Archives de catégorie : Biographies et livres réalisées

Bus en coulisses

Le livre « Bus en coulisses » avec Jamel Kabli

Livre bus en coulisses-valerie Jean biographe

J’ai accompagné Jamel à la réécriture et la structuration de son récit, à la réalisation de la maquette de son livre et à son impression. Une belle collaboration sur un texte qui était déjà assez bien écrit et surtout intéressant, montrant les facettes du  métier de conducteur-receveur et du système des sociétés de transport à grande échelle.

Extrait du livre « bus en coulisses »

 Les conditions de travail et la liberté d’expression du salarié au sein de l’entreprise

 

Aujourd’hui, les conditions de travail deviennent de plus en plus difficiles pour les conducteurs qui tentent alors le passage en force pour se faire entendre, d’autant qu’on leur demande de moins en moins leur avis pour l’amélioration des conditions de travail.

Pour un conducteur, la liberté d’expression est absente, c’est ce qui fait « verrou », qui bloque le dialogue dans l’entreprise et qui pose problème.

Une éventuelle grève permettrait de se manifester mais seuls les élus syndicaux décident pour les salariés et malheureusement ils sont de mèche avec la Direction.

Pour la mascarade que représentent les négociations annuelles obligatoires (NAO), l’employeur oublie le mot négociation. Ainsi, lors des réunions du comité d’entreprise, il est impossible de parler des réels problèmes pour les salariés pendant que la minorité agissante (élus du comité) s’exprime pour les autres. C’est un peu comme une secte où les idées doivent être respectées sans discuter.

Et si l’on s’oppose à ces idées et donc à ce réseau, constitué du syndicat et de la Direction marchant ensemble, les sanctions peuvent alors tomber.

J’ai été, comme beaucoup d’autres, sanctionné pour avoir décelé le manège perfide de ce groupe d’individu.

Avec un groupe de collègue, on s’est exprimé concernant la manipulation de ce réseau et sans surprise les sanctions sont tombées très rapidement.

On m’a interdit de m’exprimer et intimé de rester discret. J’ai également écopé de plusieurs jours de mise à pied avec à la clé une baisse de salaire. C’est la meilleure manière pour un employeur de faire taire un salarié trop bavard.

Pour résumer, un groupe restreint de personnes parlent au nom des autres (syndicats, employés de bureau…) et elles font pression sur le conducteur afin qu’il se soumette. Ainsi, par cette loi du silence, le règlement intérieur est respecté.

Pour conclure, il n’y a pas d’autre choix que transgresser les règles du dialogue traditionnel de l’entreprise. Si je l’avais respecté, je ne me serais pas exprimé lors des réunions face à ces réseaux où rien n’est dit. J’ai fait le choix de mettre le doigt là où cela fait mal en m’opposant par des raisonnements argumentés avec des preuves à l’appui.

 

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Ma vie en 360

Le livre  « Ma vie en 360 « 

livre autobiographiqueMarcel Boutreau nous raconte avec une énergie sobre son parcours professionnel au moment des trente glorieuses et des immenses chantiers des années 1970 en passant par le récit de ses anecdotes pendant la première guerre mondiale alors qu’il n’était qu’un adolescent.

Je me suis beaucoup amusé à corriger et structurer le texte de Francis qui nous apporte de la légèreté à chacune de ses pages.

Pourquoi 360 ?

Et bien la couverture l’explique en partie mais pas que!

Il se trouve que Francis a beaucoup voyagé sur des Airbus 360…

EXTRAITS du livre

Le début d’une vie tranquille

Depuis mon plus jeune âge, on m’appelait le petit Marcel.

À 6 ans, comme tous les enfants, je suis entré en 6e, à la grande école comme on l’appelait à cette époque. Ce fut alors l’apprentissage de la lecture, du calcul, de la morale, de la géographie, de la science, de la récitation et de la terrible dictée où il fallait éviter de faire des fautes.

Tous les soirs de la semaine, je rentrais vers 16h30 pour goûter puis je faisais devoirs et leçons sauf les jeudis et samedis après-midi où je n’avais pas classe.

Le jeudi matin était réservé au catéchisme et à la messe dans une paroisse distante de plus d’un kilomètre de la maison. En fin de matinée, ma journée se poursuivait à faire de l’herbe pour la cinquantaine de lapins qui étaient à l’abri dans une annexe mitoyenne de notre maison, en compagnie des poules. L’après-midi, je rejoignais le patronage dont s’occupaient les abbés pour jouer au football. Je devais également participer à l’arrosage de notre jardin potager qui s’étalait sur 500 m2, et ce depuis notre réservoir.

Mon père travaillait dans une société qui possédait de nombreuses succursales. Son rôle consistait à compter les résultats des feuilles d’inventaires. Il était capable d’additionner deux colonnes de chiffres simultanément.

Je me rappelle qu’en 1936, des grèves éclatèrent. Cela entraîna des conflits entre patrons et syndicats qui défendaient les droits des salariés : le pouvoir d’achat et l’obtention des fameux congés payés. À la débauche le soir, il y avait des émeutes entre les grévistes qui voulaient faire aboutir les revendications et les autres qui craignaient de perdre leur emploi. Cela dura plus de trois semaines et enfin ils obtinrent une augmentation de salaire et quinze jours de congés payés.

Je me souviens bien de ces évènements, car notre maison se trouvait entre les entrepôts de ces deux sociétés, et je voyais qu’il y avait de la bagarre à la sortie des bureaux midi et soir.

En 1937, mon père m’avait emmené à l’exposition internationale des arts et des techniques qui se tenait à Paris. J’ai encore la vision du premier poste de télévision installé sur une grande table avec derrière des tas de lampes branchées pour alimenter l’image!

Pendant les grandes vacances scolaires, je passais de quinze jours à trois semaines chez ma marraine. Son mari, mon oncle était apiculteur. Il avait une dizaine de ruchers et 400 ruches. Souvent, je l’accompagnais pour les visiter, les contrôler, voir la reine, donner du sucre quand c’était nécessaire, retirer des cadres de la ruche pour les ramener à la maison. Nous procédions alors à la désoperculation de la surface afin de récupérer le miel. Pour ce faire, après avoir passé les cadres dans la centrifugeuse pour que le miel se dépose sur la paroi de la cuve. Celle-ci était percée d’un robinet permettant au miel de s’écouler. Puis il fallait passer le miel dans un filtre de nettoyage avant sa mise en pot.

De temps en temps, mon oncle jouait aux échecs et je regardais la partie, observant les mouvements des différentes pièces. Au bout d’un certain temps, j’ai compris et à mon tour, j’ai su jouer. Plus tard, cela m’a permis de me faire un copain avec qui j’ai partagé de nombreuses parties.

Il est resté un ami que je revoyais à l’occasion, qui est même venu assister à mon mariage.

 

Les années ont passé jusqu’en 1939. Cette année là, au moment de la déclaration de la guerre, je me suis retrouvé, en colonie de vacances dans le Jura, à côté de Baume les Dames, près de la frontière allemande et de la Suisse. Au lever, nous faisions d’abord la toilette que suivait le petit déjeuner; nous enchaînions avec des activités sportives et des promenades à travers la campagne jusqu’au repas de midi. Une sieste obligatoire continuait le programme avant de jouir d’un temps libre jusqu’au goûter. L’après-midi se poursuivait par des jeux collectifs avant de se rassembler de nouveau pour un brin de toilette préalable au dîner.

Désormais, le calme de la colonie s’estompait pour laisser place à la guerre.

De là où nous étions, nous entendions au loin le grondement des canons. La guerre était proche et les responsables de la colonie ne savaient pas s’il fallait passer en Suisse ou s’il était préférable de nous renvoyer dans nos foyers. Cela dépendait de l’avancée des troupes allemandes. Finalement, huit jours plus tard, après avoir reçu plus d’informations, des cars sont arrivés pour nous rapatrier dans nos foyers. Cela fut un grand soulagement pour nous tous, parents et enfants, car on avait peur après avoir entendu parler des atrocités faites par les Allemands.

