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Petit écoute la nature-Une biographie de Valerie jean

« Petit ecoute la nature » une biographie par Valerie Jean Biographe avec Jean et Yannick

valeriejean BiographeUn témoignage d’amour d’un fils à sa mère disparue trop vite, sans crier gare, et d’un petit fils à son grand-père, un homme qui nous raconte les anecdotes de sa jeunesse, en Algérie.

L’Algérie

biographie valerie jean-Petit-ecoute-la-nature

À partir de 1958, les évènements d’Algérie s’étaient précipités, faisant de Ténès, une zone dangereuse. Nous n’avons donc pas profité de ce petit paradis comme nous l’aurions voulu.

Le 1er janvier 1960, Marthe et les enfants me rejoignirent là-bas avec notre chien.

Très vite, il fut chargé de surveiller les enfants quand ils allaient à l’école. Jeanine et Bernard étaient alors à l’école primaire. Si les enfants traînaient trop en route, il les poussait du museau en direction de la maison pour qu’ils ne s’attardent pas !

Ce chien nous rendit de grands services.  Il était capable d’aller seul chercher le pain ! Je l’envoyais chez le boulanger à 7 heures avec la commande et le cabas…et il revenait avec le tout. Il était très obéissant et laissait les autres clients passer devant lui avant de se présenter à son tour auprès du boulanger !

Un jour, nous avions des invités pour dîner et je l’ai envoyé chercher plus de pain à une heure qui ne correspondait pas à son habitude… Il n’a rien rapporté ! Il a fallu que je retourne chez le boulanger !

Dans les anciens bâtiments de la gare stationnaient une compagnie de gardes mobiles. L’ensemble était entouré de barbelés. Les enfants, devaient être toujours accompagnés dans leurs déplacements y compris pour se rendre à l’école. Je pense qu’ils furent très impressionnés par ces trajets qu’ils effectuaient dans des camions militaires ou des chars, où ils étaient plongés dans le noir…D’ailleurs Jeanine fera des cauchemars bien longtemps après ces évènements.

Un jour, les enfants ne rentrèrent pas tout de suite à la maison, décidant de s’arrêter chez un copain, sans nous prévenir. On s’inquiétait, terrifiés car la situation se dégradant, un petit avait été enlevé peu de temps avant. Dieu merci, ils rentrèrent sans dommage.

Cette période malgré un quotidien terrifiant laissa aux enfants un heureux souvenir grâce à ce chien exceptionnel qui resta durablement dans leur cœur. D’ailleurs, quand elle fut adulte, Jeanine choisit ZAKAR comme mot de passe de son ordinateur…

Bien des années plus tard, un de ses amis, en poste en Kabylie comme professeur de faculté, proposa à Jeannine de venir pour un séjour en Algérie pour revoir Tenès. Elle déclina l’offre selon Marthe qui me confie la parole de Jeanine:  » Pour moi Tenes est un beau souvenir, je veux le garder comme je l’ai vécu…J’aurais peur de l’abîmer si son image avait trop changé. »

Jeanine faisait régulièrement des cauchemars, sans doute, les traces des évènements vécus en Algérie durant son enfance. Elle avait une haine viscérale des armes. Elle avait vu son père dans l’obligation d’en porter quand il avait été contraint de défendre sa famille.

Pendant les alertes la famille allait s’abriter dans un entresol sans fenêtre où, terrorisés, Jeannine et Bernard écoutaient les balles siffler. De ces moments tragiques, elle a gardé une grande claustrophobie et un sommeil parfois chahuté de mauvais rêves.

Mais tout n’a pas été dramatique en Algérie et Jeanine a gardé un esprit de liberté face aux grands espaces qu’elle parcourait avec son père et son grand-père dans les hauteurs de Oms.

Au coeur de la montagne, nous partions en pique-nique où grand-père faisait des grillades cuites aux sarments de vigne dans les lieux autorisés: et oui, ce fut le comble qu’un ancien employé des eaux et forêts déroge à la règle! Elle reçut de son père cet amour des grandes balades dans la nature qu’elle garda toute sa vie.

Epilogue

« Elle était très douce, très calme. Quand elle était petite, elle supportait tout et ne se plaignait pas et ne se rebellait jamais. » Voilà ce que Marthe, sa maman me dit de Jeanine en conclusion de notre entretien.Tandis que Yannick ajoute: « Elle avait le talent de voir la vraie nature des personnes et l’art de s’entendre avec tout le monde, portant une attention particulière à chacun. »

N’est-ce-pas là, le concept d’amour universel ? S’oublier par amour au profit de l’autre…

Puisse ce modeste témoignage de la vie de Jeanine inspirer encore beaucoup d’amour et de compassion qu’elle même mit au service des autres durant son passage, trop court, telle une étoile filante.

