène et regagnai Meaux le soir même. J’ai su le lendemain qu’un monôme s’était organisé au lycée si bien que la semaine suivante je me suis dépêchée de rejoindre les autres.

Mais qu’est ce qu’un monôme ?

C’était une manifestation étudiante organisée en  cortège, sans banderole ou revendication,  pour faire le chahut et la rigolade. Loin de nous toute idée politique, ce n’était pas à la mode bien que des heurts entre les groupes d’extrême droite et les communistes éclataient régulièrement dans le quartier Saint Michel. Ferdinand Lop,  un doux dingue, provoquait aussi quelques rassemblements autour de ses idées incongrues. Il se présentait à toutes les élections présidentielles avec un programme loufoque comme la prolongation de la rade de Brest jusqu’à Montmartre et celle du boulevard Saint-Michel jusqu’à la mer ou l’installation de Paris à la campagne pour que les habitants profitent de l’air pur ou encore la suppression du wagon de queue du métro !

Mais en ce qui nous concerne, nous attachions nos encriers au bout d’une baguette et d’une ficelle, qui servaient parfois de projectiles. Les gens nous regardaient passer et se faisaient mettre en boîte.

Pour la plupart d’entre nous, nous n’avions pas réussi et il fallait repasser en octobre. Ce ne fût pas mieux et nous avons redoublé. J’avais eu 4 puis 4,5 en latin aussi mes parents décidèrent que je remplace cette matière par de l’anglais. Je devais rattraper le programme de deuxième langue grâce à des cours particuliers mais il y avait trois ans à rattraper. Mon professeur était une vieille fille, crachouillant les « the ». J ‘ai encore en mémoire « The daffodils » de « Worworth »

Des ces merveilleuses années d’après guerre, je me souviens surtout des sorties plutôt que des études. Les boums dont j’ai déjà parlé mais aussi des bals de société comme on les appelait à l’époque. Chaque association organisait des soirées dansantes. Les plus chics étaient celles de la Croix rouge, du Tennis Club et du Cercle de voile. Pendant ces bals, à l’hôtel « La Sirène » de Meaux, les parents dansaient dans un coin et nous dans le nôtre. Ce n’était pas guindé comme on aurait pu s’y attendre et nous nous amusions bien.

peinture à l'huile campagne Peinture à l’huile de l’auteur Nicole B

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