Après un voyage sans histoire, j’ai retrouvé ma famille et j’ai raconté mes journées passées à la colonie.

La guerre entre dans nos vies

Le 3 septembre 1939, la France et l’Angleterre entrent en guerre : c’est la mobilisation générale et le rappel des réservistes comme mon père, qui, en tant que sous-officier, fut appelé à Metz. Nous sommes restés sans ressource pendant une dizaine de mois avant de vivre ce que l’on appela la débâcle….

Mon père fut démobilisé comme soutien de famille et, comme beaucoup de Français du Nord et de l’Est, nous avons dû fuir nos maisons, les combats étant très proches. Dans un premier temps, nous avons rejoint en camion la banlieue parisienne, pour loger chez des cousins. Mais cette pause fut de très courte durée, car l’avancée rapide des troupes allemandes nous obligea à évacuer par la route, vers le sud, avec seulement une brouette pour transporter les valises et mes deux sœurs âgées de 3 et 6 ans. Quant à mon frère et moi, nous avons marché jusqu’à Orléans, tout en évitant le feu des mitrailleuses des avions allemands…

Enfin, nous avons réussi à prendre le train pour Bordeaux. Mais nous n’étions pas sauvés pour autant, subissant toujours la mitraille allemande, le train s’arrêtait régulièrement pour voir s’il y avait des blessés; puis à la gare d’Angoulême, nous avons subi un bombardement avant de changer de train pour repartir. Nous nous rendions à Cherve de Cognac, petit village à proximité de la ville de Cognac, où ma mère avait une soeur.

 

Mes parents ont trouvé à se loger dans une petite maison avec mes soeurs et mon frère tandis que moi je suis allé habiter chez ma marraine avec mes cousins. Quatre jours après notre arrivée, nous nous sommes cachés dans les bois pour voir arriver les soldats allemands dans les camions et leurs automitrailleuses… Ils ont été très corrects avec les habitants et comme j’étais un petit garçon curieux, j’ai fraternisé avec eux. Ils étaient de repos plusieurs jours au village et j’étais tous les jours parmi eux, leur préparant leur café.

Une semaine plus tard, des camions de ravitaillement les ont rejoints. Je les observais tandis qu’ils déchargeaient les cartons des camions quand un soldat m’a donné un gros colis: c’était cinq kilogrammes de chocolat ! J’ai couru pour rapporter le précieux paquet chez moi… Vous pensez si ma famille était heureuse ! Quelques jours après, les soldats allemands sont repartis vers Bordeaux.

Triste retour à Reims

Mon père ayant trouvé du travail comme bûcheron, je l’ai accompagné dans les bois pour élaguer les branches des troncs d’arbre afin d’en faire des stères de bois de chauffage d’une longueur de 1m. Dans ces bois, j’avais peur car il y avait souvent des vipères.

Notre exil a duré jusqu’a la mi-octobre puis nous avons pris le chemin du retour vers Reims et en deux jours nous étions revenus dans notre maison. Nous avons découvert que la maison avait été visitée. On nous avait volé nos poules et nos lapins. Le jardin était dans un triste état, des mauvaises herbes ayant envahi le potager, qu’il fallut arracher pour récupérer les légumes poussés dessous. Les fruits étaient restés sur les arbres sans être cueillis. Malgré tout, aux alentours nous avons rattrapé quelques poules et lapins pour reconstituer le poulailler et le clapier. À 1km de la maison, nous avions une parcelle de terre cultivable dont il fallait vérifier l’état… Mais pour y aller il a fallu que mon père fasse des démarches auprès de la Komandantur afin d’obtenir des papiers pour chacun des membres de la famille, pour pouvoir circuler dans notre propre ville !

Mon père a réussi à trouver du travail pour lui et mon grand-frère[1]. C’était dans une entreprise de fabrication de paillons, un emballage de paille servant à la protection des bouteilles. Malheureusement au milieu de l’année 41, l’usine a cessé son activité mais mon père a réussi à retrouver un poste dans une société de cinema qui possédait trois salles de spectacle dans notre ville.

Entre temps, j’avais fait ma communion. Mon père avait invité une partie de la famille à un repas mais il eut beaucoup de mal à trouver la nourriture pour les vingt convives que nous étions.

Ce jour là, je reçus en cadeau la pièce de ma marraine et le reste de l’argent qu’on m’avait donné servit à mon père pour payer le repas. Cela m’amène à vous raconter une autre anecdote sur l’argent détourné!

Un jour de mai 1942, nous sommes partis avec mon père ramasser du muguet pour le vendre place de l’église…Mon père a placé l’argent récolté à la caisse d’épargne…et en 1958, je me suis présenté pour retirer le magot…il ne restait que 12 centimes ! Tout cela à cause de la dévaluation du franc voulu par le général de Gaulle !

Un cinéma comme univers

Mon père était adjoint de direction du cinéma. C’est lui qui était en charge de la comptabilité et qui organisait le planning de travail des ouvreuses. Grâce à ce poste, nous avons déménagé dans un appartement dans un des cinémas, situé au 2e étage, à côté de la cabine de projection. C’est ainsi que je me suis souvent trouvé avec les opérateurs dans la cabine. Cela me permettait d’observer le montage des projecteurs, la mise en place des bobines de film et la préparation de chaque chambre pour avoir la lumière nécessaire à la projection: elle était produite par une lanterne comportant une lampe à arc, alimentée en courant continu par des électrodes qui étaient en charbon; elles se consumaient au fur et à mesure et le projectionniste devait régler la position des charbons plusieurs fois durant la projection et les changer fréquemment.

Il fallait charger chaque projecteur avec une bobine de 500 m environ, du haut vers le bas en passant par des galets crantés, en laissant des boucles pour ne pas raidir le film et éviter que ça casse.

La durée d’un film dépassait la durée d’une seule bobine, c’est pourquoi il y avait deux projecteurs dans la cabine. Le projectionniste devait alors, sans interrompre la séance, faire le changement de bobine en passant sur le deuxième projecteur. Pour cela, il surveillait l’image à l’écran où apparaissait un repère qui indiquait impérativement l’ordre de mettre en route le projecteur n° 2 et d’arrêter le n°1. Après quoi, on pouvait déposer la bobine, la rembobiner à l’endroit pour une projection suivante, dans un autre cinéma.

Après plusieurs mois de présence dans la cabine, le soir ou le dimanche, j’ai fini par remplacer, plusieurs fois, un des opérateurs quand il était absent ou en congé. À cette époque, je voulais en faire mon métier. Le patron savait que je remplaçais un opérateur manquant et il m’avait donné le feu vert pour que je puisse en devenir un moi-même, à condition que je sois électricien. À partir de cet instant, j’ai décidé d’apprendre le métier d’électricien.

Nous étions en 1943, je me suis inscrit aux cours du soir en section électricité et trois fois par semaine entre 18 et 20 h, j’assistais au cours; comme l’École primaire était mitoyenne avec l’École professionnelle, le samedi matin, je faisais le mur pour assister aux cours et faire les travaux pratiques. Cela a duré quelque temps avant que notre famille déménage à cause de travaux importants dans la salle de cinéma. Nous sommes partis à l’autre bout de la ville. J’ai donc arrêté mes cours, mais j’ai continué à apprendre avec quelques livres.

Les vaches maigres

Pendant cette période, se nourrir était devenu difficile, nous étions soumis à la pénurie alimentaire. Le centre de secours distribuait les tickets de rationnement pour lesquels on faisait la queue. Ils étaient marqués d’un A pour adulte, d’un J2 pour les moins de 13 ans et J3 pour les adolescents jusqu’à 21 ans. Nous avions réussi à avoir du lait chez un laitier qui se trouvait dans le centre-ville à environ 3km de la maison. Au jardin, avec le peu de semence que nous avions trouvé, nous avions récolté des navets, des rutabagas, des topinambours, un peu de pommes de terre, quelques carottes, poireaux et céleris.