Elle éclairera nos vies encore longtemps comme cette rose qui fleurit à chaque printemps.

valeriejean-biographe

 fin des extraits choisis

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Une vie à Saint-Nicolas de Brem- biographie

Une vie à Saint-Nicolas de Brem

Une biographie réalisée par Béatrix Boujasson en collaboration avec Valérie Jean-Biographe

Biographie-Saint-Nicolas de Brem

EXTRAITS DU LIVRE

 

Le temps des vacances

Mes vraies vacances ont débuté lorsque j’avais neuf ans à la Brardière, un petit village près de l’île d’Olonne où habitaient mes grands-parents. Je retrouvais là-bas, mes deux cousines.

Grand père était forgeron et viticulteur en même temps. C’était un homme très instruit et développant des talents d’artistes. Nous gardons un bon souvenir de lui. C’était un Monsieur très estimé dans son village, tout d’abord comme forgeron mais aussi comme écrivain public car presque tous les habitants du village venaient le trouver pour rédiger leurs courriers. Il avait également le don de bien dessiner. Pour nous il était le patriarche, et nous n’osions pas lui poser trop de questions. Il faut dire qu’en ce temps là les enfants devaient rester à leur place : écouter et ne pas s’immiscer dans les conversations des grands.

Notre journée commençait avec le petit-déjeuner, où l’on appréciait le beurre fabriqué par les soins de grand-mère avec le bon lait des vaches de la ferme, présenté dans un beurrier en bois, travaillé au couteau représentant une vache et des fleurs. Puis de 9 h à 10 h, arrivait le moment fatidique des devoirs de vacances! C’est le moment que nous aimions le moins pendant nos vacances. Grand-père était très à cheval là-dessus. Il s’asseyait à la table en face de nous et nous avions droit pendant 1 heure, chaque matin, à la révision du calcul et du français.

Grand’ mère s’occupait des animaux: trois vaches, des poules, des lapins et pendant notre séjour, pour notre plus grand plaisir, nous l’aidions dans ces taches. C’était une femme très active et également très coquette, se préoccupant de la dernière mode. D’ailleurs, elle avait sans doute su nous initier car pendant notre gardiennage, nous nous occupions à découper des photos des nouvelles robes dans les catalogues de bergères de France – et oui cela existait déjà !
Dans notre imagination, nous étions les petites reines de ce petit royaume où la vie s’écoulait paisiblement, au gré de notre fantaisie.

En face de la maison, il y avait un grand jardin potager ou fruitier, où l’on s’était fabriqué une cabane avec pour plafond des couvertures. Bien entendu, nous avions prévu un coin chambre et un coin cuisine.

Quelques pas plus haut, c’est à dire au milieu du jardin, se trouvaient les toilettes,   un petit cabanon en bois dont la porte se fermait par un crochet. C’était très rustique avec des journaux, découpés en carrés, en guise de papier-toilette…

Après la séance scolaire avec Grand-père, nous partions mettre les vaches à paître dans le marais pour la journée. Pour déjeuner, nous faisions un pique-nique au bord du marais où nous allions pêcher des coques.

Je me souviens de beaux jours d’été, baignés de soleil, où nous jouions à la fermière. On s’amusait bien, même si j’ignore comment nos trois vaches Blanchette, Roussette et Rosette appréciaient leurs filles au pair ! En tous cas elles nous donnaient du fil à retordre pour arriver jusqu’au marais où elles devaient brouter toute la journée. Un jour, le long de la route, elles avaient fait une incursion dans le champ de choux de chez la voisine !

Nous avions entre dix et treize ans,  et assez de malice pour faire des bêtises comme de détacher un bateau – bien entendu sans la permission du propriétaire – afin de faire un tour de rivière.

Le soir, on rapatriait les bêtes vers 17 heures à l’étable pour la traite. Le lait recueilli passait dans l’écrémeuse pour recevoir la crème que j’adorais – et que j’aime toujours- On la fouettait à tout de rôle afin de fabriquer le beurre, celui qu’on dégustait avec plaisir à notre table. Nous n’avions évidemment pas de batteur électrique, ni de réfrigérateur. C’était le puits dans la cour qui faisait office de conservateur d’aliments. On le mettait dans un seau que l’on descendait au ras de l’eau et pour le remonter il n’y avait plus qu’à tirer la corde.

Les taches ménagères se soldaient par la corvée d’eau, car l’eau courante n’existait pas; mais je devrais plutôt parler de plaisir d’aller chercher l’eau à la fontaine et ramener une grande bassine d’eau, qui servirait à tous les usages domestiques y compris pour boire.

Puis arrivait la fin de la semaine, jour du bain. Le samedi matin, il nous fallait aller à la fontaine chercher de l’eau, à 300 m de la maison pour ensuite la laisser chauffer au soleil la journée pour qu’elle soit chaude pour le bain du soir. Nous le prenions alors dans la cour à tour de rôle. Ma cousine avait une superbe chevelure qu’il fallait démêler. Grand-Mère prenait la brosse à chien dent, une méthode radicale!

Grand-mère ne craignait pas de nous emmener faire de la marche à pied! Organiser un pique-nique à la plage en passant par les marais sur 2 km, puis rejoindre la forêt que nous parcourions encore sur 2 autres km avant d’arriver enfin à la mer…sans compter le retour!!!

Le Dimanche, nous partions à pied à l’Ile d’Olonne pour assister à la messe de 10 h pendant que Grand-père partait en vélo. Sur la route on voyait les habitantes de la Salaire et de la Brardière, perchées sur leurs vélos et ce qui nous amusait le plus, c’était qu’elles avaient toutes le manteau relevé et attaché à la taille avec une épingle de sûreté, précaution pour ne pas le tâcher . Elle nous saluaient tout en pédalant, nous criant un « bonjour les filles » qui nous encourageait un peu plus à poursuivre notre chemin.

En arrivant au bourg, nous allions chez la tante, sœur de Grand-père, qui nous donnait un verre de limonade et des petits gâteaux pour la route du retour. Et toujours de notre pied comme aurait dit Grand-Mère!

L’après midi, nous nous reposions au bord de la route, et nous comptions les voitures: huit ou neuf passaient et encore !!! Quelquefois, nous attendions sur le bord du chemin le petit train pour Saint-Martin, aujourd’hui devenu Brem sur Mer. Comme il tardait à arriver, Grand-mère, toujours aussi impatiente, nous lançait:

–  » Allez mes petites filles nous partons de notre pied à travers la ligne. »

Ce qui voulait dire: suivre les rails. Alors là je n’étais pas fière et je regardais sans arrêt derrière moi si le train arrivait ! Finalement, il avait souvent beaucoup de retard car il est arrivé plusieurs fois qu’on arrive en même temps que lui!!!

Pas question donc de se plaindre de la fatigue avec grand-mère mais loin d’être traumatisées, nous étions ravies de ses longues marches vivifiantes et sereines.

Parfois, nous allions aussi chez nos grands-parents pendant les vacances d’hiver, lovés autour de la grande cheminée près de laquelle grand-mère prenait soin de pendre nos chemises de nuit sur un fil avec une épingle afin qu’elles soient chaudes au moment du coucher. C’est à ce moment que nous récitions la prière du soir, entre nos grands-parents. À notre droite, le grand-père, très recueilli car, étant très croyant, la prière était pour lui très importante ; et à notre gauche, la grand-mère qui quelquefois se faisait rappeler à l’ordre par son époux  » Marie pas si vite ». Elle aurait voulu que ce soit fini avant de commencer, étant beaucoup moins pratiquante que son mari.

Ces années furent les meilleures de mon enfance car en 1946 vint le moment de quitter mon village pour partir en pension à La Roche-sur-Yon.

Après cette date, les vacances se résumaient à fêter le nouvel an chez les grands-parents où nous dégustions les anguilles du marais, baignées de sauce de grand-mère dont j’ai perdu la recette! Quel dommage! L’après-midi, je m’éclipsais avec les autres jeunes, laissant les adultes à leurs conversations pour aller souhaiter la bonne année dans le village, notamment aux autres membres de la famille qui étaient ravis de recevoir notre visite. Nous ne repartions jamais les mains vides: bonbons, gâteaux ou petites pièces de 10 centimes ou 20 cts remplissaient nos poches… Aujourd’hui, les grands-parents ne sont plus là, la maison a été vendue et seul le marais reste de cette période tant aimée, terre que je partage avec mon frère et ma soeur.

La communion solennelle

C’était un acte de foi très important pour les Sœurs de la congrégation de Mormaison en Vendée qui dirigeaient l’école privée. Pour moi, le grand jour fut célébré le 12 Mars 1945, j’avais 11 ans. Cela débutait par une retraite de trois jours à l’école où nous écoutions l’Abbé nous expliquer la religion sous toutes les coutures. Ce n’était pas réjouissant mais pendant ce temps on ne faisait pas la classe ce qui ne me déplaisait pas !