C’était vraiment une période de vaches maigres, le temps du marché noir où chacun essayait de se débrouiller pour trouver à manger. C’est ainsi qu’il a fallu que j’aide ma famille à trouver à se nourrir et trois fois par semaine, je partais en vélo dans les fermes de la campagne rémoise à environ 50km. Je trouvais des pommes de terre, du blé à moudre pour avoir de la farine, des oeufs, etc. Je filais dès le matin pour revenir dans l’après-midi voire le soir. Je me souviens qu’une fois, j’étais parti avec des tickets de ravitaillement qui ne valaient rien dans la Marne, mais avec lesquels, dans l’Aisne, je pouvais obtenir 3 kg de sucre! Je me suis retrouvé à côté de Soissons dans une sucrerie. Sur la route du retour me trouvant dans un convoi de camions allemands, je me suis fait mitrailler par des avions anglais, j’ai plongé dans le fossé pour me mettre à l’abri. Le temps perdu fit que je ne pouvais plus rentrer sur Reims à cause du couvre-feu. J’ai envoyé un télégramme à mes parents pour les prévenir que je couchais dans une grange pour la nuit. Je suis donc rentré le lendemain vers 9h avec mes 3kg de sucre!

Pour aller au ravitaillement, j’avais un vieux vélo avec roue libre, sans dérailleur. Les pneus étaient en très mauvais état, usés dont les chambres à air étaient pleines de rustines! C’est avec ce vélo que j’ai eu pas mal d’ennuis…car je ne sais pas combien de fois j’ai dû démonter le tout pour réparer. À cette époque, nous ne pouvions pas acheter de matériel, il fallait en justifier le besoin, même avec les tickets de rationnement. Et de toute façon, il n’y avait plus de pièce chez le marchand de vélos. Certaines fois, j’ai été obligé de remplacer la chambre à air par de l’herbe bien bourrée dans le pneu pour continuer à rouler!

 

Une fois, toujours pour aller au ravitaillement, j’ai crevé ma roue arrière. J’ai pu réparer sur le bas coté de la route grâce à mon petit sac de matériel avec à l’intérieur démonte-pneu, rustines et de la dissolution: j’ai retiré la roue – heureusement en ce temps-là il y avait des papillons pour serrer la roue – j’ai démonté le pneu pour accéder à la chambre à air et j’ai collé ma rustine… Puis je suis reparti avec mon vélo et mon chargement. Malheureusement, 10 km plus loin je suis tombé sur des gendarmes qui contrôlaient les sacs à cause du marché noir. Ils m’ont pris tout ce que j’avais: de la farine et des oeufs, je suis reparti ce jour-là chez moi sans rien.

À la suite de quoi, j’ai recherché, chez les garagistes, des roulements à billes pour me faire un chariot. Il s’agissait de deux roulements de 12 cm de diamètre pour l’arrière et de deux autres de 8 cm pour l’avant, d’une planche de 50 x 80 cm et de deux tasseaux en bois pour les roulements.

Sans mon vélo, je prenais le train avec mon chariot. Une fois, j’ai pu trouver des pommes de terre que j’avais mises dans une taie d’oreiller qui faisait office de sac, j’ai rapporté le tout à la gare avec mon chariot. Mais au moment de mettre le tout dans le wagon, la taie s’est crevée et les pommes se sont répandues par terre… Heureusement, le train a attendu que je ramasse le tout. J’ai dû faire des pieds et des mains pour ramener mon chargement.

Presque chaque nuit, nous vivions une alerte, car les bombardiers passaient au-dessus de notre ville pour aller bombarder les villes d’Allemagne. Aussitôt que la sirène nous réveillait, il fallait se lever, s’habiller, descendre dans la rue et courir se mettre à l’abri dans le troisième sous-sol de la cave d’une grande maison de champagne qui se trouvait au moins à 1km de notre habitation.

Une fois, en pleine nuit, après avoir entendu l’alerte, nous étions en train de rejoindre la rue; arrivés au bord du trottoir, prêts à courir vers la grande maison, une formidable explosion nous a soufflés jusqu’au fond du couloir. Trente secondes plus tard, je ne serai plus là pour vous le raconter… Une bombe a explosé dans le milieu de la rue à 50 m de notre habitation provoquant un souffle énorme doublé d’un gros nuage de poussière. Sonnés, nous sommes sortis pour rejoindre la cave, en pleine nuit et sans lumière. Il a fallu passer sur le tas de terre le long du mur de la maison pour ne pas tomber dans le trou béant qu’avait laissé l’explosion, rempli d’eau, car la canalisation était éclatée. Tout le monde a réussi à passer sur le côté sauf mon frère qui a glissé du tas de terre pour se retrouver dans le trou avec de l’eau jusqu’au cou. Nous l’avons tiré de là avant de nous mettre à l’abri pour le reste de la nuit.

Nous avons donc vécu sous la domination allemande avec toutes ces contraintes et j’ai dû aller au ravitaillement jusqu’à la libération, ce qui bien sûr m’a fait rater l’école au moins deux fois par semaine. Cela ne me plaisait pas, mais je faisais mon devoir pour ma famille. Notre école étant fermée, j’ai pu reprendre mes études dans une autre école ouverte provisoirement à 2 km de la maison.

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Je te hais et je t’aime

Le livre « je te hais et je t’aime
Je te hais et je t'aimeUn récit autobiographique de Francis  avec qui j’ai eu le plaisir de collaborer pour éditer son livre.

EXTRAIT DU LIVRE

PRÉAMBULE

Il me faut parler, me vider de ce qui m’oppresse, me vide. Poser des mots sur ce malaise, comprendre ce qui m’afflige, et l’éloigner pour que je puisse vivre libre, sans douleur, sans souffrance, pour ma famille.

Sans crier gare, un burn-out m’a terrassé et depuis je remplis le vide qui a envahi mon coeur.

Ce livre est la trace de ce cheminement.

Merci à mes amours de m’avoir permis, grâce à leur soutien indéfectible, d’écrire ces lignes.

FACE À SOI MÊME

Sortir de la dépression… Aujourd’hui, des personnes guérissent-elles totalement de cette terrible maladie, ce fléau ?

Il paraît que le bur-nout et la dépression touchent un grand nombre de gens. Ce serait principalement dû à l’accélération de notre mode de vie où tout va toujours plus vite, et à la pression qu’exerce au quotidien, le stress lié à nos conditions de travail…Je vais m’aider de ce qui a été écrit à ce sujet pour mieux éclairer mon propos.

Le burn-out (ou épuisement professionnel) est nécessairement lié au travail. Dans la dépression, le travail n’est pas la cause première, mais peut être un facteur aggravant. De plus, en cas de burn-out, la personne atteinte est toujours en situation de stress chronique, tandis que c’est le cas 1 fois sur  2 pour la dépression.

Les vieux démons se réveillent

Aujourd’hui, j’ai 53 ans. Les déboires du début de ma vie m’ont rattrapé 30 ans après. Est-ce mon destin ? Dois-je faire ou ne pas faire ce qui est écrit ?

Mes vieux démons étaient bien cachés en moi. Ils n’attendaient plus que le détonateur pour allumer la mèche.

Retour sur ma descente aux enfers.

Le 22 octobre 2015 à 16 h, en voiture, rentrant du travail, à quelques kilomètres de mon domicile, après une réunion avec mon supérieur hiérarchique, la pensée de jeter mon véhicule contre un arbre me traversa. Sans doute un trop plein de stress m’avait envahi au point de vouloir en finir avec la vie…

Après cela, j’ai paniqué car ce genre de comportement ne me ressemblait pas du tout et pour moi se suicider était une lâcheté. Mais voilà c’est arrivé, alors que jusque là, le stress faisait partie de mon quotidien professionnel, mais le bon stress, celui qui dynamise.