Cette année là, nous étions seize communiantes à monter sagement les marches de l’église, revêtues de nos robes de mousseline blanches agrémentées d’une ceinture d’une aumônière et d’un chapelet pendant le long de la robe.

Avec solennité, nous entrions dans l’église, un cierge allumé en main, sous le regard réjouit de nos familles et amis, qui à notre suite nous rejoignaient pour assister à la grand-messe chantée. Puis c’était les retrouvailles avec mes cousines.

La semaine suivante, pour faire plaisir à une autre cousine, sœur carmélite au couvent des Victimes du Sacré cœur à la Roche sur Yon, nous avions

revêtues nos tenues de Communiante pour faire un peu les mannequins -si on peut dire- devant toutes les sœurs réunies de la congrégation, isolées du reste du monde avant de rejoindre la chapelle. À la fin, elles nous avaient remerciées par quelques gâteries. Nos parents nous attendaient au parloir n’ayant pas l’autorisation d’entrer, comme adulte, au couvent.

Cette parenthèse heureuse s’acheva par mon retour à l’école de Saint-Martin de Brem pour un quotidien moins plaisant!

Une escapade à Paris

Il n’était pas question de prendre de vacances, en ce temps là, cela n’était pas les habitudes dans les familles rurales. Par contre, ma chère cousine travaillait dans un bureau à la Roche sur Yon et avait droit à des congés. Elle me proposa de partir à Paris avec sa sœur: le trio était reconstitué  quelle joie !

Mais ce n’était pas gagné: il fallait encore convaincre maman de laisser « Titice », surnom qui m’avait été donné depuis ma naissance, partir à la capitale!

1952, c’était l’année de mes 18 ans, un merveilleux cadeau que ce voyage à Paris. D’autant que la réduction SNCF auquel on avait droit prenait fin dans l’année, autant donc en profiter!

Le départ fut accepté par toute la famille, sachant que nous étions hébergés à notre arrivée par des cousins. Je me souviens que des endives nous avaient été servies pour le dîner, au demeurant fort peu appréciées! En fait, on ne connaissait pas ce nouveau légume, inconnu dans notre Vendée. Les cousins nous donnèrent l’adresse d’un petit hôtel dans le fameux quartier Pigalle…Cela ne nous a pas perturbé!

Le premier jour, sous l’initiative de notre aînée, nous avons étudié le plan du métro pour repérer les sites à visiter. Et le soir même, nous allions voir le spectacle du cirque d’hiver…Je n’ai pas d’autre superlatif que super! Vraiment super!

Pour notre deuxième soirée, direction l’opéra comique où se jouait « Madame Bovary ». En bonne provinciale, sans le savoir, nous sommes entrées par les coulisses! Personne ne nous en tint rigueur et la chance était avec nous car grâce à un désistement de dernière minute, nous avons bénéficié de places au premier rang, dans l’univers feutré et bourgeois des fourrures et des parfums haut de gamme!
Cela ne m’a pas empêché, dès les lumières éteintes, de me déchausser pour profiter pleinement du spectacle sans avoir à souffrir de mes pieds fourbus et enflés d’avoir arpenter les rues parisiennes! Le spectacle enchanteur nous a ravi mais à la fin du spectacle: nous ne trouvions plus mes chaussures! Nous avons été alors prises d’un terrible fou rire même si la situation était inquiétante…Partir dans Paris le soir pied nus était une perspective que je n’envisageais pas! À quatre pattes sous les fauteuils nous avons fini par les retrouver et avons pu rentrer sereines.

Impossible d’aller à Paris sans monter à la Tour Eiffel… d’autant plus que ma cousine devait remettre une lettre au responsable du restaurant. Malgré notre légère petite appréhension, nous avons été très bien reçues avec thé et petits gâteaux, dégustés autour d’une table blanche décorée de fleurs…Superbe. Comme c’était l’après-midi, il y avait peu de visiteurs. Ainsi nous avons pu apprécier la vue panoramique de la capitale tout à loisirs. Nous sommes reparties, contentes de notre après-midi et flattées que trois jeunes gens ouvrent pour nous les grandes portes coulissantes. En bonne petite provinciale, je suis allée leur serrer la main ce qui provoqua un bon fou rire qui nous gagne encore aujourd’hui quand on repense à ce souvenir!

Nous avons enchaîné le surlendemain par le spectacle du « chanteur de Mexico » avec Luis Marianno accompagné de Bourvil et de Annie Cordy, joué au théâtre du Châtelet.

Après un détour à Berck plage, où nous avons peu apprécié le vent du nord dans nos jambes sr les immenses plages, notre retour sur Paris nous mena à la cathédrale Notre Dame de Paris…Un souvenir magnifique. Encore l’occasion de raconter une anecdote: Me penchant pour donner une petite obole dans l’église, j’ai laissé tomber mon billet de retour…Une bonne étoile veillait car non seulement je m’en suis aperçu rapidement mais les dames qui étaient à l’accueil dans l’église furent heureuses de retrouver la personne à qui appartenait la carte de train…Sans elle, j’aurai été démunie pour rentrer!

Encore aujourd’hui je repense à ce voyage et à toutes les péripéties que nous avons traversées. Puis ce fut le retour à la boulangerie où je retrouvai ma petite vie de vendeuse de pain.

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« Zora, mon amour »

« Zora, Mon amour » un récit de vie écrit par valérie Jean Biographe en collaboration avec Lamria

Récit de vie-Valérie Jean Biographe

Un témoignage de la vie d’une femme meurtrie par les institutions françaises d’Algérie et par la suite par sa famille adoptive.

Extraits du livre

Nous reprenons le récit quand Lamria est adulte à Paris. Pour connaître le début de son histoire avec des extraits choisis CLIQUEZ ICI

Lamria a été adoptée par une famille résident en banlieue parisienne chez qui elle travaille mais qui la maintienne sous leur joug.

Des amies d’infortune comme moi

Les seules « amies » étaient des orphelines comme moi que je retrouvais pour certaines d’entre elles quelquefois à Paris, quelque fois en Algérie lors de mes vacances.

Pendant ces rencontres improvisées, plutôt que de se soutenir entre elles, faire une communauté bienveillante où chacune s’enrichirait de l’autre sachant les sévices que chacune a vécus dans son corps et dans son âme, elles se déchiraient par la défiance qu’elles avaient les unes des autres. Parce qu’elles n’avaient pas appris autre chose qu’à se dénoncer aux sœurs, à se jalouser pour se faire une place, à se trahir pour obtenir un privilège.

Nous n’étions pas libérées du carcan de l’éducation prodiguée par les sœurs, nos rencontres en gardaient la trace avec une ambiance détestable où je ne prenais aucun plaisir, se finissant en bagarres.

Souvent on se retrouvait pour la veillée de Noël mais comme pour nos rencontres, cela finissait toujours mal!

C’est pourquoi j’ai fini par ne plus vouloir les voir.

La seule qui me reste en mémoire, c’est Zhora. Quand nous étions encore à l’orphelinat, je l’aimais beaucoup. la pauvre elle était bossue et subissais régulièrement les sarcasmes des autres filles mais moi je l’aimais. Elle s’est retrouvée comme moi à Paris, à travailler pour l’Ambassade d’Algérie, à Neuilly. Elle est venue me voir au restaurant. M.A me donnait l’autorisation quelquefois de lui offrir le couscous. Je lui ai proposé de la rencontrer au parc avec les enfants qu’elle gardait. Mais comme moi, elle était prisonnière de sa place et n’avait pas le droit de sortir les enfants ailleurs que dans le jardin de la propriété de Neuilly alors nous nous sommes perdues de vue.

Tout cela pour dire que même parmi mes compagnes d’infortune, je n’ai pas trouvé une confidente qui m’ouvre aux réalités de la vie des femmes : les règles, les relations sexuelles, les moyens contraceptifs. Je ne savais rien et je l’ai appris durement.

Le début de mon émancipation

Mes amies marocaines

Un jour pendant mon service, une jeune femme m’a dit en arabe : « Tu travailles ici ? ». J’ai répondu ce que M.A m’avait toujours dit de dire : « Non, je suis chez mon oncle. » quelques temps plus tard, je suis tombée sur elle alors que je faisais des courses dans le quartier. On a davantage parlé et à partir de ce jour là, une relation est née. Elle faisait partie d’un groupe de jeunes marocaines. Elles étaient très gentilles avec moi, elles me sortaient, venant me chercher et me déposant après au restaurant.

Enfin des personnes qui n’abusaient pas de moi mais qui cherchaient à m’aider. Elles me prodiguaient leurs conseils et m’ouvraient les yeux sur la situation anormale que je vivais : « tu es exploitée, tu devrais être mieux payée, tu fais trop de travail pour cette famille ». J’avais du mal à réaliser parce que pour moi cette famille était comme la mienne, qui m’avait accueillie très jeune. Elles m’ont beaucoup appris sur la vie alors que je ne connaissais rien.