Aujourd’hui ces nouvelles angoisses appartiennent au jeune homme que je fus mais que je n’étais plus… Sans doute la surcharge de travail d’autant que je n’étais plus du tout en phase avec mon supérieur hiérarchique. Je ne pouvais pas m’expliquer avec lui, mais simplement le subir… Sans que je comprenne pourquoi si ce n’est son regard qui me rappelait un regard de haine, le regard d’une personne qui voulait mettre fin à mes jours, un regard qui me faisait comprendre qu’il n’y avait pas de retour possible. Voilà comment je me suis retrouvé de l’autre côté de la barrière, le plus simplement du monde.

C’est à ce moment-là que la descente aux enfers a commencé. Je n’ai rien vu venir, c’est une autre personne qui avait pris le contrôle de mon moi, de ma vie. Forcément, il y avait contradiction.

Horrifié, j’en parlai le soir même à ma femme. Elle a tout de suite compris. Elle avait déjà remarqué que depuis quelque temps une nervosité anormale m’animait, m’avouant qu’elle était démunie, impuissante face à ce qui m’arrivait, ne sachant que faire. Me connaissant, elle savait que je pouvais être capable de tout. Je n’étais plus l’acteur de ma vie, une doublure m’avait pris ma vie.

Je ne me comprenais pas, j’étais épouvanté.

Ensuite, cela a rapidement dégénéré, je me suis retrouvé très vite hospitalisé, On me diagnostiqua une dépression professionnelle sévère, le fameux burn-out.

Depuis le début des années 1990, la fréquence des problèmes de santé psychologique au travail augmente de façon alarmante. Cela inclut l’épuisement professionnel, la dépression, le stress post-traumatique, les troubles anxieux, etc.

Le stress chronique sur la santé mentale des travailleurs se manifestent surtout dans les pays industrialisés. Ce phénomène résulterait en bonne partie des transformations rapides opérées dans le monde du travail : globalisation des marchés, compétitivité, développement des technologies de l’information, précarité d’emploi…

Du point de vue biologique, on ne sait pas ce qui mène à l’épuisement professionnel. Tous les travailleurs qui traversent une période d’épuisement sont en situation de stress chronique. Il s’agit donc d’un important facteur de vulnérabilité. La grande majorité a une charge de travail élevée, à laquelle s’ajoutent l’une ou l’autre des sources de tension suivantes.

  • Manque d’autonomie : ne participer à aucune ou à peu de décisions liées à sa tâche.
  • Déséquilibre entre les efforts fournis et la reconnaissance obtenue de la part de l’employeur ou du supérieur immédiat (salaire, estime, respect etc…).
  • Faible soutien social: de la part du supérieur ou des collègues.
  • Communication insuffisante : de la direction aux employés, concernant la vision et l’organisation de l’entreprise.

En plus de ces facteurs, des particularités individuelles entrent en jeu. Par exemple, on ne sait pas très bien pourquoi des personnes vivent plus de stress que d’autres. De plus, certaines attitudes, comme une trop grande importance accordée au travail ou trop de perfectionnisme, sont plus fréquentes chez les individus qui vivent l’épuisement professionnel.

Selon les recherches, il semble que la faible estime de soi soit un facteur déterminant. En outre, certains contextes de vie, comme de lourdes responsabilités familiales ou encore la solitude, peuvent mettre en péril la conciliation travail-vie personnelle.

Peu importe les sources de stress au travail, il se produit alors un déséquilibre entre la pression subie et les ressources (intérieures et extérieures, perçues ou réelles) dont dispose l’individu pour l’affronter.

Voilà quelques explications sommaires pour préciser ce que peut être un burn-out qui mène à une dépression.

Cette tragédie, évolue lentement, jour après jour, année après année s’étalant souvent sur une vie entière car en ce qui concerne cette maladie, il n’y a pas de répit. Vous ne le savez pas encore que, déjà, elle tisse lentement sa toile pour, des années plus tard, vous piéger de façon dévastatrice.

Aujourd’hui l’apaisement

Je veux paisiblement voir vieillir ma femme et être auprès d’elle, être ensemble, unis jusqu’à notre dernier souffle, c’est mon vœu le plus cher. Le meilleur est devant nous.

Dans tous les cas, je suis content de moi, j’ai réussi à écrire cette biographie, non pas que je m’en pensais incapable, non, mais je ne savais pas si je pourrais aller au bout de cette démarche… revivre des doutes, des angoisses, des blessures avec au bout des larmes.

Je l’ai fait pour enfin me retrouver, nous retrouver.

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Petit écoute la nature-Une biographie de Valerie jean

« Petit ecoute la nature » une biographie par Valerie Jean Biographe avec Jean et Yannick

valeriejean BiographeUn témoignage d’amour d’un fils à sa mère disparue trop vite, sans crier gare, et d’un petit fils à son grand-père, un homme qui nous raconte les anecdotes de sa jeunesse, en Algérie.

L’Algérie

biographie valerie jean-Petit-ecoute-la-nature

À partir de 1958, les évènements d’Algérie s’étaient précipités, faisant de Ténès, une zone dangereuse. Nous n’avons donc pas profité de ce petit paradis comme nous l’aurions voulu.

Le 1er janvier 1960, Marthe et les enfants me rejoignirent là-bas avec notre chien.

Très vite, il fut chargé de surveiller les enfants quand ils allaient à l’école. Jeanine et Bernard étaient alors à l’école primaire. Si les enfants traînaient trop en route, il les poussait du museau en direction de la maison pour qu’ils ne s’attardent pas !

Ce chien nous rendit de grands services.  Il était capable d’aller seul chercher le pain ! Je l’envoyais chez le boulanger à 7 heures avec la commande et le cabas…et il revenait avec le tout. Il était très obéissant et laissait les autres clients passer devant lui avant de se présenter à son tour auprès du boulanger !

Un jour, nous avions des invités pour dîner et je l’ai envoyé chercher plus de pain à une heure qui ne correspondait pas à son habitude… Il n’a rien rapporté ! Il a fallu que je retourne chez le boulanger !

Dans les anciens bâtiments de la gare stationnaient une compagnie de gardes mobiles. L’ensemble était entouré de barbelés. Les enfants, devaient être toujours accompagnés dans leurs déplacements y compris pour se rendre à l’école. Je pense qu’ils furent très impressionnés par ces trajets qu’ils effectuaient dans des camions militaires ou des chars, où ils étaient plongés dans le noir…D’ailleurs Jeanine fera des cauchemars bien longtemps après ces évènements.

Un jour, les enfants ne rentrèrent pas tout de suite à la maison, décidant de s’arrêter chez un copain, sans nous prévenir. On s’inquiétait, terrifiés car la situation se dégradant, un petit avait été enlevé peu de temps avant. Dieu merci, ils rentrèrent sans dommage.

Cette période malgré un quotidien terrifiant laissa aux enfants un heureux souvenir grâce à ce chien exceptionnel qui resta durablement dans leur cœur. D’ailleurs, quand elle fut adulte, Jeanine choisit ZAKAR comme mot de passe de son ordinateur…

Bien des années plus tard, un de ses amis, en poste en Kabylie comme professeur de faculté, proposa à Jeannine de venir pour un séjour en Algérie pour revoir Tenès. Elle déclina l’offre selon Marthe qui me confie la parole de Jeanine:  » Pour moi Tenes est un beau souvenir, je veux le garder comme je l’ai vécu…J’aurais peur de l’abîmer si son image avait trop changé. »

Jeanine faisait régulièrement des cauchemars, sans doute, les traces des évènements vécus en Algérie durant son enfance. Elle avait une haine viscérale des armes. Elle avait vu son père dans l’obligation d’en porter quand il avait été contraint de défendre sa famille.