M.A me mettait en garde contre elles mais je n’ai jamais eu de problèmes, bien au contraire. En fait il ne supportait pas qu’elle me fasse voir la réalité et qu’il puisse perdre une employée modèle qui faisait tout sans que cela ne lui coûte rien, ou si peu…

Des tentatives de formations avortées

Ces amies me conseillaient de passer mon permis et quand la fille de ma famille adoptive s’est inscrite, j’ai voulu moi aussi le passer et j’en ai parlé à M.A.  Au lieu de m’encourager il m’a ricané au nez en disant: « Toi passer ton permis ! » comme si cela était inimaginable. Chacune de mes tentatives pour progresser et faire de ma vie quelque chose, il les faisait avorter me rabaissant sans cesse en disant que je n’en étais pas capable. Ma revanche c’était que la fille du patron, une fois le permis en poche, prenait la voiture en cachette et m’emmenait dans Paris. J’ai prié Dieu souvent pour qu’il ne nous arrive rien!

Je me souviens avoir demandé à prendre des cours pour travailler dans l’informatique. A l’époque, ces services avaient besoin de main d’œuvre pas trop spécialisée pour faire la maintenance des cartes perforées des premiers ordinateurs. Je voyais là une opportunité pour avoir enfin un métier et un salaire.

Il m’a dit : « oui vas y je ne donne pas deux semaines pour arrêter ! » Et oui, j’ai arrêté car cela coûtait trop cher et en plus j’étais angoissée à l’idée qu’il me mette à la rue. Comme il l’avait fait avec les deux filles qui m’avaient précédée. Alors je perdais courage et revenait au restaurant. C’était facile pour lui, il payait le médecin, le dentiste, me donnait la pièce et avait une esclave à sa botte…car au restaurant, je faisais tout toute seule.

Il m’en voulait également de lui avoir tenu tête alors qu’il s’était mis dans la tête de me marier à un de ses amis, un vieil homme. Il ne voyait que ses intérêts et jamais les miens.

Il m’a dit : « tu finiras comme toutes les orphelines, sur le trottoir ! »

Combien de fois il m’a insultée! Il me lançait souvent à la figure des choses comme « ta mère la pute ». Qui était-il lui pour m’insulter ? Pour insulter ma mère qui était morte pendant la guerre d’Algérie…

Pendant toutes ces années passées dans cette famille, M.A n’a eu de cesse de me rabaisser. A chaque fois que je tentais quelque chose pour sortir de ma condition, il me remettait à ma place disant que je n’étais bonne à rien et j’ai fini par le croire…Je n’avais plus confiance en moi, M.A m’a insidieusement mis dans la tête que je n’étais capable de rien à part frotter, frotter, frotter…

Personne ne m’a jamais éduquée et ces jeunes marocaines m’ont fait grandir.

Il y avait aussi M. O, un homme gentil qui tenait un restaurant et qui se préoccupait de moi. Il me donnait des merguez et me demandais toujours où j’en étais dans mes projets.

Parenthèse

Il faut se rendre compte de ce que je vivais! Un grand écart permanent entre ce que je voyais, ce que je touchais du doigt et l’impossibilité absolue de sortir de l’enferment dans lequel on m’avait jeté.

Par exemple, M.A tournait beaucoup de films dans lesquels il tenait des rôles d’arabe, surtout dans les films sur la guerre d’Algérie. Plusieurs fois, il m’avait emmené sur les tournages où j’ai fait de la figuration. On me donnait un cachet, fastidieux pour moi à l’époque mais que me reprenait M.A le soir! Il aurait pu m’introduire pour que je gagne un peu d’argent avec des petits rôles, non pas pour devenir une star mais pour me permettre de gagner un peu d’argent. Mais non. Il retenait toujours la laisse me laissant à ma condition d’esclave. Je visitais de beaux pays, je faisais de beaux voyages, je résidais dans de belles villas, je rencontrais de belles personnes mais comme un chien suit son maître, pour son agrément à lui, pour le servir mais sans que jamais on ne lui donne les moyens de sa liberté.

J’étais complètement sous sa coupe et quand la liberté frappa à ma porte, je n’étais pas préparée à l’assumer.

21 ans , la majorité me met à la rue

Bien que j’étais de moins en moins naïve, je n’étais malgré tout pas prête à m’assumer seule. Dans ma tête, je croyais que toute ma vie je resterais auprès de cette famille car personne ne m’avait expliqué à mon départ d’Algérie que je serai adoptée uniquement jusqu’à ma majorité !!!