Pendant les alertes la famille allait s’abriter dans un entresol sans fenêtre où, terrorisés, Jeannine et Bernard écoutaient les balles siffler. De ces moments tragiques, elle a gardé une grande claustrophobie et un sommeil parfois chahuté de mauvais rêves.

Mais tout n’a pas été dramatique en Algérie et Jeanine a gardé un esprit de liberté face aux grands espaces qu’elle parcourait avec son père et son grand-père dans les hauteurs de Oms.

Au coeur de la montagne, nous partions en pique-nique où grand-père faisait des grillades cuites aux sarments de vigne dans les lieux autorisés: et oui, ce fut le comble qu’un ancien employé des eaux et forêts déroge à la règle! Elle reçut de son père cet amour des grandes balades dans la nature qu’elle garda toute sa vie.

Epilogue

« Elle était très douce, très calme. Quand elle était petite, elle supportait tout et ne se plaignait pas et ne se rebellait jamais. » Voilà ce que Marthe, sa maman me dit de Jeanine en conclusion de notre entretien.Tandis que Yannick ajoute: « Elle avait le talent de voir la vraie nature des personnes et l’art de s’entendre avec tout le monde, portant une attention particulière à chacun. »

N’est-ce-pas là, le concept d’amour universel ? S’oublier par amour au profit de l’autre…

Puisse ce modeste témoignage de la vie de Jeanine inspirer encore beaucoup d’amour et de compassion qu’elle même mit au service des autres durant son passage, trop court, telle une étoile filante.

Elle éclairera nos vies encore longtemps comme cette rose qui fleurit à chaque printemps.

valeriejean-biographe

 fin des extraits choisis

 Pour des raisons de confidentialité, peu de texte est laissé en lecture publique

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Une vie à Saint-Nicolas de Brem- biographie

Une vie à Saint-Nicolas de Brem

Une biographie réalisée par Béatrix Boujasson en collaboration avec Valérie Jean-Biographe

Biographie-Saint-Nicolas de Brem

EXTRAITS DU LIVRE

 

Le temps des vacances

Mes vraies vacances ont débuté lorsque j’avais neuf ans à la Brardière, un petit village près de l’île d’Olonne où habitaient mes grands-parents. Je retrouvais là-bas, mes deux cousines.

Grand père était forgeron et viticulteur en même temps. C’était un homme très instruit et développant des talents d’artistes. Nous gardons un bon souvenir de lui. C’était un Monsieur très estimé dans son village, tout d’abord comme forgeron mais aussi comme écrivain public car presque tous les habitants du village venaient le trouver pour rédiger leurs courriers. Il avait également le don de bien dessiner. Pour nous il était le patriarche, et nous n’osions pas lui poser trop de questions. Il faut dire qu’en ce temps là les enfants devaient rester à leur place : écouter et ne pas s’immiscer dans les conversations des grands.

Notre journée commençait avec le petit-déjeuner, où l’on appréciait le beurre fabriqué par les soins de grand-mère avec le bon lait des vaches de la ferme, présenté dans un beurrier en bois, travaillé au couteau représentant une vache et des fleurs. Puis de 9 h à 10 h, arrivait le moment fatidique des devoirs de vacances! C’est le moment que nous aimions le moins pendant nos vacances. Grand-père était très à cheval là-dessus. Il s’asseyait à la table en face de nous et nous avions droit pendant 1 heure, chaque matin, à la révision du calcul et du français.

Grand’ mère s’occupait des animaux: trois vaches, des poules, des lapins et pendant notre séjour, pour notre plus grand plaisir, nous l’aidions dans ces taches. C’était une femme très active et également très coquette, se préoccupant de la dernière mode. D’ailleurs, elle avait sans doute su nous initier car pendant notre gardiennage, nous nous occupions à découper des photos des nouvelles robes dans les catalogues de bergères de France – et oui cela existait déjà !
Dans notre imagination, nous étions les petites reines de ce petit royaume où la vie s’écoulait paisiblement, au gré de notre fantaisie.

En face de la maison, il y avait un grand jardin potager ou fruitier, où l’on s’était fabriqué une cabane avec pour plafond des couvertures. Bien entendu, nous avions prévu un coin chambre et un coin cuisine.

Quelques pas plus haut, c’est à dire au milieu du jardin, se trouvaient les toilettes,   un petit cabanon en bois dont la porte se fermait par un crochet. C’était très rustique avec des journaux, découpés en carrés, en guise de papier-toilette…

Après la séance scolaire avec Grand-père, nous partions mettre les vaches à paître dans le marais pour la journée. Pour déjeuner, nous faisions un pique-nique au bord du marais où nous allions pêcher des coques.

Je me souviens de beaux jours d’été, baignés de soleil, où nous jouions à la fermière. On s’amusait bien, même si j’ignore comment nos trois vaches Blanchette, Roussette et Rosette appréciaient leurs filles au pair ! En tous cas elles nous donnaient du fil à retordre pour arriver jusqu’au marais où elles devaient brouter toute la journée. Un jour, le long de la route, elles avaient fait une incursion dans le champ de choux de chez la voisine !

Nous avions entre dix et treize ans,  et assez de malice pour faire des bêtises comme de détacher un bateau – bien entendu sans la permission du propriétaire – afin de faire un tour de rivière.

Le soir, on rapatriait les bêtes vers 17 heures à l’étable pour la traite. Le lait recueilli passait dans l’écrémeuse pour recevoir la crème que j’adorais – et que j’aime toujours- On la fouettait à tout de rôle afin de fabriquer le beurre, celui qu’on dégustait avec plaisir à notre table. Nous n’avions évidemment pas de batteur électrique, ni de réfrigérateur. C’était le puits dans la cour qui faisait office de conservateur d’aliments. On le mettait dans un seau que l’on descendait au ras de l’eau et pour le remonter il n’y avait plus qu’à tirer la corde.

Les taches ménagères se soldaient par la corvée d’eau, car l’eau courante n’existait pas; mais je devrais plutôt parler de plaisir d’aller chercher l’eau à la fontaine et ramener une grande bassine d’eau, qui servirait à tous les usages domestiques y compris pour boire.

Puis arrivait la fin de la semaine, jour du bain. Le samedi matin, il nous fallait aller à la fontaine chercher de l’eau, à 300 m de la maison pour ensuite la laisser chauffer au soleil la journée pour qu’elle soit chaude pour le bain du soir. Nous le prenions alors dans la cour à tour de rôle. Ma cousine avait une superbe chevelure qu’il fallait démêler. Grand-Mère prenait la brosse à chien dent, une méthode radicale!

Grand-mère ne craignait pas de nous emmener faire de la marche à pied! Organiser un pique-nique à la plage en passant par les marais sur 2 km, puis rejoindre la forêt que nous parcourions encore sur 2 autres km avant d’arriver enfin à la mer…sans compter le retour!!!

Le Dimanche, nous partions à pied à l’Ile d’Olonne pour assister à la messe de 10 h pendant que Grand-père partait en vélo. Sur la route on voyait les habitantes de la Salaire et de la Brardière, perchées sur leurs vélos et ce qui nous amusait le plus, c’était qu’elles avaient toutes le manteau relevé et attaché à la taille avec une épingle de sûreté, précaution pour ne pas le tâcher . Elle nous saluaient tout en pédalant, nous criant un « bonjour les filles » qui nous encourageait un peu plus à poursuivre notre chemin.

En arrivant au bourg, nous allions chez la tante, sœur de Grand-père, qui nous donnait un verre de limonade et des petits gâteaux pour la route du retour. Et toujours de notre pied comme aurait dit Grand-Mère!

L’après midi, nous nous reposions au bord de la route, et nous comptions les voitures: huit ou neuf passaient et encore !!! Quelquefois, nous attendions sur le bord du chemin le petit train pour Saint-Martin, aujourd’hui devenu Brem sur Mer. Comme il tardait à arriver, Grand-mère, toujours aussi impatiente, nous lançait:

–  » Allez mes petites filles nous partons de notre pied à travers la ligne. »

Ce qui voulait dire: suivre les rails. Alors là je n’étais pas fière et je regardais sans arrêt derrière moi si le train arrivait ! Finalement, il avait souvent beaucoup de retard car il est arrivé plusieurs fois qu’on arrive en même temps que lui!!!

Pas question donc de se plaindre de la fatigue avec grand-mère mais loin d’être traumatisées, nous étions ravies de ses longues marches vivifiantes et sereines.

Parfois, nous allions aussi chez nos grands-parents pendant les vacances d’hiver, lovés autour de la grande cheminée près de laquelle grand-mère prenait soin de pendre nos chemises de nuit sur un fil avec une épingle afin qu’elles soient chaudes au moment du coucher. C’est à ce moment que nous récitions la prière du soir, entre nos grands-parents. À notre droite, le grand-père, très recueilli car, étant très croyant, la prière était pour lui très importante ; et à notre gauche, la grand-mère qui quelquefois se faisait rappeler à l’ordre par son époux  » Marie pas si vite ». Elle aurait voulu que ce soit fini avant de commencer, étant beaucoup moins pratiquante que son mari.

Ces années furent les meilleures de mon enfance car en 1946 vint le moment de quitter mon village pour partir en pension à La Roche-sur-Yon.

Après cette date, les vacances se résumaient à fêter le nouvel an chez les grands-parents où nous dégustions les anguilles du marais, baignées de sauce de grand-mère dont j’ai perdu la recette! Quel dommage! L’après-midi, je m’éclipsais avec les autres jeunes, laissant les adultes à leurs conversations pour aller souhaiter la bonne année dans le village, notamment aux autres membres de la famille qui étaient ravis de recevoir notre visite. Nous ne repartions jamais les mains vides: bonbons, gâteaux ou petites pièces de 10 centimes ou 20 cts remplissaient nos poches… Aujourd’hui, les grands-parents ne sont plus là, la maison a été vendue et seul le marais reste de cette période tant aimée, terre que je partage avec mon frère et ma soeur.

La communion solennelle

C’était un acte de foi très important pour les Sœurs de la congrégation de Mormaison en Vendée qui dirigeaient l’école privée. Pour moi, le grand jour fut célébré le 12 Mars 1945, j’avais 11 ans. Cela débutait par une retraite de trois jours à l’école où nous écoutions l’Abbé nous expliquer la religion sous toutes les coutures. Ce n’était pas réjouissant mais pendant ce temps on ne faisait pas la classe ce qui ne me déplaisait pas !

Cette année là, nous étions seize communiantes à monter sagement les marches de l’église, revêtues de nos robes de mousseline blanches agrémentées d’une ceinture d’une aumônière et d’un chapelet pendant le long de la robe.

Avec solennité, nous entrions dans l’église, un cierge allumé en main, sous le regard réjouit de nos familles et amis, qui à notre suite nous rejoignaient pour assister à la grand-messe chantée. Puis c’était les retrouvailles avec mes cousines.

La semaine suivante, pour faire plaisir à une autre cousine, sœur carmélite au couvent des Victimes du Sacré cœur à la Roche sur Yon, nous avions

revêtues nos tenues de Communiante pour faire un peu les mannequins -si on peut dire- devant toutes les sœurs réunies de la congrégation, isolées du reste du monde avant de rejoindre la chapelle. À la fin, elles nous avaient remerciées par quelques gâteries. Nos parents nous attendaient au parloir n’ayant pas l’autorisation d’entrer, comme adulte, au couvent.

Cette parenthèse heureuse s’acheva par mon retour à l’école de Saint-Martin de Brem pour un quotidien moins plaisant!

Une escapade à Paris

Il n’était pas question de prendre de vacances, en ce temps là, cela n’était pas les habitudes dans les familles rurales. Par contre, ma chère cousine travaillait dans un bureau à la Roche sur Yon et avait droit à des congés. Elle me proposa de partir à Paris avec sa sœur: le trio était reconstitué  quelle joie !

Mais ce n’était pas gagné: il fallait encore convaincre maman de laisser « Titice », surnom qui m’avait été donné depuis ma naissance, partir à la capitale!

1952, c’était l’année de mes 18 ans, un merveilleux cadeau que ce voyage à Paris. D’autant que la réduction SNCF auquel on avait droit prenait fin dans l’année, autant donc en profiter!

Le départ fut accepté par toute la famille, sachant que nous étions hébergés à notre arrivée par des cousins. Je me souviens que des endives nous avaient été servies pour le dîner, au demeurant fort peu appréciées! En fait, on ne connaissait pas ce nouveau légume, inconnu dans notre Vendée. Les cousins nous donnèrent l’adresse d’un petit hôtel dans le fameux quartier Pigalle…Cela ne nous a pas perturbé!

Le premier jour, sous l’initiative de notre aînée, nous avons étudié le plan du métro pour repérer les sites à visiter. Et le soir même, nous allions voir le spectacle du cirque d’hiver…Je n’ai pas d’autre superlatif que super! Vraiment super!

Pour notre deuxième soirée, direction l’opéra comique où se jouait « Madame Bovary ». En bonne provinciale, sans le savoir, nous sommes entrées par les coulisses! Personne ne nous en tint rigueur et la chance était avec nous car grâce à un désistement de dernière minute, nous avons bénéficié de places au premier rang, dans l’univers feutré et bourgeois des fourrures et des parfums haut de gamme!
Cela ne m’a pas empêché, dès les lumières éteintes, de me déchausser pour profiter pleinement du spectacle sans avoir à souffrir de mes pieds fourbus et enflés d’avoir arpenter les rues parisiennes! Le spectacle enchanteur nous a ravi mais à la fin du spectacle: nous ne trouvions plus mes chaussures! Nous avons été alors prises d’un terrible fou rire même si la situation était inquiétante…Partir dans Paris le soir pied nus était une perspective que je n’envisageais pas! À quatre pattes sous les fauteuils nous avons fini par les retrouver et avons pu rentrer sereines.

Impossible d’aller à Paris sans monter à la Tour Eiffel… d’autant plus que ma cousine devait remettre une lettre au responsable du restaurant. Malgré notre légère petite appréhension, nous avons été très bien reçues avec thé et petits gâteaux, dégustés autour d’une table blanche décorée de fleurs…Superbe. Comme c’était l’après-midi, il y avait peu de visiteurs. Ainsi nous avons pu apprécier la vue panoramique de la capitale tout à loisirs. Nous sommes reparties, contentes de notre après-midi et flattées que trois jeunes gens ouvrent pour nous les grandes portes coulissantes. En bonne petite provinciale, je suis allée leur serrer la main ce qui provoqua un bon fou rire qui nous gagne encore aujourd’hui quand on repense à ce souvenir!

Nous avons enchaîné le surlendemain par le spectacle du « chanteur de Mexico » avec Luis Marianno accompagné de Bourvil et de Annie Cordy, joué au théâtre du Châtelet.

Après un détour à Berck plage, où nous avons peu apprécié le vent du nord dans nos jambes sr les immenses plages, notre retour sur Paris nous mena à la cathédrale Notre Dame de Paris…Un souvenir magnifique. Encore l’occasion de raconter une anecdote: Me penchant pour donner une petite obole dans l’église, j’ai laissé tomber mon billet de retour…Une bonne étoile veillait car non seulement je m’en suis aperçu rapidement mais les dames qui étaient à l’accueil dans l’église furent heureuses de retrouver la personne à qui appartenait la carte de train…Sans elle, j’aurai été démunie pour rentrer!