Car tout ce qui me concernait n’était jamais discuté avec moi : je faisais ce qu’on me disait de faire et je n’assistais à aucune conversation. M.A s’occupait bien de l’éducation de ses enfants mais moi j’étais reléguée aux tâches, au travail sans qu’on me parle. Je me souviens que quelquefois quand il parlait à ses enfants sur des sujets qui m’interpellaient, sur lesquels j’aurais pu apprendre quelque chose, il me faisait un signe de la main en ajoutant : « Allez, va-t-en… ». Je suis restée de 1969 à 1975 sans avoir rien appris de la vie. J’étais complètement assistée et là on me disait « va-t-en… » Encore, sauf que cette fois, c’était pour me retrouver à la rue…

Pourtant, on ne me laissa pas le choix. Un matin, je me suis réveillée et j’ai vu deux valises devant la porte : c’étaient les miennes. J’ai appris que je devais partir sans autre ménagement. La femme de M.A, parce que lui était bien trop lâche pour le faire lui même, m’a dit :
– Tu as 25 ans, il est temps pour toi de t’en aller, de quitter notre appartement et de vivre ta vie. » Paniquée, je lui ai répondu :
– « mais où je peux aller, je suis seule, sans argent, je ne connais personne à Paris à part vous ?! »

Je l’ai supplié de me garder mais elle ne fléchit pas répétant seulement : «  non, tu dois partir, tu as atteint l’âge de ta majorité. La suite ne nous regarde pas. » J’étais complètement abasourdie, désemparée. Comment j’aurais pu imaginer que cette famille à qui je m’étais sacrifiée corps et âme pouvaient me lâcher comme un vulgaire paquet après plus de dix ans passés avec eux, au sein de leur famille, partagent tout leur quotidien…

Je n’avais même pas pris une seule adresse de mes amies, j’étais seule, seule, seule.

Heureusement, j’ai rencontré une de leurs amies qui m’a donné un numéro de téléphone de l’une d’elle, que j’ai précieusement gardé.

Dans l’immédiat, je ne voyais que S.pour m’aider. Je l’ai appelé mais à ses dires, elle ne pouvait rien faire pour moi, disant que c’était son père qui décidait de tout et qu’elle ne pouvait s’opposer à sa décision.

Employée de maison

Je me suis souvenue d’une cliente que je servais toujours généreusement. Je l’ai appelée, lui expliquant ma situation. Elle a accepté de m’héberger chez elle, le temps de trouver une solution malgré son mari qui n’était pas content que je sois là. Puis elle a joint une de ses amies au téléphone qui cherchait une employée de maison qui serait nourrie logée. Je fus embauchée et je rejoignis cette famille qui avait deux petites filles à garder. On m’installa dans une chambre. Le travail était moins pénible qu’au restaurant, ma journée s’effectuait de 8h à 20h environ. Malgré ma chance d’avoir trouvé ce nouvel emploi, je pleurais tous les soirs dans ma chambre. Le traumatisme était grand d’avoir été jetée comme une moins que rien et j’avais l’impression que j’allais indéfiniment vivre ça. J’avais le sentiment de tout recommencer à zéro, de devoir effacer toutes ses années de travail, d’avoir vécu tout cela pour rien : il fallait tout recommencer. L’angoisse de mon avenir me laissait tous les soirs abattue.

Je suis restée 5 ans dans cette nouvelle famille jusqu’au jour où, les filles ayant grandi, on n’avait plus besoin de moi.

Pendant plusieurs mois, j’ai enchaîné plein de petits boulots différents qui ne me permettraient pas d’avoir un appartement à moi. Alors je vivais comme une nomade à la merci des hébergements chez les uns et les autres. Pendant cette période, je revenais régulièrement au restaurant, demander des nouvelles avec l’espoir secret qu’il m’aiderait. J’attendais encore tout de ma famille d’adoption à qui j’ai tout donné. Pour moi, il représentait ma famille puisque je n’en avais plus. Je m’étais attachée à eux malgré les humiliations, malgré le travail éreintant, malgré les bassesses et les manipulations et je revenais sans cesse vers eux. Je n’avais pas compris qu’il fallait que je coupe les ponts, que je tourne la page.

Enfin je rencontrai un garçon qui me demanda de l’épouser , je n’étais plus seule

 

Au nom du père

« Au nom du père » un livre réalisé avec François Jaladeau

Biographie valerie Jean

« En écrivant ce récit, je ne sais pas où j’allais échouer, où tout cela me mènerait. Parfois, il est des mots, des phrases qui déconcertent, provoquent le chaos, vont à rebours de ce qui gouverne notre existence et qui, par là-même, invitent à soulever le couvercle sous lequel on étouffe.