Encore aujourd’hui je repense à ce voyage et à toutes les péripéties que nous avons traversées. Puis ce fut le retour à la boulangerie où je retrouvai ma petite vie de vendeuse de pain.

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« Zora, mon amour »

« Zora, Mon amour » un récit de vie écrit par valérie Jean Biographe en collaboration avec Lamria

Récit de vie-Valérie Jean Biographe

Un témoignage de la vie d’une femme meurtrie par les institutions françaises d’Algérie et par la suite par sa famille adoptive.

Extraits du livre

Nous reprenons le récit quand Lamria est adulte à Paris. Pour connaître le début de son histoire avec des extraits choisis CLIQUEZ ICI

Lamria a été adoptée par une famille résident en banlieue parisienne chez qui elle travaille mais qui la maintienne sous leur joug.

Des amies d’infortune comme moi

Les seules « amies » étaient des orphelines comme moi que je retrouvais pour certaines d’entre elles quelquefois à Paris, quelque fois en Algérie lors de mes vacances.

Pendant ces rencontres improvisées, plutôt que de se soutenir entre elles, faire une communauté bienveillante où chacune s’enrichirait de l’autre sachant les sévices que chacune a vécus dans son corps et dans son âme, elles se déchiraient par la défiance qu’elles avaient les unes des autres. Parce qu’elles n’avaient pas appris autre chose qu’à se dénoncer aux sœurs, à se jalouser pour se faire une place, à se trahir pour obtenir un privilège.

Nous n’étions pas libérées du carcan de l’éducation prodiguée par les sœurs, nos rencontres en gardaient la trace avec une ambiance détestable où je ne prenais aucun plaisir, se finissant en bagarres.

Souvent on se retrouvait pour la veillée de Noël mais comme pour nos rencontres, cela finissait toujours mal!

C’est pourquoi j’ai fini par ne plus vouloir les voir.

La seule qui me reste en mémoire, c’est Zhora. Quand nous étions encore à l’orphelinat, je l’aimais beaucoup. la pauvre elle était bossue et subissais régulièrement les sarcasmes des autres filles mais moi je l’aimais. Elle s’est retrouvée comme moi à Paris, à travailler pour l’Ambassade d’Algérie, à Neuilly. Elle est venue me voir au restaurant. M.A me donnait l’autorisation quelquefois de lui offrir le couscous. Je lui ai proposé de la rencontrer au parc avec les enfants qu’elle gardait. Mais comme moi, elle était prisonnière de sa place et n’avait pas le droit de sortir les enfants ailleurs que dans le jardin de la propriété de Neuilly alors nous nous sommes perdues de vue.

Tout cela pour dire que même parmi mes compagnes d’infortune, je n’ai pas trouvé une confidente qui m’ouvre aux réalités de la vie des femmes : les règles, les relations sexuelles, les moyens contraceptifs. Je ne savais rien et je l’ai appris durement.

Le début de mon émancipation

Mes amies marocaines

Un jour pendant mon service, une jeune femme m’a dit en arabe : « Tu travailles ici ? ». J’ai répondu ce que M.A m’avait toujours dit de dire : « Non, je suis chez mon oncle. » quelques temps plus tard, je suis tombée sur elle alors que je faisais des courses dans le quartier. On a davantage parlé et à partir de ce jour là, une relation est née. Elle faisait partie d’un groupe de jeunes marocaines. Elles étaient très gentilles avec moi, elles me sortaient, venant me chercher et me déposant après au restaurant.

Enfin des personnes qui n’abusaient pas de moi mais qui cherchaient à m’aider. Elles me prodiguaient leurs conseils et m’ouvraient les yeux sur la situation anormale que je vivais : « tu es exploitée, tu devrais être mieux payée, tu fais trop de travail pour cette famille ». J’avais du mal à réaliser parce que pour moi cette famille était comme la mienne, qui m’avait accueillie très jeune. Elles m’ont beaucoup appris sur la vie alors que je ne connaissais rien.

M.A me mettait en garde contre elles mais je n’ai jamais eu de problèmes, bien au contraire. En fait il ne supportait pas qu’elle me fasse voir la réalité et qu’il puisse perdre une employée modèle qui faisait tout sans que cela ne lui coûte rien, ou si peu…

Des tentatives de formations avortées

Ces amies me conseillaient de passer mon permis et quand la fille de ma famille adoptive s’est inscrite, j’ai voulu moi aussi le passer et j’en ai parlé à M.A.  Au lieu de m’encourager il m’a ricané au nez en disant: « Toi passer ton permis ! » comme si cela était inimaginable. Chacune de mes tentatives pour progresser et faire de ma vie quelque chose, il les faisait avorter me rabaissant sans cesse en disant que je n’en étais pas capable. Ma revanche c’était que la fille du patron, une fois le permis en poche, prenait la voiture en cachette et m’emmenait dans Paris. J’ai prié Dieu souvent pour qu’il ne nous arrive rien!

Je me souviens avoir demandé à prendre des cours pour travailler dans l’informatique. A l’époque, ces services avaient besoin de main d’œuvre pas trop spécialisée pour faire la maintenance des cartes perforées des premiers ordinateurs. Je voyais là une opportunité pour avoir enfin un métier et un salaire.

Il m’a dit : « oui vas y je ne donne pas deux semaines pour arrêter ! » Et oui, j’ai arrêté car cela coûtait trop cher et en plus j’étais angoissée à l’idée qu’il me mette à la rue. Comme il l’avait fait avec les deux filles qui m’avaient précédée. Alors je perdais courage et revenait au restaurant. C’était facile pour lui, il payait le médecin, le dentiste, me donnait la pièce et avait une esclave à sa botte…car au restaurant, je faisais tout toute seule.

Il m’en voulait également de lui avoir tenu tête alors qu’il s’était mis dans la tête de me marier à un de ses amis, un vieil homme. Il ne voyait que ses intérêts et jamais les miens.

Il m’a dit : « tu finiras comme toutes les orphelines, sur le trottoir ! »

Combien de fois il m’a insultée! Il me lançait souvent à la figure des choses comme « ta mère la pute ». Qui était-il lui pour m’insulter ? Pour insulter ma mère qui était morte pendant la guerre d’Algérie…

Pendant toutes ces années passées dans cette famille, M.A n’a eu de cesse de me rabaisser. A chaque fois que je tentais quelque chose pour sortir de ma condition, il me remettait à ma place disant que je n’étais bonne à rien et j’ai fini par le croire…Je n’avais plus confiance en moi, M.A m’a insidieusement mis dans la tête que je n’étais capable de rien à part frotter, frotter, frotter…

Personne ne m’a jamais éduquée et ces jeunes marocaines m’ont fait grandir.

Il y avait aussi M. O, un homme gentil qui tenait un restaurant et qui se préoccupait de moi. Il me donnait des merguez et me demandais toujours où j’en étais dans mes projets.

Parenthèse

Il faut se rendre compte de ce que je vivais! Un grand écart permanent entre ce que je voyais, ce que je touchais du doigt et l’impossibilité absolue de sortir de l’enferment dans lequel on m’avait jeté.

Par exemple, M.A tournait beaucoup de films dans lesquels il tenait des rôles d’arabe, surtout dans les films sur la guerre d’Algérie. Plusieurs fois, il m’avait emmené sur les tournages où j’ai fait de la figuration. On me donnait un cachet, fastidieux pour moi à l’époque mais que me reprenait M.A le soir! Il aurait pu m’introduire pour que je gagne un peu d’argent avec des petits rôles, non pas pour devenir une star mais pour me permettre de gagner un peu d’argent. Mais non. Il retenait toujours la laisse me laissant à ma condition d’esclave. Je visitais de beaux pays, je faisais de beaux voyages, je résidais dans de belles villas, je rencontrais de belles personnes mais comme un chien suit son maître, pour son agrément à lui, pour le servir mais sans que jamais on ne lui donne les moyens de sa liberté.