Après le décès de mon père, un gouffre s’ouvrit sous mes pieds mais paradoxalement cette disparition s’ouvrit sur une autre porte: un frère inconnu qui souhaitait reprendre contact.

Ce fut le début d’une aventure qui me permit non seulement de retrouver un frère mais mais aussi d’entamer une pacification avec mon père…

Mon père disparu, ce personnage caméléon allait désormais baisser le masque, lever l’énigme. Je craignais néanmoins qu’elle me confirmât tout ce que je devinais savoir de lui, pour l’avoir écouté, observé, sous-pesé maintes fois. La réalité dépasse souvent la fiction, ce fut le cas.

Mon désir d’écrire était suffisamment puissant pour me réaliser dans cette nouvelle voie, celle de l’écriture de la biographie de mon frère.

Au début, je ne pensais pas m’introduire dans cette biographie, voulant simplement rendre sa place à Dany dans notre famille. Mais au fil du temps, mes romans croisaient de plus en plus ma propre route et fatalement, il arriva un moment où la biographie de Dany, celle de notre père commun et la mienne devaient se rejoindre… Vaste projet que je n’avais pas mesuré au départ !

Au final, ce travail a débouché sur l’introspection de mon lien intangible avec mon père et de comprendre ce qu’il m’a légué malgré lui, de voir mes failles et ma vulnérabilité.

Le résultat est qu’aujourd’hui je m’apprête à davantage encore radiographier mon existence et y puiser le meilleur de moi-même afin d’éviter les pièges de la vie qu’ont enfermés mon père.

 

AIME MOI BORDEL!

Aime moi Bordel!

Par François Jaladeau

J’ai accompagné la réalisation de ce roman pour François Jaladeau qui nous livre les affres de ces tourments amoureux à partir de ses expériences.

ecrire coach-pavillon turquieC’est un beau roman c’est une belle histoire

De Perregaux à Beauchamp

Biographie « De Perregaux à Beauchamp »

Biographie-Valerie jean

Biographie réalisée avec Claude.

Un récit qui raconte grâce à des souvenirs d’enfance la vie d’un enfant de militaire entre Algérie et Allemagne. Cette histoire raconte également les souffrances endurées quand on est pas comme les autres, affublé d’un handicap qui gâche la vie…

Pieds nus dans la neige

Récit de vie « Pieds nus dans la neige »

recits de vie -valerie jean

Récit de vie réalisé avec Denise qui a mis à nu toutes les blessures de son enfance qui la poursuivront pendant toute sa vie, occasionnant des souffrances terribles.

Il  aura fallu beaucoup de courage à Denise pour revivre ces noirs souvenirs pour oser raconter son histoire.

Le temps d’une génération

Biographie : « le temps d’une génération »

biographie valerie jean

Biographie familiale réalisée en collaboration avec Célestin.

Le déroulé de sa vie entre service militaire, souvenirs et anecdotes du temps où il était garagiste et enfance passé auprès de son père quand il cultivait le tabac…

De Marcelle à Sylvie-Chroniques de yaya-

De Marcelle à Sylvie-Chroniques de yaya-

Biographie réalisée avec la collaboration de Sylvie

Autobiographie- Biographie familialeRetrouvez des extraits du récit de Sylvie entre grands bonheurs et petits tracas d’une femme qui a sacrifié son indépendance pour servir les intérêts de ses enfants et de son mari.

Renaissance

« Renaissance »

Biographie réalisée avec Aude-Piot Magnien

Biographie-Livre autobiographique

Biographie réalisée grâce à 16 heures d’entretiens

J’ai toujours aimé écrire, jeter sur le papier ce que je ressens sans autre argument que de partager avec autrui ma pensée instinctive mais de là à faire un livre… Aujourd’hui, le destin m’a apporté l’occasion de franchir le pas.

Au sortir de la maladie – le cancer- j’ai voulu partager ce parcours terrifiant, brutal, qui arrête tout, raconter comment cette épée de Damoclès vous oblige à sortir de vous même, à vous surpasser. Revenir aussi à l’essentiel, à l’amour, reçu, vécu quand la maladie est là…

Ce livre, je l’ai voulu hymne à la vie, reconnaissance à ma    famille, à mes amis, qui m’ont soutenus et sans qui je n’aurais pas combattu aussi bien.

Je souhaite également qu’il soit un témoignage pour donner l’espoir à ceux et celles qui vont avoir à se battre pour vivre.