J’étais complètement sous sa coupe et quand la liberté frappa à ma porte, je n’étais pas préparée à l’assumer.

21 ans , la majorité me met à la rue

Bien que j’étais de moins en moins naïve, je n’étais malgré tout pas prête à m’assumer seule. Dans ma tête, je croyais que toute ma vie je resterais auprès de cette famille car personne ne m’avait expliqué à mon départ d’Algérie que je serai adoptée uniquement jusqu’à ma majorité !!!

Car tout ce qui me concernait n’était jamais discuté avec moi : je faisais ce qu’on me disait de faire et je n’assistais à aucune conversation. M.A s’occupait bien de l’éducation de ses enfants mais moi j’étais reléguée aux tâches, au travail sans qu’on me parle. Je me souviens que quelquefois quand il parlait à ses enfants sur des sujets qui m’interpellaient, sur lesquels j’aurais pu apprendre quelque chose, il me faisait un signe de la main en ajoutant : « Allez, va-t-en… ». Je suis restée de 1969 à 1975 sans avoir rien appris de la vie. J’étais complètement assistée et là on me disait « va-t-en… » Encore, sauf que cette fois, c’était pour me retrouver à la rue…

Pourtant, on ne me laissa pas le choix. Un matin, je me suis réveillée et j’ai vu deux valises devant la porte : c’étaient les miennes. J’ai appris que je devais partir sans autre ménagement. La femme de M.A, parce que lui était bien trop lâche pour le faire lui même, m’a dit :
– Tu as 25 ans, il est temps pour toi de t’en aller, de quitter notre appartement et de vivre ta vie. » Paniquée, je lui ai répondu :
– « mais où je peux aller, je suis seule, sans argent, je ne connais personne à Paris à part vous ?! »

Je l’ai supplié de me garder mais elle ne fléchit pas répétant seulement : «  non, tu dois partir, tu as atteint l’âge de ta majorité. La suite ne nous regarde pas. » J’étais complètement abasourdie, désemparée. Comment j’aurais pu imaginer que cette famille à qui je m’étais sacrifiée corps et âme pouvaient me lâcher comme un vulgaire paquet après plus de dix ans passés avec eux, au sein de leur famille, partagent tout leur quotidien…

Je n’avais même pas pris une seule adresse de mes amies, j’étais seule, seule, seule.

Heureusement, j’ai rencontré une de leurs amies qui m’a donné un numéro de téléphone de l’une d’elle, que j’ai précieusement gardé.

Dans l’immédiat, je ne voyais que S.pour m’aider. Je l’ai appelé mais à ses dires, elle ne pouvait rien faire pour moi, disant que c’était son père qui décidait de tout et qu’elle ne pouvait s’opposer à sa décision.

Employée de maison

Je me suis souvenue d’une cliente que je servais toujours généreusement. Je l’ai appelée, lui expliquant ma situation. Elle a accepté de m’héberger chez elle, le temps de trouver une solution malgré son mari qui n’était pas content que je sois là. Puis elle a joint une de ses amies au téléphone qui cherchait une employée de maison qui serait nourrie logée. Je fus embauchée et je rejoignis cette famille qui avait deux petites filles à garder. On m’installa dans une chambre. Le travail était moins pénible qu’au restaurant, ma journée s’effectuait de 8h à 20h environ. Malgré ma chance d’avoir trouvé ce nouvel emploi, je pleurais tous les soirs dans ma chambre. Le traumatisme était grand d’avoir été jetée comme une moins que rien et j’avais l’impression que j’allais indéfiniment vivre ça. J’avais le sentiment de tout recommencer à zéro, de devoir effacer toutes ses années de travail, d’avoir vécu tout cela pour rien : il fallait tout recommencer. L’angoisse de mon avenir me laissait tous les soirs abattue.

Je suis restée 5 ans dans cette nouvelle famille jusqu’au jour où, les filles ayant grandi, on n’avait plus besoin de moi.

Pendant plusieurs mois, j’ai enchaîné plein de petits boulots différents qui ne me permettraient pas d’avoir un appartement à moi. Alors je vivais comme une nomade à la merci des hébergements chez les uns et les autres. Pendant cette période, je revenais régulièrement au restaurant, demander des nouvelles avec l’espoir secret qu’il m’aiderait. J’attendais encore tout de ma famille d’adoption à qui j’ai tout donné. Pour moi, il représentait ma famille puisque je n’en avais plus. Je m’étais attachée à eux malgré les humiliations, malgré le travail éreintant, malgré les bassesses et les manipulations et je revenais sans cesse vers eux. Je n’avais pas compris qu’il fallait que je coupe les ponts, que je tourne la page.

Enfin je rencontrai un garçon qui me demanda de l’épouser , je n’étais plus seule

 

Au nom du père

« Au nom du père » un livre réalisé avec François Jaladeau

Biographie valerie Jean

« En écrivant ce récit, je ne sais pas où j’allais échouer, où tout cela me mènerait. Parfois, il est des mots, des phrases qui déconcertent, provoquent le chaos, vont à rebours de ce qui gouverne notre existence et qui, par là-même, invitent à soulever le couvercle sous lequel on étouffe.

Après le décès de mon père, un gouffre s’ouvrit sous mes pieds mais paradoxalement cette disparition s’ouvrit sur une autre porte: un frère inconnu qui souhaitait reprendre contact.

Ce fut le début d’une aventure qui me permit non seulement de retrouver un frère mais mais aussi d’entamer une pacification avec mon père…

Mon père disparu, ce personnage caméléon allait désormais baisser le masque, lever l’énigme. Je craignais néanmoins qu’elle me confirmât tout ce que je devinais savoir de lui, pour l’avoir écouté, observé, sous-pesé maintes fois. La réalité dépasse souvent la fiction, ce fut le cas.

Mon désir d’écrire était suffisamment puissant pour me réaliser dans cette nouvelle voie, celle de l’écriture de la biographie de mon frère.

Au début, je ne pensais pas m’introduire dans cette biographie, voulant simplement rendre sa place à Dany dans notre famille. Mais au fil du temps, mes romans croisaient de plus en plus ma propre route et fatalement, il arriva un moment où la biographie de Dany, celle de notre père commun et la mienne devaient se rejoindre… Vaste projet que je n’avais pas mesuré au départ !

Au final, ce travail a débouché sur l’introspection de mon lien intangible avec mon père et de comprendre ce qu’il m’a légué malgré lui, de voir mes failles et ma vulnérabilité.

Le résultat est qu’aujourd’hui je m’apprête à davantage encore radiographier mon existence et y puiser le meilleur de moi-même afin d’éviter les pièges de la vie qu’ont enfermés mon père.

 

AIME MOI BORDEL!

Aime moi Bordel!

Par François Jaladeau

J’ai accompagné la réalisation de ce roman pour François Jaladeau qui nous livre les affres de ces tourments amoureux à partir de ses expériences.

ecrire coach-pavillon turquieC’est un beau roman c’est une belle histoire

De Perregaux à Beauchamp

Biographie « De Perregaux à Beauchamp »

Biographie-Valerie jean

Biographie réalisée avec Claude.

Un récit qui raconte grâce à des souvenirs d’enfance la vie d’un enfant de militaire entre Algérie et Allemagne. Cette histoire raconte également les souffrances endurées quand on est pas comme les autres, affublé d’un handicap qui gâche la vie…

Pieds nus dans la neige

Récit de vie « Pieds nus dans la neige »

recits de vie -valerie jean

Récit de vie réalisé avec Denise qui a mis à nu toutes les blessures de son enfance qui la poursuivront pendant toute sa vie, occasionnant des souffrances terribles.

Il  aura fallu beaucoup de courage à Denise pour revivre ces noirs souvenirs pour oser raconter son histoire.